Maze n°12 octobre 2012
Maze n°12 octobre 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de octobre 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Association Inspira-Maze

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 12,5 Mo

  • Dans ce numéro : interview Giedré « Je cuis vachement bien le Ébly. »

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 44 - 45  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
44 45
45 Dr Mendes ou le journal de Geller 47 Monsieur Teste, les rouages de l'entendement 48 Petite Sélection Maze 44 Octobre 2012
Dr Mendes ou le Journal De Geller - Deuxième partie 3 septembre 1939 Cher journal. Je suis bien arrivé. J’étais content de revoir les miens. Et quelques heures après… Voilà, la terrible nouvelle est arrivée. Celle que l’on redoutait, celle qui était dans toutes les bouches depuis des semaines. Et bien c’est fait. La Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l’Allemagne à 12h et la France à fait de même à 13h. Nous n’avons pas déjeuné tellement nous avons été secoué. Dans les heures qui ont suivi, tout le quartier était dans la rue, même ceux qui travaillaient. Les conversations allaient bon train. Toute cette agitation mettait les enfants en joie, et très excités ils couraient dans les ruelles. Nous sommes allés devant le café du quartier qui fait aussi bureau de tabac et cabine téléphonique. C'est là que s’était amassée la foule. J’ai vu une femme en noir qui m’a beaucoup impressionnée. Elle pleurait en répétant très fort « la guerre, encore la guerre ! » C’est là que j’ai vraiment compris que ce n’était pas un jour de fête comme pouvaient le faire croire les enfants qui jouaient autour de nous, mais bien une bien funeste journée. Ma mère m’a expliqué que la femme qui m’avait marqué par ces pleurs avait vécu la première guerre, il y a 21 ans à peine ; elle avait beaucoup souffert, avait dû remplacer son mari qui n’était jamais revenu. C’était il y a à peine 21 ans… c’est incroyable. Je me demande bien quand les hommes cesseront-ils cette folie meurtrière. Une phrase de Victor Hugo, dans Les Chansons des Rues et des Bois, me revient. "La guerre plaît aux peuples querelleurs, et Dieu perd son temps à faire les étoiles et les fleurs." 17 septembre 1939. Je n’ai pas beaucoup écrit. Je n’en ai pas le cœur. Ma mère pleure souvent et mon père est allé s’inscrire sur les listes de recensement. Il peut être appelé à tout moment. Pour l’instant, ils continuent à travailler dans leur petite boutique de tailleur pour hommes. Ma grand-mère, elle, prie. Ma sœur et moi, nous avons fait notre rentrée scolaire comme si rien ne s’était passé. Il ne se passe pas grandchose en réalité. Il paraît que les Soviétiques ont envahi la Pologne. Tout à l’heure, j’ai entendu frapper à la porte, j’ai ouvert et me suis retrouvé en face de nos voisins. Il a été mobilisé aujourd’hui. Il a 27 ans et il part dès demain. Sa jeune femme est enceinte. Elle est désespérée. Ma mère s’occupe d’elle en ce moment. Je l’entends pleurer dans la cuisine. Je n’arrive pas à croire que tout ceci est vrai. Pendant ce temps, je fais mes exercices de mathématiques. C’est surréaliste. Le voisin part à la guerre et moi je fais mes devoirs de mathématiques ! 28 septembre 1939 Finalement, ce sont les nouvelles diffusées par la radio qui me donnent le désir d’écrire sur ce journal. Écrire me permet de me débarrasser en quelque sorte de ma peur ou de mon incompréhension. Staline et Hitler se sont partagé la Pologne. Comment peut-on se partager un pays ? Comme on se partagerait un gâteau... Un pays c’est surtout des gens… Comment peut-on se partager des gens ? Je n’arrive pas à comprendre. C’est comme pour mes notes de mathématiques. Elles ont chuté de moitié sans aucune raison. J’ai toujours été fort en mathématiques. Mes parents me disent de me taire, mais je sais que c’est parce que ce professeur n’aime pas les juifs… Heureusement que les autres, au contraire, sont très protecteurs à mon égard. Ça compense, mais c’est tellement injuste. Il y a aussi deux camarades, pas des amis, qui ne me disent plus bonjour alors que nous nous connaissons depuis le primaire. Décidément, ces derniers temps je ne comprends vraiment plus rien ! 25Janvier 1940 Il y a eu le Yom-Kippour. La coutume veut que l'on sacrifie des poulets. Dans notre rue, il y a un boucher juif. Il tue les poulets sur le trottoir. La rue s'emplit de sang, de plumes et de piaillements. On aurait pu croire que tous les juifs de Bordeaux été là. Notre quartier grouillait et une ambiance chaleureuse se dégageait de cette petite foule. Bien sûr, ma tante, mon oncle et mes cousins sont venus et c’était la fête à la maison. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu mes parents aussi heureux. La fête de Soukkot qui commémore l'errance du peuple juif dans le désert. Pour cette célébration, nous avons comme coutume de manger sous la soukkah, une petite maison de planches en bois recouverte de feuilles d'arbre. Comme chaque année, mes cousins et quelques autres jeunes, nous avons construit une cabane dans la cour de la synagogue et nous avons suspendu des fruits au plafond. Mes cousins ont l’air plus vieux, il faut dire qu’ils ont 16 et 17 ans, et ils sont plus sérieux aussi. Maze 45 Octobre 2012



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :