Maze n°14 décembre 2012
Maze n°14 décembre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de décembre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 46

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur 2012.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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35 Dr Mendes ou le journal de Geller 37 2012 et la littérature 39 La Terre du milieu revient en force ! Maze 34 DÉCEMBRE 2012
Dr Mendes ou le journal de Geller — Partie 4 Erratum : Quelques fautes sur l'édition précédente, sur le contenu et la chronologie. J'apporte à la suite du journal les corrections nécessaires. D'où les quelque petites incohérences avec l'édition précédente. 20 septembre 1940 Je suis sur un bateau. En trois mois, j’ai vieilli de plusieurs années. Je ne pouvais pas croire que la vie puisse être si violente... Aujourd’hui hélas, je sais. Assis sur ce banc, au large, les cheveux au vent, l’inconnu devant moi, je vais écrire ce que nous avons vécu ces derniers mois. Nous sommes le 17 juin 1940. Entourés de toute la famille, mon père et mon oncle ont dû prendre "la" décision, celle qui va engager l'avenir. Les insultes et les voisins se font de plus en plus menaçants. Notre maison a été barbouillé d’étoiles juives inscrites à la peinture et le propriétaire nous a demandé de partir. Nous avons une semaine pour déguerpir. Les vignes de mon oncle ont été saccagées. La boutique n’a plus aucun client. Nous avons entassé nos quelques affaires dans la voiture de mon oncle. Nous voilà, toute la famille, Quai Louis XVIII, au Consulat portugais de Bordeaux, ce 17 juin 1940. Sur cette grande place nous avons trouvé des dizaines de voitures, des centaines de personnes. Nous étions condamnés. Mon père a crié : - Où est le Consul ? Nous voulons voir le Consul. Nous sommes juifs, il faut que nous quittions le pays avant que les Allemands n’arrivent. Ils vont nous tuer... A ce moment la porte donnant sur le bureau du Consul s’ouvrit, et on vit apparaître le consul lui-même, le Dr Mendes. Il avait la mine grave, et des cernes bleus autour des yeux. Ses cheveux étaient complètement gris et semblaient presque aussi blancs que neige. A côté de lui se tenait Mme Mendes. Ils restèrent immobiles un moment. Nous étions tous muets. Après quelques secondes, le Dr Mendes prit la parole : « Comme je l'ai déjà dit à tout le monde, mon gouvernement a refusé sans ambages toutes les demandes de visa pour tous les réfugiés. Mais j’ai actuellement le pouvoir de sauver les milliers de personnes qui sont venues de toute l’Europe dans l’espoir de trouver asile au Portugal. Ce sont tous des êtres humains, et leur position sociale, leur religion ou leur couleur, me sont totalement indifférentes. Je sais que Mme Mendes partage entièrement mon point de vue, et je suis certain que mes enfants comprendront et qu'ils ne me reprocheront rien si, en donnant des visas à chacun des réfugiés, je dois être, demain, relevé de mes fonctions pour avoir agi contrairement à des ordres qui, selon moi, sont vils et injustes. Ainsi, je déclare que je donnerai, gratuitement, un visa à quiconque le réclamera. En apprenant qu’on nous délivrerait un visa, les milliers de réfugiés, jusqu’alors déprimés, maintenant pleins de joie, s'écrièrent : « Hourra pour le consul ! Vive le Portugal ! ». La foule, jusque là triste et mélancolique, était maintenant agitée par un constant murmure. Quelqu’un ouvrit les portes et c’est alors que commença la tâche interminable de la délivrance des visas aux milliers de réfugiés. En tant que tailleur du consul, nous avons été hébergés par Mme Mendes, qui n’avait plus de domestiques et décida de faire la cuisine pour nourrir autant de réfugiés qu’il serait possible. Elle garda dans sa maison les vieillards et les malades, elle raccommoda leurs vêtements lorsque c’était nécessaire, et alla jusqu’à faire leurs lits et laver leur linge. Tout cela en trois jours. C’est une femme remarquable. Ma mère et ma tante l’ont aidée. Puis nous sommes partis. Après quelques longues heures de route, nous sommes arrivés à Bayonne, et quelques jours plus tard, à Hendaye, à la frontière franco-espagnole, tard dans la soirée. Une fois de plus, nous avons trouvé une grande foule de réfugiés, plus que nous n’en avions jamais vu auparavant. L’Espagne, en collaboration avec le Portugal, avait fermé Maze 35 DÉCEMBRE 2012



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