Maze n°15 janvier 2013
Maze n°15 janvier 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de janvier 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 13,6 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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L'éclatante noirceur de Poe Épousant avec brio les noirceurs de l'âme humaine, Edgar Poe, dans son recueil Nouvelles histoires extraordinaires, peint, à la manière du Portrait ovale, une beauté dérangeante et irrésistible, entièrement tournée vers la perversité de l'être et le tabou. Furieusement attirante, cette beauté mènera à leur perte les vingt-trois héros de chacune des nouvelles. Naissance et tombeau confondus, cette oeuvre traduite et rendue célèbre par Charles Baudelaire en 1857 expose toute la fleur de la poésie de Poe. « Et l'homme tremblait dans la solitude : - cependant, la nuit avançait, et il restait assis sur le rocher ». Échappée de la nouvelle Silence, cette phrase scandée par trois fois résonne comme une formule dans la prose minutieuse d'Edgar Poe. Ton étrangement ordinaire pour un incident inévitable, que cette nuit à la fois physique et symbolique qui s'avance. L'auteur rend ainsi le narrateur spectateur de sa descente dans l'obscurité, si sensible dans le Chat Noir, où l'alcool, ce démon de première heure qui emprisonna Poe dans sa vie intime, s'immisce insidieusement dans les veines du héros bon et aimant afin de le transformer en une bête cruelle et démente. « J’étais devenu un esclave de l’opium, il me tenait dans ses liens,– et tous mes travaux et mes plans avaient pris la couleur de mes rêves. » déclara Poe, expliquant de ce fait l'omniprésente noirceur dans son oeuvre. Prenant mille apparences, le démon de la perversité se cache tour à tour dans la boisson, dans les prunelles d'un félin, dans des manifestations sonores aiguillonnant de manière intolérable les sens exacerbés du héros ou bien dans le simple visage d'une femme, beauté maladive et fascinante, à l'image de Bérénice dans la nouvelle éponyme, dont l'agonie rend tremblant le narrateur, alors qu’il avoue volontiers : « Dans les jours les plus brillants de son incomparable beauté, très-sûrement je ne l’avais jamais aimé. ». Romantisme macabre où la beauté ne trouve plus en la laideur une rivale mais bien au contraire une alliée naturelle, Tarpaulin et Legs, les deux matelots égarés dans les quartiers de Londres ravagés par une peste étrange, courent encore aux bras de deux créatures étonnantes. L’une arborant un « abîme terrifique », autrement dit un sourire de l’ange, et l’autre nichant dans un visage doux et charmant une trompe purulente faisant office de nez. Tout cela s'harmonise dans une sorte de réalité fantasmagorique où le moindre détail voit son importance décuplée, à l'image du tonnerre dans La chute de la maison Usher, métaphore de la vie s'échappant encore de Madeline mise en bière par erreur et vivante, et qui par vengeance, ruine la maison qui l'a vu naître et et qui est devenue prématurément son tombeau. Cette question de l'origine peut faire penser à celle de Poe dont la vie ne fut qu'une suite de mésaventures et de peines, de mises au tombeau continuelles de ses espérances et de ses proches, sa mère morte de la tuberculose alors qu'il n'avait que trois ans, ou bien Virginia Clemm, sa cousine germaine qu'il épousa quant elle eut treize ans et qui mourut elle aussi de phtisie quelques années plus tard, le laissant livré à ses propres démons qui l'emporteront dans la fleur de l'âge, à 40 ans, sans que la cause de son décès ne soit vraiment tirée au clair. Ainsi marqué d'un sceau funeste, le parcours fulgurant de Poe le hisse sans conteste au rang de l'écrivain maudit, dans la vie comme dans ses œuvres longtemps ignorées du public de son pays d'origine, l'Amérique. Si la descente dans l'ombre des personnages, tous plus ou moins dérangés, sert de fil conducteur aux intrigues, il réside en plus, du goût de l'anéantissement total de l'être, une face lumineuse, la touche fantastique, cet artifice littéraire dont abuse Poe et qui donne toute leur profondeur aux textes, explorant en tous points l'esprit des héros, presque toujours doubles, comme ce William Wilson en proie à son reflet vivant qui contrecarre toujours ses plans les moins honnêtes. Et tuer l'autre part de soi ne sert à rien, comme le comprend finalement William une fois son épée plongée dans le corps de l'importun. "Vois dans ma mort, vois par cette image qui est la tienne comme tu t'es radicalement assassiné ! " murmure ce dernier en guise d'adieu. Quête de l'être, ce recueil est l'expression d'un homme qui ne peut trouver la lumière, la compréhension des choses qu'à travers un obscur cheminement semé bien souvent de crimes, réponse extrême à l'incompréhension du dormeur qui ne perçoit enfin la réalité qu'à la suite d'un crime quelque qu'il soit. Pierre appartenant à l’édifice énorme que Poe a laissé dans le paysage littéraire, ces Nouvelles histoires extraordinaires ont influencés de nombreux auteurs : Charles Baudelaire, qui était lui-même un ami de l’auteur, ou, bien plus récemment, Benjamin Lacombe, jeune illustrateur qui a mis en images certaines de ces nouvelles dans son livre Les contes macabres. Alliant réponse cuisante à son rival littéraire, Thomas DunnEnglish avait écrit 1844 or The Power of the S.F, où le personnage de Marmaduke Hammerhead représentait sous le plus sombre éclairage la figure de Poe ; la vengeance sonne donc avec la concision extrême du genre de la nouvelle et avec la victoire de l’être sur les ténèbres grâce à cette esthétique et à cette tension toujours palpable dans les intrigues. N’oublions pas que le père du roman policier n’est autre que Poe lui-même ! Marine Roux Maze 28 Janvier 2013
Un roman pour bien commencer 2013 ? Vous voilà (fin du monde passée avec succès oblige) en 2013, et peut-être avez-vous pris quelques petites résolutions (que vous ne tiendrez évidemment pas longtemps) pour cette nouvelle année. En tout cas, Maze vous en propose une non-négligeable : lire davantage. Nous vous donnons donc ici le choix entre deux romans bien différents, puisqu’il en faut pour tous les goûts, mais tous deux de grande qualité. Nous vous proposons en premier lieu un roman signé par Tonino Benacquista : Quelqu’un d’autre. « Qui n’a jamais eu envie de devenir quelqu’un d’autre ? » C’est sur ce désir secret présent en un peu chaque être humain que se base l'histoire. Deux hommes se rencontrent par hasard et se lancent un pari fou : en un an, devenir la personne qu’ils auraient rêvé d’être. Brutalement, les deux personnages, chacun de leur côté, abandonnent toute leur vie établie (femme, métier, relations) et se lancent dans cet incroyable défi. Au fil des pages, ce roman vous fera profondément réfléchir sur le destin des personnages mais aussi sur vous-même et votre identité, puisque les directions opposées que prennent progressivement les héros rendent cette histoire vertigineuse : tandis que l'un commence une passionnante vie de détective, l'autre sombre dans l'alcoolisme. On comprend qu'il n'est pas si facile que ça de laisser derrière soi une vie entière. La qualité ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque vous vous régalerez d'un rythme soutenu, de héros d’une complexité saisissante et d'une plume particulièrement efficace. Un régal pour ceux qui veulent un peu réfléchir comme pour ceux qui désirent juste se laisser porter par cette histoire bouleversante. yeux de Françoise, une infirmière chargée de prendre soin de l’étrange jeune fille, on ressent avec malaise l’ambiance à la fois malsaine et angoissante qui règne, sans pour autant la comprendre pleinement. Des découvertes vont cependant peu à peu permettre à l’héroïne de mettre le doigt sur ce qui lie les deux individus. Quand Françoise comprendra qu’il ne peut y avoir qu’un pas entre amour et folie, elle fera tout son possible pour faire quitter l’île à Hazel, que celle-ci le veuille ou non. Ou au moins pour lui faire regarder pour la première fois son visage dans un miroir. Empli de mystères, de légers frissons et baigné dans le cadre troublant d’une île coupée du monde, ce roman risque de devenir une obsession tant que vous ne l’aurez pas terminé. A noter qu’il possède une spécificité bien originale : deux fins opposées sont proposées, et il est libre au lecteur de choisir laquelle il souhaite retenir. Alors, en ce début d’année, quel livre choisirez-vous ? Le très psychologique Quelqu’un d’autre ou le dérangeant Mercure ? Passons à quelque chose d’un peu plus glauque. Inutile de vous présenter Amélie Nothomb, cette auteure dont les nouveaux ouvrages sont toujours accueillis avec acclamation. Nous vous en proposons ici un roman un peu moins Léo Labinski connu : Mercure. Ce roman, écrit en 1998, se déroule sur une île, non loin de Cherbourg, où vivent seuls un vieillard et une fille qu’il a recueillie, nommée Hazel. A travers les Maze 29 Janvier 2013



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