Maze n°16 février 2013
Maze n°16 février 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°16 de février 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 16,5 Mo

  • Dans ce numéro : où en sommes-nous avec la Liberté ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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(c) Droits Reservés JC TELEPHONE MAISON Fiction Ce fut le Cardinal Giacometi Firenze qui eut la première vision. Un ange portant un plateau en bronze vint lui annoncer par un froid matin de février que Jésus Christ reviendrait sur terre en personne d’ici le solstice d’été. Quand il annonça la nouvelle au Vatican, on ne le prit pas au mot. Combien de fausses annonces du retour de Jésus l’Église avait-elle connu depuis ses premiers pas ? Ce fut le Cardinal Bosata qui eut la seconde vision. Un ange portant un plateau en argent lui annonça à son tour vers la mi-mars le retour imminent du Seigneur. Là encore, l’Église, qui supposait une alliance avec Giacometi Firenze, n’y prêta pas attention. En revanche, cela devint plus sérieux quand le Pape luimême eut la troisième vision. L’ange lui apporta sur un plateau d’or un mot du Christ. Sur un parchemin, ce dernier annonçait son retour pour le vingt-et-un juin à 23h58. Il était précisé qu’il fallait que la Place Saint Pierre fût complètement dégagée pour que l’arrivée du Seigneur se fasse dans les meilleures conditions. Ce dernier devait ramener, si l’on en croyait sa missive, le Nouveau-Nouveau Testament qui servirait de base pour propager la bonne nouvelle 2.0. Le Pape, qui triturait mécaniquement le parchemin, ne savait que penser de cette annonce. Il crut à un canular, et, dans sa chambre que venait de quitter l’ange dans un volute de fumée blanche, chercha vainement les caméras censées le piéger. Il fallait se rendre à l’évidence : le Messie était de retour ! Le Pape pria longuement ce soir-là. Puis, il fit demander un rassemblement urgent de tous les cardinaux. Bosata et Giacometi Firenze affichèrent un sourire fier et victorieux quand ils apprirent qu’ils avaient vu juste. Tous deux espéraient dans un péché d’orgueil, la béatification, au minimum. L’Église fit un plan com’formidable et des milliers de terriens prirent d’assaut Rome pour Le voir. Les malades espérèrent de nouveaux miracles et posèrent leurs tentes au Vatican qui devint le centre du monde dans les jours qui suivirent l’annonce TV par le Pape du retour du Christ sur terre. Les plus fortunés, pour faire bonne impression devant le Fils de Dieu, donnèrent massivement aux associations caritatives et à l’Église, ce qui eut pour effet de contracter l’industrie et la finance mondiale, privées d’investissements. S’en suivit une terrible récession qui passa inaperçue, tant la venue du Christ alimentait les JT et conversations du globe. Il y eut des conversions de masse et, en huit semaines, l’Église catholique compta quatre milliard de fidèles. On prépara un compte twitter certifié pour Jésus Christ, histoire de pouvoir assurer à ses nouvelles bonnes nouvelles la com’digne d’un Messie. Le printemps passa dans l’effervescence et, la veille du jour fatidique, les cardinaux se réunirent dans la Chapelle Sixtine alors que les forces de l’ordre s’assuraient que la place Saint Pierre reste vide, conformément aux ordres du Christ. « Et s’Il ne venait pas, s’interrogea le plus sceptique des cardinaux, et si le Fils de Dieu nous posait un lapin ? De quoi aurions nous l’air ? - Il viendra, j’en suis sûr, répondit calmement sa Sainteté, et le monde retrouvera massivement foi en nous. » La nuit du vingt au vingt-et-un fut pour le Pape celle d’un enfant qui attend le Père Noël, interminable mais magique. Le jour J, on se fit beau chez les hommes de Dieu. Par principe, on ne but ce jour-là que du vin et l’on ne mangea que du pain, quand on ne jeûnait pas. Le compteur géant sur l’une des colonnes de la Place Saint Pierre affichait « 0 jours 02h 07min » lorsque le Pape et ses cardinaux sortirent au balcon. La foule était déjà amassée devant les grilles qui interdisaient l’accès au site. Les minutes passant, le compteur afficha bientôt « 0jours 00h 58 min ». L’excitation était palpable. Les pupilles se Maze 44 Janvier 2013
dilataient au fur et à mesure que le compte-à-rebours avançait (ou reculait, selon les points de vue), et, tandis que ce dernier affichait, « 0 jours 00h 24min », les cœurs s’accéléraient, battant à rompre les cages thoraciques. Dans le dernier quart d’heure, une procession vaticane prononça en latin une litanie pour donner des frissons à tous. Enfin, l’heure tant attendu arriva : 23h58 sonna à toutes les cloches de Rome, selon l’ordre donné par sa Sainteté. Le silence qui précéda ces coups sourds fut affreusement long. 23h58 avançait dangereusement vers 23h59, sans que le Christ se fut montré. Les souffles se coupèrent. « Il va venir, espéra intérieurement le Pape les yeux aux cieux, Il est est route. » Soudain, une étoile filante déchira le ciel. Elle fut immédiatement prise comme un signe du Divin. « Regardez, s’écria un cardinal en montrant de l’index le corps céleste, elle fonce droit sur nous ! » En effet, l’étoile s’avançait dangereusement vers la place Saint Pierre, brillante. Ce fut un gamin dans la foule qui comprit le premier : « Ce n’est pas une étoile, mais une soucoupe volante, hurla-t-il fébrilement en pointant l’OVNI du doigt. » « C’est impossible, murmura le Pape, comme écrasé par le poids de la chose qui fonçait droit sur le Vatican. » Mais déjà, dans un vacarme infernal, l’engin se posa, triangulaire, sur la place. Tous ne savaient que dire devant cet étrange événement. Soudain, le haut de la soucoupe se souleva, dégageant un volute de fumée blanche. À ce moment là, les chœurs de Jésus que ma Joie demeure surgirent des hauts-parleurs, comme cela avait été programmé pour minuit. Personne ne prêta attention à Bach, tous étant concentré sur la forme qui sortait de la soucoupe. Lorsque celle-ci se dégagea de la fumée, tous prirent peur. La créature était affreuse. De gros yeux, une peau grise écailleuses, de longs ongles jaunes : c’était un mélange entre la grenouille, l’aigle, la poule et le serpent. Bipède, elle devait faire un mètre vingt. Une bonne sœur fit une syncope sur le champ. « Cela ne peut être Lui, songea le Pape, horrifié. » Pourtant, la créature venue d’ailleurs leva les bras aux cieux et de sa voix de crapaud lança : « Je suis venu conduire le troupeau égaré il y a plus de deux mille ans et me revoici aujourd’hui ! Paix et Amour sur le monde ! Jouez hautbois, résonnez musettes ! Que la volonté de mon Père soit faite ! » La foule hurla au scandale. Pour qui se prenait-il celui-là ? « Que l’on m’apporte des malades, si vous ne me croyez pas, vilains Saint Thomas que vous êtes ! » Un défilé de fauteuils roulants contenants des infirmes fut remis sur ses pieds en un clin d’œil. « Maintenant, prions ensembles, voulez-vous ? » Il y eut un instant de flottement. Ce Christ qui ne correspondait pas du tout à l’image que l’humanité s’en était faite depuis des siècles ne paraissait pas crédible du tout... Allait-on obéir à la créature verte ? Le Pape fut le premier à s’agenouiller et à joindre ses vieilles mains ridées. Il fut imité sur le champ par ses cardinaux, puis par la foule. Une voix inconnue résonna dans leur cervelle : « Je suis le Christ et je viens vous sauver. Que Dieu vous bénisse ! » Le Pape se tourna vers ses cardinaux. « Il faut se rendre à l’évidence : cette créature est le Fils de Dieu. Comment aurait-elle pu envoyer ce message dans nos esprits de mortels autrement que par l’action du Saint Esprit ? » Le cardinal sceptique lança : « Satan aussi peut agir par magie et autres charmes. Ne cherche-t-il pas à nous posséder ? » On amena à la créature de l’eau bénite. Elle y trempa l’un de ses longs ongles sans dommage. « Pourquoi cherchez vous donc des preuves ? Seule la foi peut vous donner confiance en moi et en mon Père ! » Le Pape se dit alors qu’il parlait comme dans Matthieu, lorsque Jésus marche sur les flots et qu’il effraie ses apôtres sur leur barque... Il prit cette pensée comme un signe divin. « Je m’adresse maintenant à vos dirigeants ! Détruisez vos armes et ensemble, pacifions la création de mon Père qui est aux cieux ! » Par les impénétrables voies du Seigneur, tous les hommes de la terre furent pris d’une seule et même envie de paix et d’amour. Tous s’embrassèrent, tous brûlèrent leurs armes, une Bible à la main. Ce fut au moment précis où il n’y eut plus d’arme sur terre que les extraterrestres attaquèrent notre planète et, n’y trouvant aucune résistance, la conquirent. Basile Imbert Maze 45 Janvier 2013



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