Magazine Observatoire de Paris n°3 déc 05/jan-fév 2006
Magazine Observatoire de Paris n°3 déc 05/jan-fév 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de déc 05/jan-fév 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Observatoire de Paris

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 26

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : naissance de l'Institut Francilien de Recherche sur les Atomes Froids.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EN AVRIL 2006, la sonde européenne Venus Express parviendra à destination. Vue d’artiste. IN APRIL 2006, the European spacecraft Venus Express will reach its destination. Artist’s view. ESA Contact : Pierre DROSSART LESIA +33 (0)1 45 07 76 64 pierre.drossart@obspm.fr L’INSTRUMENT VIRTIS sondera l’atmosphère de Vénus dans toute son épaisseur. THE VIRTIS INSTRUMENT will probe Venus’atmosphere at allaltitudes. Observatoire de Paris/LESIA VERS VÉNUS, EN TEMPS ET EN HEURE ON THE WAY TO VENUSRIGHT ON TIME C’est la satisfaction au Laboratoire d’Études Spatiales et d’Instrumentation en Astrophysique - LESIA après le lancement de Venus Express. La sonde européenne va explorer l’atmosphère de Vénus. Avec une précision inégalée. Satisfaction is in the air at the Laboratory for Space Studies and Astrophysics Instrumentation (LESIA) after the launch of Venus Express. The European spacecraft will explore Venus’atmospherewith unrivalled accuracy. « Beaucoup de collègues étaient sceptiques », confie Pierre Drossart, planétologue au LESIA. Et il y avait de quoi. Entre la décision de construire la sonde Venus Express et son lancement dans l’espace, le 9 novembre dernier, trois années, seulement, se sont écoulées. Trois années pour fabriquer l’un de ses plus importants instruments scientifiques, VIRTIS 1, un spectro-imageur auquel une dizaine de pays ont participé, opérant de l’ultraviolet jusqu’au proche infrarouge. Certes, un modèle de VIRTIS a déjà volé sur la mission Rosetta, ce qui a facilité la mise au point de l’exemplaire en partance pour Vénus. Mais il a fallu le modifier et l’adapter aux nouvelles contraintes auxquelles Venus Express allait devoir faire face. Contraintes thermiques, par exemple, car sa trajectoire la rapproche du Soleil, entre autres problèmes. « Notre première réussite, c’est d’avoir lancé cette sonde à l’heure, pourvue de tous les instruments scientifiques initialement prévus », estime Pierre Drossart, co-Principal Investigator de VIRTIS. Avril 2006 Pierre Drossart espère connaître une satisfaction encore plus grande en avril 2006, lorsque la sonde atteindra la deuxième planète du Système solaire,Vénus. L’appareil a été conçu pour réaliser une étude complète de son atmosphère, étude qui n’a jamais été réalisée jusqu’ici avec cette ampleur. Et VIRTIS, capable d’en sonder la composition, la structure et la dynamique, jouera un rôle de premier plan dans ce travail. Bien que géologiquement proches, la Terre et Vénus présentent des atmosphères très différentes. Celle de Vénus, composée à 96% de gaz carbonique (CO2), est le siège de phénomènes spectaculaires mal compris : de vastes vortex tournent aux pôles, des vents soufflent si fort qu’ils ne mettent que quatre jours à faire le tour de la planète… « Grâce à Venus Express, on pourra enfin comparer l’atmosphère de la Terre et de Mars, qu’on connaît déjà, avec celle de Vénus, et en tirer des enseignements », se réjouit Pierre Drossart. Par exemple, « l’étoile du berger » est le siège d’un effet de serre impressionnant si intense que les températures de surface atteignent 470°C. L’étudier permettra d’en savoir plus sur celui qui affecte la Terre. On pourrait ainsi prédire les changements climatiques à venir avec davantage de précision. PLUS DE 40 ANS D’HISTOIRE Depuis 1962, vingt-deux appareils ont visité Vénus, soit en la survolant, soit en se satellisant autour d’elle, soit en s’y posant. Mais c’est la première fois que cette planète est l’objectif d’une sonde européenne. En 2010 est prévu le lancement d’un « successeur » de Venus Express, le Japonais Venus Climate Orbiter. 14 - MAGAZINE DE L’OBSERVATOIRE N°3/ACTUALITÉ DES LABORATOIRES « Many of my colleagues were skeptical », admits LESIA’s planetologist Pierre Drossart. They had reasons to doubt. Between the decision to build Venus Express and its launch on 9 November, three short years went by. Three years to build one of its most vital scientific instruments:VIRTIS 1.Ten countries participated in the construction of this spectro-imager that covers the ultraviolet to near infrared range. Admittedly, there was already an earlier model of VIRTIS on the Rosetta mission, which helped the development of a new one. But the old VIRTIS had to be modified and adapted according to the constraints specific to Venus Express. Thermal constraints, for instanceas it will travel near the Sunamong others. « Our most remarkable successis to have launched this spacecraft on time, equipped with all the scientific instruments originally planed », adds Pierre Drossart, one of VIRTIS’Principal Investigators. April 2006 Pierre Drossart hopes an even greater satisfaction in April 2006, when the probe reaches Venus, the second planet in the Solar system. The spaceship was built to carry out a complete study of its atmosphere, something never done before on such a scale.And VIRTIS, able to probe the planet’s composition, structure, and dynamics, will play a major role in that study. Although the Earth and Venus are geologically similar, their atmospheres are very different. The atmosphere of Venus, madeup of 96 per cent carbon dioxide (CO2), is the scene of spectacular phenomena, not yet wellunderstood : huge vortices revolving at the poles and winds blowing so strongly that they take only four days to run around the planet. « Thanks to Venus Express we shall finally be able to compare the familiar atmospheres of the Earth and Mars with that of Venus, and gather valuable information », explains a delighted Pierre Drossart. For example, the greenhouse effect on the « Shepherd’s Star » is impressive ; it is so strong that surface temperatures reach 470 oC. Its study will help scientists to understand our own greenhouse effect and predict future climate changes more accurately. (1) Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer MORE THAN FORTY YEARS OF HISTORY Since 1962, twenty-two spaceships had visited Venus, flying by, orbiting around or landing on it. But this is the first time the planet is the target of an European spacecraft. A « successor » of Venus Expressis scheduled for launch in 2010, the Japanese orbiter Venus Climate Orbiter.
PORTRAIT SENSIBLE... A SENSIBLE PORTRAIT... JEAN-LOUIS STEINBERG, JEAN-LOUIS STEINBERG, EYEWITNESS TÉMOIN OCULAIRE « L’homme est d’une modestie farouche » explique Michel Combes aux personnes venues saluer le départ à la retraite de Jean-Louis Steinberg, que l’ancien Président de l’Observatoire de Paris ne peut s’empêcher de qualifier de « sacré bonhomme » ! Que l’on en juge : la naissance de la radioastronomie en France, l’introduction de la recherche spatiale à l’Observatoire et la création de la revue européenne Astronomy & Astrophysics c’est à lui qu’on les doit ! « He is a man of a ferocious modesty », explains Michel Combes to those who have come to mark the retirement of Jean-Louis Steinberg, « a hell of a man », in the words of the former President of the Observatoire de Paris. And who could contradict him ? It is to Steinberg that we owe the birth of radioastronomy in France, the introduction of space research at the Observatoire, and the creation of the European journal Astronomy & Astrophysics. Le virus de la recherche, Jean-Louis Steinberg l’attrape à 15 ans, en dévorant la biographie de Marie Curie. Né en 1922, il a 18 ans en 1940. Ses parents sont athées mais ses grands parents étaient juifs. La porte des grandes écoles lui est fermée. Il s’inscrit en licence de sciences à la Sorbonne. En 1944, il est arrêté puis déporté à Auschwitz avec ses parents et l’un de ses deux frères. Des quatre, lui seul revient, les trois autres ont été massacrés. Il a 23 ans, il a survécu à la barbarie de l’holocauste grâce à la solidarité de la résistance communiste à laquelle il appartient depuis 1941. Titulaire d’une thèse de docteur-ingénieur, J.-L. Steinberg entre au laboratoire de physique de l’École Normale Supérieure - ENS. Yves Rocard, qui en est le directeur, a assisté au développement des techniques radar dans la résistance et à la découverte classée « secret défense » en Grande- Bretagne, du rayonnement radio du Soleil. Il propose en cette fin 45 à J.-L. Steinberg et à un autre jeune chercheur, Jean-François Denisse, de développer la radioastronomie dont personne n’avait entendu parler en France. L’équipe se monte avec l’aide de la Marine nationale. « En 51, on commençait à avoir un peu de matériel. En consultant le calendrier des postes, Denisse découvre qu’une éclipse de Soleil sera visible en Afrique ». Le binôme et son équipe se rendent sur place et obtiennent des résultats intéressants qui méritent que J.-L. Steinberg aille les présenter en 1952 à un congrès international en Australie où il voit l’avance considérable de la radioastronomie anglo-saxonne. À son retour, il convainc facilement Y. Rocard : « il nous fallait un grand terrain plat, loin de la pollution radioélectrique des villes, pour y déployer un grand interféromètre métrique ». Y. Rocard trouve l’argent, J.-L. Steinberg trouve Nançay. L’étape suivante sera marquée par l’émergence d’un domaine prometteur : la détection de la raie 21 cm, une raie émise par l’hydrogène, le corps le plus répandu à l’échelle de l’Univers. « Pour rester dans la course internationale, il nous fallait un nouvel instrument ». Ce sera le « Grand Radiotélescope », alors la plus grande surface collectrice au monde : 300 m de long, 30 m de haut ; l’instrument est précis mais… ne pointe pas là où il faut ! Il faudra deux ans de travail acharné pour y parvenir. En 1963, J.-L. Steinberg se cherche un nouveau défi à relever. « Denisse a vu que je glandouillais, il m’a suggéré d’étudier les rayonnements radio qui ne peuvent pas arriver au niveau du sol parce qu’ils sont bloqués par l’atmosphère supérieure. Cela voulait dire se lancer dans l’espace ». Avec le soutien financier du Centre National d’Études Spatiales - CNES, J.-L. Steinberg crée l’actuel LESIA, devenu quarante ans plus tard, un des principaux laboratoires de recherche spatiale en astronomie et astrophysique. Le portrait ne saurait être complet sans que soit évoqué la success story de la revue européenne devenue internationale Astronomy & Astrophysics. Depuis 1964, J.-L. Steinberg et Madeleine, sa femme, assurent la publication de la revue française Annales d’astrophysique. En 1968, le couple convainc la communauté française de fusionner les trois revues nationales d’astronomie avec une revue hollandaise. Les Allemands – mais pas les Anglais – décident alors de fusionner leur revue avec la nouvelle revue européenne. Et l’histoire ne s’arrête pas là. En 1994, J.-L. Steinberg reçoit le Prix des trois physiciens, un prix créé en hommage à H. Abraham, E. Bloch et G. Bruhat, les trois directeurs du laboratoire de physique de l’ENS déportés et assassinés pendant la guerre. Lors du traditionnel pot qui suit l’attribution du prix, J.-L. Steinberg rompt avec la tradition et décide de rendre hommage aux trois hommes tragiquement disparus en livrant pour la première fois le récit de sa déportation. L’émotion submerge l’auditoire. Il ne faut pas que ce témoignage reste sans suite : ce sera un livre 1 et des exposés devant collégiens et lycéens 2. « Je ne cherche pas à apitoyer les élèves sur mon sort. Je veux qu’ils comprennent que ces évènements atroces peuvent se reproduire et qu’il en est de leur responsabilité que cela n’advienne pas ». De la nôtre aussi. Jean-Louis Steinberg caught the research bug when he was 15, after avidly reading Marie Curie’s biography. Born in 1922, he’s 18 in 1940. His parents are atheists but his grandparents were Jewish. A place for him in one of the grandes écoles is out of the question. He enters the Bachelor of Science program at the Sorbonne. In 1944 he is arrested and sent to the concentration camp in Auschwitz with his parents and one of his two brothers. He is the only one to come back ; the other three have been massacred. He is 23, and has survived the barbarism of the Holocaust thanks to the help of the communist Resistance of which he is a member since 1941. Holding a degree of doctor-engineer, J.-L. Steinberg joins the Physics Laboratory at the École Normale Supérieure (ENS). The laboratory head, Yves Rocard, witnessed the development of the radar while he was in the Resistance and the discovery of the solar radio radiation, classified as « defense secret » in Great Britain. At the end of 1945, he proposes to J.-L. Steinberg and another young researcher, Jean-François Denisse, to develop radioastronomy, a domain unknown in France. The team is put together with the aid of the National Navy. « In 1951, we started to have some equipment. From a wall calendar, Denisse learns that a solar eclipse will be visible in Africa. » They make the trip and obtain some interesting results, which J.-L. Steinberg will present MAGAZINE DE L’OBSERVATOIRE N°3 - 15 J.-L. STEINBERG lors de son discours d’adieux à l’Observatoire de Paris en octobre 2005. J.-L. STEINBERG delivering his farewell speech to the Observatoire de Paris. Gérard Servajean, Observatoire de Paris in 1952 at an international conference in Australia. At the conference, he realizes the considerable advance of Anglo-Saxon radioastronomy. On his return, he easily convinces Y. Rocard : « We needed a large, flat piece of land, far from the city’s radio electric pollution, to deploy a large metric interferometer. » Y. Rocard finds the money, J.-L. Steinberg finds Nançay.The next stage will be marked by the emergence of a promising domain : the detection of the 21-cm line, emitted by hydrogen, the most abundant substance in the universe. « To stay in the international race, we needed a new instrument. » And this instrument will be the « Grand Radiotelescope », then the largest collector surface in the world : 300 m long and 30 m high. The instrument is accurate but…it doesn’t aim at the right place ! It will take two years of relentless work to succeed. In 1963, J.-L. Steinberg is looking for a new challenge. « Denisse saw that I was just bumming around and suggested that I study the radio radiation that cannot reach the ground because it is blocked by the Earth’s higher atmosphere. We had to take off into space. » With the financial support of the National Center for Space Studies (CNES), J.-L. Steinberg creates the present LESIA which, forty years later, has become one of the leading space research laboratories in astronomy and astrophysics. The picture would not be complete without mentioning the success story of the European, and now international journal Astronomy & Astrophysics. Since 1964, J.-L. Steinberg and his wife Madeleine, publish the French journal Annales d’astrophysique. In 1968, the couple convinces the French astronomical community to merge the three astronomy journals published in France with a Dutch journal. The Germansbut not the Englishthen decide to merge their own journal with the new European periodical. The story does not end there. In 1994, J.-L. Steinberg is awarded the Three Physicists Prize, created in the honor of H. Abraham, E. Bloch, and G. Bruhat, the three heads of the physics laboratory at the ENS sent to concentration camps and assassinated during the war. At the reception that follows the award ceremony, J.-L. Steinberg breaks with tradition and decides to pay tribute to the three men who died in such tragic circumstances by telling for the first time the story of his own ordeal. The audience is gripped with emotion. His story must be recorded. A book 1 and talks 2 at schools and colleges will follow. « I do not seek the students’sympathy. I just wish them to understand that these horrible events could happen again and that it is their responsibility to prevent it. » It is our responsibility too. (1) Des quatre, un seul est rentré par Jean-Louis Steinberg et Daniel Périer, Éditions Association des Anciens Élèves de l’École Alsacienne, nov. 2004. (2) Le texte de l’intervention dans les lycées et les collèges est consultable sur le site/The text of these talks may be found on : http://aphg-iledefrance.univ-paris1.fr/Steinberg-texte.html



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