Maze n°15 janvier 2013
Maze n°15 janvier 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de janvier 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 13,6 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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pour pouvoir accompagner certaines scènes et tout. Et ça c’est Peter Von Poehl qui s’en est chargé, qui a fait quelques musiques dans le film qui sont des morceaux originaux. Et sinon après c’est des morceaux qui sont glanés à droite à gauche, c’est Pascal Mayer, je lui avait raconté l’histoire du film, et je lui avais demandé comme ça, de mettre plein de morceaux qui l’inspirait. J.E. C’est le superviseur musical. V.D. Et donc, par exemple de cette liste là il restait plein de choses, OMD, La Vie Parisienne ect, et c’est vraiment un travail qui se fait au montage, et voilà, par exemple Domenica, c’est une chanson que Jérémie adore, c’est des choses comme ça que je lui pique, sinon, moi dans mon ordi j’ai des trucs, mais c’est plus de la musique que j’écoute, qui m’inspire et que je colle sur les images. Avec ma monteuse d’ailleurs, on adore mettre la musique sur les images. J.E. Elles disent ça : « Je crois que le Dieu de la Musique va être avec nous. » et l’idée c’est que la musique tombe pile sur les images qu’on a tourné. Et en fait ça leur arrive souvent, et donc elles sont persuadées... (c) Droits Reservés - Wild Bunch Distribution Rencontre avec Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm V.D. Qu’il y a un Dieu de la Musique avec nous ! (rires) J.E. Oui ! (rires) Qu’il y a une divinité, quelque part, avec elles. Valérie a vraiment le sens du montage, c’est un truc très étrange, même quand on parle des films et tout, elle..., moi je le pense sincèrement, sa monteuse aussi le pense d’ailleurs ? V.D. Ouais. Mais en même temps je sais pas du tout me servir des boutons. J.E. Elle appuie pas sur les touches, mais elle a vraiment le sens du montage, du rythme, de la temporalité des films, qu’est ce qu’on pourrait inventer, se permettre de faire... Un niveau d’autorisation de liberté qui est assez fou. On écrit des trucs et ça se pulvérise au montage. V.D. Mais le truc c’est que je suis aussi assez impatiente, je me rends compte de ça et j’aime bien quand les choses prennent une forme concrète tout de suite et tout ça et je pense que la musique ça participe à ces choses-là. Enfin, un film sans musique et un film avec musique, ça n’a rien à voir... Les scènes n’ont pas la même durée etc. J. E. : Le processus par lequel on en arrive à aimer une musique, a ressentir une émotion, passe par un chemin épidermique, absolument pas intellectuel. J’avais l’idée pendant un moment, d’installer des caméras dans des bars, ou dans la rue, et c’est dingue hein, mais de filmer les gens à leur insu quand ils écoutent de la musique. Je veux dire, avant il y avait les walkmans, maintenant c’est les Ipod, mais on pourrait presque deviner ce que quelqu’un écoute, rien qu’en regardant son visage, son allure. C’est dingue, par exemple, quelqu’un qui écoute de la musique et qui marche comme ça (imite une démarche allongée et sautillante), on sait qu’il écoute de la musique entrainante, alors que quelqu’un qui marche comme ça (imite une démarche lourde et lasse, la mine sombre), on sait qu’il écoute quelque chose de triste. Et je trouve que c’est quelque chose qui correspond vraiment à la démarche artistique de Valérie, ce côté épidermique. Avez-vous tourné en milieux entièrement « naturels » ou dans des décors reconstitués, comme les scènes des loges par exemple... ? Maze 20 Janvier 2013
V.D. : Absolument, tout a été tourné à l’Opéra. On avait 3 semaines, et on a tout fait en situation. C’est quelque chose que j’aime, les décors réels. Il y a eu un travail d’approche important en amont, on avait des contraintes d’horaires, mais c’était faisable. On leur a dit : « Pour La Guerre est Déclarée, on a tourné dans les hôpitaux, on était une petite équipe de 12, on s’est adapté, ils continuaient à travailler, on a pris soin de ne pas être contraignants... « Et ce qui était génial, c’est qu’on a découvert l’Opéra. J.E. C’est vraiment immense, ça fait je crois... 98 000 mètres carrés ? C’était comme des bâtiments dans des bâtiments. V.D. Valérie Lemercier disait « Nous sommes de petites souris au milieu des petits rats. » J.E. On peut dire que les scènes dans les loges étaient très disparates. Ah oui, c’était vraiment impressionnant. C’était une ville dans la ville. A l’extérieur c’est très chou à la crème, les décors fastueux, les dorures, voilà, ils se sont amusés, mais de l’autre côté, c’est diffèrent, c’est très... Haussmannien. C’est particulier. Pourriez vous nous parler sur la scène délicieusement insolente où Valérie Lemercier se déshabille devant le ministre avant de quitter les lieux vêtue royalement d’un rideau ? V.D. Oh oui, cette scène-là ! Et bien nous avons tourné dans le vrai bureau de Malraux. Nous ne pouvions pas prendre un vrai rideau... (rires) J.E. Vous voyez où va notre argent ! (rires) V.D. Il y a eu un facteur chance énorme. Nous avons pris les références du fournisseur du ministère de la Culture pour faire faire un rideau identique dans la même tissu. Si nous ne pouvions pas avoir le même rideau, nous aurions dû tous les faire refaire, ce qui aurait coûté beaucoup, beaucoup plus cher. Et il restait juste de quoi faire un seul rideau ! L’habilleuse l’a ajusté sur Valérie Lemercier, de manière à lui faire une robe de princesse. Quand j’étais petite, je me faisais des robes pareilles avec les draps. Pourquoi Commercy (ville de Lorraine dans laquelle une partie du film a été tournée) ? V.D. Et bien en fait, c’est la ville de mon enfance. Mes grands-parents y habitaient, j’ai donc passé beaucoup de temps là-bas quand j’étais petite, et puis j’aime beaucoup la Loraine, et j’avais envie de faire découvrir cette région là, d’une autre manière. Parlez nous de La Reine des Pommes. V.D. J’avais déjà réalisé mon premier court-métrage « Il fait beau dans la plus belle ville du monde ». On était 4 dans l’équipe et on l’a tourné en Super 8 mais une fois réalisé, aucun festival n’en a voulu alors on était un peu tristes. Un long métrage c’est comme un court métrage, seulement plus long, alors je me suis dis « pourquoi pas » et je suis partie à New-York avec une caméra à moitié cassée. Et une fois là-bas, j’ai filmé la fin de la Reine des Pommes. L’idée qui prenait tout la place pendant le tournage c’était « Comment faire un film pas cher ? «. Alors on a tourné dehors, dans les apparts des uns et des autres... Ce qui était amusant c’était de faire un film comme ça, en dehors du système mais qui au final le rejoins. Vous n’imaginez pas à quel point on a été heureux quand il est sortis. C’était une sortie confidentielle, dans seulement quelques salles à Paris, mais pour nous c’était déjà énorme ! J.E. Comme aller dans une fête où on a pas le droit d’aller, et c’est super. Pourquoi amener le sujet du trouple ? V.D. Ah ! Elle, c’est définitivement une scène complexe. En fait, la situation de ce trouple fait écho à la situation de Joachim. Elle fait probablement écho à quelque chose que chacun de nous avons pu vivre, à un moment où un autre. Il y a là dedans une certaine blessure narcissique, de la folie. C’est peut-être une manière d’apprendre à se quitter avant d’être ensemble. Parfois on reçoit une injonction intime, et quelque chose traverse de part en part les règles normales de l’amour. Ca nous dépasse et on peut être amené à vivre des choses complètement inattendues. J.E. On ne dit pas par là « Vivez heureux, vivez en trouple ! « attention ! (rires) Mais c’est une scène qui ne donne aucune leçon. On ne sait pas... Et si c’était idéal ? Est-ce triste ? C’est ambigüe. On se dit « Pourquoi pas ? « et puis « Mais c’est dur... « Ce n’est pas comme Intouchables, ce n’est pas quelque chose qui, hop, colle tout de suite, sans problèmes. C’est plus compliqué que ça. C’est plus compliqué que ça. Sur ces derniers mots, qui pourraient bien définir en elle même cette comédie empreinte de douceur et d’un cachet de vérité habillé d’un rideau de poésie, nous ne pouvons que lui souhaiter d’être comblée de réussite. Le cinéma français se porte bien, Valérie Donzelli est là. Marion Poncel Maze 21 Janvier 2013



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