Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°3 de mar/avr/mai 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : spécial moode et business.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Contrairement à l’idée reçue, archiver n’est plus la dernière étape d’un travail, celle qui vient parachever le tout : l’album souvenir ne s’ouvre plus au moment où l’expo se referme, car, aujourd’hui, les outils numériques permettent de diffuser les informations plus vite. Les artistes ne se privent pas de documenter leur travail quasiment en live, au moment où la pièce est prête et avant même qu’elle ne soit exposée. Le Net bouleverse donc d’abord le timing de la documentation. Et de là, son contenu, sa nature et son volume. Car, si hier les dossiers étaient imprimés, massicotés et reliés a posteriori, aujourd’hui, gain d’argent et de temps, ils sont envoyés par mail. « Génération pdf » : l’expression fait d’ailleurs son chemin dans le milieu de l’art. Le pdf y est le format le plus convenu et le plus pratique pour faire connaître son travail. Mieux, les artistes s’affichent sur le Net via leur propre site, ou bien via des sites de documentation collectifs, ou bien encore via leur page Facebook. Être présent sur le Net n’est pas une fin en soi : reste à déterminer le contenu de la documentation qu’on entend y diffuser, et celle de la forme. Avoir un site en son nom propre n’est certes pas la solution la plus facile, puisque, sans parler du coût financier pour ceux qui sont contraints de faire appel à un webmaster, sa maintenance et sa mise à jour régulière restent (plus pour très longtemps cependant) contraignantes. C’est en partie ces difficultés-là que documentsdartistes.org veut pallier. Ce site de la Drac Paca regroupe les dossiers de plus de deux cents artistes de la région, dont par exemple Noël Dolla, Émilie Perotto, Anita Molinero, mais aussi ceux d’artistes émergents à peine connus. L’idée de documenter son travail sur le Net de manière groupée est celle qu’adoptent aussi de jeunes artistes. En y ajoutant pourtant une conception originale de la documentation. Comme le remarque Nicolas Thély, maître de conférences en esthétique à l’université Paris 1, « ils sont de plus en plus nombreux à se servir du Net pour enregistrer leur activité, leurs performances, pour valider leur pratique. Une trace est laissée qui leur permet de dire en quelque sorte : cela a été fait. C’est le cas par exemple d’un groupe de jeunes artistes qui ont créé des résidences fictives dans leur appartement aux quatre coins du monde. Chaque résidence propose un blog qui documente, par CHRONIQUE QUOI DE NEUF, DOC ? Quand les artistes documentent leur travail, il faut s’attendre à tout, y compris à ce que cette documentation finisse par être elle-même une œuvre d’art. La doc., une idée neuve. magazine n°3 94 des images ou des textes, leur activité. Sur thefreezoo. blogspot.com notamment, la Résidence Silence de l’artiste Serge Comte, installé en Islande. Un site permet aux artistes d’exister en dehors du temps professionnel, finalement très limité, qu’est celui de l’exposition. En dehors de leur actualité, l’information continue à circuler et à se fabriquer. Un artiste comme Stéphane Degoutin (nogoland.com) met en ligne ses réflexions et donne des pistes sur des pièces à venir. Il pense et […] Il est donc devenu intéressant de penser sa documentation non seulement comme une archive mais aussi comme un journal de bord, une fenêtre constamment ouverte sur l’atelier, comme un dépassement des limites de l’exposition. théorise par le biais du réseau ». Il est donc devenu intéressant de penser sa documentation non seulement comme une archive mais aussi comme un journal de bord, une fenêtre constamment ouverte sur l’atelier. En balançant sur Facebook ou sur leur propre site les images d’une œuvre encore inachevée, ou bien des clichés de son transport, les artistes ne visent pas seulement à livrer leurs secrets de fabrication. C’est plutôt une manière pour eux d’envisager l’œuvre dans sa continuité, une extension du domaine de sa visibilité, un dépassement des limites de son exposition… laquelle n’est plus qu’un moment intermédiaire. Il y a un avant et un après exposition qui sont tout aussi importants. Du coup, la documentation se révèle être une forme créative. Et pas seulement sur le Net : certains artistes réalisent ainsi de simples fanzines, ou
des petits feuillets photocopiés et pliés, qui recensent leurs travaux en même temps que leurs images ou œuvres cultes. Le jeune Blaise Parmentier livra ainsi au cours de la biennale de Belleville, en septembre dernier, un document tout en images montrant ses travaux de graffeur conceptuel en même temps que ses « sources » artistiques. L’objet, modeste et gratuit, s’adressant à tous les spectateurs, s’apparente immédiatement à un multiple tout en restant un objet utile pour mieux connaître l’univers du jeune artiste. Un artiste plus connu comme Nicolas Chardon ne se prive pas lui non plus de réaliser son fanzine – en collaboration avec Clément Rodzielski – à l’occasion d’une de ses expositions. Titré Palme, imprimé au format A3, sur papier jaune, plié, le livret devient là encore un document explicatif précieux et cependant original, pour un coût de revient dérisoire. En somme, la forme qu’on prête à la documentation de son œuvre tend à devenir un prolongement de celle-ci et non pas seulement un à-côté. Elle doit épouser l’esprit du travail et réinventer les formats traditionnels. Et on ne parle pas seulement ici de graphisme : il faut également réfléchir aux modes de diffusion. Ainsi, Nicolas Chardon a fait de Palme une édition d’artiste, tirée à 150 exemplaires dont 30 signés. Que dire enfin d’un artiste comme Jorge Satorre, dont les dessins consistent à raconter ses jours passés à réfléchir à la nature et à la forme de sa participation à une exposition, sinon que le jeune Mexicain inverse les choses : l’œuvre étant le résultat de la documentation de son activité. Cette transparence pleine et entière qui règne sur Internet, et donc sur Facebook, celle qui préside à l’impératif professionnel de documenter son travail d’artiste, est cependant contredite en partie par… les cachottiers. Parce qu’en matière de documentation, on peut aussi décider de ne rien donner. De tout cacher ou de piper les dés. Coquetterie ou vraie défiance par rapport au tout information et à l’autopromotion, ce choix-là prend différentes formes : de Tino Sehgal – refusant mordicus de livrer à la presse (ou à qui que ce soit d’ailleurs) des images de ses performances – à Pierre Huyghe – filtrant les informations sur son parcours artistique (et notamment sur sa période ripoline) –, en passant par Loris Gréaud – qui fait croire, mails et photos à l’appui, que sa montgolfière a bel et magazine n°3 95 bien décollé du parvis du Palais de Tokyo un matin de mai 2006… nombreux sont ceux qui préfèrent biaiser les faits. Un choix stratégique et artistique qui se veut, là encore, cohérent avec l’esprit du travail de l’artiste. Lequel joue la plupart du temps avec les croyances, les doutes, la méfiance, les influences, les ondes, l’invisible. Pendant longtemps, en guise de reproduction de ses œuvres, Loris Gréaud n’a proposé ainsi à la presse qu’une reproduction d’une peinture réalisée par des peintres professionnels vietnamiens d’une photo de ses pièces… Nombreux sont ceux qui remettent ainsi en cause l’authenticité et la fiabilité de leur propre documentation en passant par des formes alternatives de récit telles que la rumeur ou la légende. En creux, ils contestent l’aspect scientifique de l’histoire de l’art telle qu’elle est écrite par les spécialistes, et mènent une critique institutionnelle qui ne se braque plus contre les murs des musées ou des galeries, mais qui vise, de manière plus immatérielle, à falsifier les sources, à instiller de vrais-faux souvenirs et donc à rêver à voix haute leur propre histoire de l’art. Judicaël Lavrador Palme, fanzine de Nicolas Chardon réalisé avec Clément Rodzielski.



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