Maze n°14 décembre 2012
Maze n°14 décembre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de décembre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 46

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : retour sur 2012.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 30 - 31  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
30 31
Rêves et cauchemars au cinéma Le cinéma est souvent désigné comme une « usine à rêves ». Depuis ses débuts, cette étonnante fabrique d'images nous emporte dans les méandres visuelles de l'art et il semblerait même que la capacité de ce médium à nous transporter dans un autre monde soit la cause principale de son succès. Quand, au IVème siècle, un peintre nommé Xeusis invente un trompe-l'œil destiné à attirer les oiseaux, pour qu'ils bectent des raisins peints, puis quand il se fait duper par son rival qui a peint un rideau factice, l'homme admet avoir été berné par une représentation. Aujourd'hui, le spectateur est toujours aussi avide de trompe-l'œil, et se laisse porter par le dispositif élaboré du cinéma, sentant peut-être là une façon de se détourner de la monotonie de la vie. Cet écran noir où se meuvent des silhouettes lumineuses, comme des fantômes tout droit sortis d'un rêve, plonge le spectateur dans un état presque second où son moi est dédoublé avec le personnage et l'histoire. Ce phénomène, Freud l'a plus ou moins expliqué : mécanisme du rêve et de l'inconscient, qui serait à l'origine de notre propension à l'assimilation aux arts vivants. L'opéra par exemple était décrit comme « un séjour enchanté au pays des métamorphoses, tout comme le cinéma ». Le cinéma serait donc onirique par nature. Sa spécificité est peut-être que les personnages à l'écran ne sont pas exactement pareils que le spectateur, plus proches et plus lointains à la fois ; ils confirment l'aspect sensoriel du septième art et surtout la capacité qu'a ce dernier d'engendrer des formes qui font écho à nos représentations les plus intimes et les plus collectives. Pendant la projection, le spectateur est en effet propulsé dans un monde qui fait écho au sien, et par son regard à la fois actif et rêveur, il se meut dans l'espace de l'écran de façon métaphorique, happé par un espace temps différent, celui du récit. Il est au repos alors qu'un monde vient à lui. Le cinéma donc, plus qu'un autre art encore, serait le lieu de la magie et du rêve. Le spectateur se perçoit même comme étant à l'origine de l'organisation des scènes qu'il regarde, c'est une analogie machine/spectateur qui fait écho à celle du spectateur et du rêve. Dans les deux cas, il est confronté à des images qu'il perçoit comme étant réelles. Les tout premiers spectateurs ont eu d'ailleurs l'impression que ce qu'on leur présentait à l'écran était du domaine du rêve, comme s'ils étaient des dormeurs éveillés aux sensations, pénétrants presque dans l'inconscient de l'art, dans son ventre fictif. Au fil de son évolution, le cinéma a proposé différents types de films, dont certains semblent plus oniriques que d'autres. Mais on peut remarquer qu'un film qui use de ressources narratives et visuelles riches va être perçu comme plus réel pour celui qui le visionne. Le montage est très important : c'est lui qui engendre le plus l'effet de proximité auprès du film, et sans montage, le rêve est moins parfait. Le voyage de l'inconscient est d'autant plus réussi si le montage permet d'entrer dans un monde différent et si les effets visuels concourent à plonger le spectateur dans l'histoire, le récit. Autrement dit, plus le film est travaillé et la réalité manipulée, plus le spectateur va se laisser aller au rêve cinématographique. Le défilé ordonné d'images au cinéma classique par exemple porte le spectateur corps et âme dans le monde du récit : il est bercé et hypnotisé par ce qu'il voit et il retrouve la texture de ses rêves. Certains films sont plus propices au rêve que certains. Ceux de Lynch sont éminemment oniriques, mais versent plus dans un esprit de cauchemars éveillés, où femmes fatales et monstres métaphoriques se glissent dans le clair obscur de paysages effrayants. Ici, le rêve est convoqué plus que jamais par les thèmes abordés, mais aussi par la mise en scène du réalisateur, toujours faite de plans empruntant leurs codes aux images ambivalentes de la nuit. Jeux de lumières, plans suggestifs, théâtralisation du paysage, tout est là pour nous plonger dans un univers noir et oppressant. Lynch est aujourd'hui l'un des cinéastes les plus reconnus dans le domaine du thriller fantastique, et son cachet si particulier sert de point de départ à bien de jeunes réalisateurs. Ce qui prouve que le monde magique du cinéma n'a pas fini de vibrer au même rythme que nos rêves, et que notre émerveillement sera toujours le moteur des plus belles créations. CAMILLE CHARDON Maze 30 DÉCEMBRE 2012
Beauté au pied d'argile, Marilyn Marilyn n'était pas la plus belle des actrice de son époque, ni la plus intelligente, mais quand on évoque la star on ne peut s'empêcher de s'attarder sur son incroyable aura, faite de fragilité, de sensualité et de naïveté mêlées. Voilà bien ce qui faisait son charme... et sa souffrance. Enfant émerveillée par les lumières d'Hollywood, cette fabrique à rêve dont elle est à jamais peut être la représentation et la victime, Marilyn veut réussir. Mais voilà, Marilyn est torturée et cette terre de cocagne, de paillettes et de mirages va la fabriquer, la diriger puis la broyer. Ce rêve qui était le sien est construit sur un manque, celui d'une mère et d'une famille et ce gouffre d'amour ne va jamais la quitter. Petit à petit elle va sombrer, la belle idiote des premiers films se mue en nymphe désespérée, et le public toujours demande Marilyn, leur icône, le symbole de la féminité. Marilyn demande à un photographe s'il est possible que l'on photographie son âme, comme si elle savait que dans ce milieu elle est matière incandescente, friable et fragile à souhait, on lui répond "soit juste superbe comme tu sais le faire"... Et pourtant elle est toujours aussi percutante de sincérité sur chaque pellicule, sur chaque tirage, dans chaque film, oui Marilyn est une grande actrice parce qu’elle est son personnage, elle joue avec les tripes ! En témoigne ce cri de détresse lancé en plein milieu du désert dans "les désaxés" à des hommes aveugles, cupides et brideurs de liberté, et qui n'est que l'aveu du désespoir face à la cruauté... "Sois juste belle Marilyn, c'est ce qu'on attend de toi". Alors elle s’exile à New York, capitale intellectuelle des États- Unis. Là bas elle veut casser son image, être une actrice de drame, prouver qu'elle a du talent... elle échoue. S'en suit sa chute, mélancolique et désabusée. Marilyn, Marilyn qui es-tu ? Le mystère reste entier, l'icône a laissé dans l'ombre la femme, jusqu’à ce que des ouvrages paraissent sur elle, "Marilyn dernières séances" puis le recueil de ses écrits "Fragments". Aujourd'hui on le sait la star était tout sauf une blonde idiote, sa fibre poétique et sa sensibilité étaient réelles et son talent ne se limitait pas à onduler et faire pâlir les hommes de désir. Marilyn était une personne avant d'être une idole. Cependant, on ignorera toujours beaucoup d'elle car Marilyn était un océan de contradictions, merveilleux paradoxe entre sa volonté d'être appréciée et celle d'être respectée, ce qui peut être la rend si fascinante pour les générations actuelles. Alors Marilyn reste dans les cœurs et la société de consommation se charge bien de nous le rappeler, de la campagne d'un célèbre parfum jusque sur des tasses, elle est partout, on l'affiche et son image continue de faire fantasmer des milliers de personnes, hommes et femmes confondus. Son charme fait partie de la culture populaire, désormais Marilyn appartient réellement au monde mais que l'on se rassure il restera des secrets, des photos conservées à l'abri des regards, une partie d'elle sera toujours cachée, un coin de sa vie qui est à Norma Jean Baker. Dans tous les cas, la lumière de l'actrice nous parvient encore, bien après sa mort, car les étoiles de son envergure ne cesseront jamais de briller ! CAMILLE CHARDON Maze 31 DÉCEMBRE 2012



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :