Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°3 de mar/avr/mai 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : spécial moode et business.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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off record MODE LA MODE DE DEMAIN Le paysage est assez figé, tout change et rien ne change. Pourtant la mode continuera de se réinventer, d’une autre manière de celles que nous avons connues. Qui nommera-t-on héritier ? Où trouvera-t-on les successeurs ? Voici quelques pistes sur la formation des stylistes et de possibles modèles économiques de demain, à visage couvert bien entendu. Vous remarquiez un jour le manque de jeunes créateurs et le fait que des grandes maisons auraient besoin, un jour ou l’autre, d’un successeur à leur styliste… Effectivement, les grandes maisons n’ont pas créé de pépinière. Si on regarde dans le rétroviseur, on s’aperçoit que les années 90 ont été très riches en jeunes créateurs et on ne mesurait pas forcément alors la chance qu’on avait… De nombreuses marques existaient, avec leur identité, et même si ça restait compliqué de les imposer, elles parvenaient à être visibles dans la presse et les boutiques. C’était aussi le moment où les Belges se sont imposés, les Martin Margiela, AnnDemeulemeester, Dries Van Noten, en même temps que McQueen et Chalayan, même si leur développement n’a pas toujours été celui auquel ils aspiraient. On n’avait pas l’impression que ce serait facile, mais on sentait que c’était possible, ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. […] Fin des années 90, les groupes se sont aperçus qu’ils pouvaient prendre des Galliano, des McQueen, des Margiela, les placer chez eux et ainsi récupérer des produits et des filières de communication plus « cool ». Aujourd’hui, ces marques ont épuisé leurs directeurs artistiques et leurs créateurs. Parallèlement, ils n’ont laissé aucune place aux petites marques en faisant une opération « main basse sur la ville », aussi bien dans la presse que dans la distribution. Vous pouvez rappeler en deux mots ? Les pressions sur la presse sont assez simples : étant donné le volume publicitaire que les groupes représentent, il est facile de demander à ne pas partager le gâteau [la visibilité des produits dans les pages rédactionnelles,ndlr] avec les petites marques. Mais sur la distribution aussi il y a eu des pressions. On ne s’en rend pas forcément compte à Paris, mais en Italie par exemple, où les boutiques multimarques sont plus répandues, les marques incontournables comme Prada ou Saint Laurent imposent des minima de commande sur leurs pièces phare chaque saison (it-bags, chaussures, etc.), qui de fait écartent les plus petites marques du paysage. Cette pression sur les détaillants est moins visible, et ce n’est pas près de changer, car il est tabou de parler d’argent dans la mode, pour les petites comme les grandes marques. […] Aujourd’hui, on a l’impression que les marques ont pressé leur DA jusqu’à la dernière goutte (comme Galliano chez Dior), où il est en poste depuis 1996. Même si un créateur est talentueux, ce n’est pas facile de coller à son époque magazine n°3 52 pendant quinze ans à travers jusqu’à douze collections par an… Et si on lui cherchait un successeur, la tâche ne serait pas facile puisque les stylistes de talent avec une certaine expérience ne se bousculent pas… La succession des créateurs peut aussi se faire en interne – comme chez Gucci, de Tom Ford à Frida Giannini – et très bien se passer… C’est l’École italienne, davantage du côté du produit que de celui novateur de la marque. Peut-être aussi que l’on change d’époque et que la période des stylistes stars est en train de se clore… Absolument, l’âge d’or des stylistes semble dépassé. J’ai toujours trouvé la scène londonienne très intéressante parce qu’elle était riche de créateurs et assez libre. Le travail de Louise Wilson à la Saint Martins était de ce point de vue exemplaire, car elle parvenait à hisser des étudiants à un niveau incroyable. La limite de ce modèle est que les étudiants issus de cette école ne veulent pas monter de maison, tout juste une petite marque artisanale, et rester créateur. Mais aujourd’hui, les gens n’ont pas tant besoin de vêtements que d’une Maison, au sens d’univers de signes dans lequel on se sente bien. Prenons Christopher Kane, peut-être le créateur le plus talentueux de sa génération – en tout cas, le défilé que tout le monde a regardé –, eh bien, il n’a pas de Maison et reste un styliste. C’est-à-dire ? Ça signifie qu’ils ne sont pas directeurs artistiques en plus d’être stylistes. Toute cette scène londonienne, les Marios Schwab ou Richard Nicoll, est brillante et fait de très beaux vêtements, mais elle ne sait pas créer une image de marque au-delà du vêtement. D’où cela vient-il ? À la Saint Martins, on les fait travailler un projet de fin d’année sur lequel toute leur scolarité repose. Ils y investissent toute leur énergie et sont poussés en cela en même temps que dirigés par leur directrice. C’est parfait pour un système pédagogique mais pas pour un cadre professionnel. Parce qu’une fois diplômés, les étudiants reproduisent ce qu’ils ont appris, à savoir : plancher sur un nouveau projet chaque saison, donc tous les six mois, ce qui au final ne donne ni une collection ni une direction. Une collection, ce
[…] si la Saint Martins réussit une chose, c’est de donner une identité à ses étudiants. Et s’ils ne la trouvent pas seuls, Louise Wilson, leur directrice, la n’est pas simplement une idée, c’est deux vestes, trois manteaux, etc. Pourtant, nombre de créateurs qui dessinent de grandes marques sont issus de cette école : John Galliano, Phoebe Philo, Riccardo Tisci, peut-être Gareth Pugh demain… C’est vrai, mais je trouve que la nouvelle génération ne fonctionne plus sur le modèle des Philo, Tisci, etc. Gareth Pugh, c’est différent. Il est aujourd’hui le chouchou et celui auquel on pense quand il est question de succession, mais il a une histoire particulière : il n’a pas été accepté au MA (Master) et s’est rabattu sur un BA (Bachelor) de la Saint Martins. Ses vêtements n’étaient pas toujours géniaux mais, à côté, il a beaucoup expérimenté autour de son image en organisant des défilés dans des clubs et plein d’autres choses… de cette manière, il s’est construit un univers. Parce qu’en fait, apprendre à dessiner des vêtements, c’est très bien, mais il y a toujours des gens capables de ça ; ce qui est précieux, c’est de construire un univers. […] Je reviens à Christopher Kane : on n’a jamais vu un visuel de ce créateur. La seule chose qui soit disponible sur Internet, ce sont des filles sur fond blanc dans un défilé ; on ne peut pas faire plus minimal et c’est catastrophique pour la communication. Les designers londoniens ont presque tous la même approche, ils ne trouvent pas d’autre solution parce qu’ils ne sont pas formés à ça. La solution est alors peut-être la direction à deux têtes : l’une créative et l’autre commerciale… Oui, le mythe Saint Laurent-Bergé… Mais c’est très français de faire cette dichotomie : soit on est créatif, soit on est commercial, et au milieu il n’y a rien. Quand on regarde des Alexander Wang ou Proenza Schouler, ils arrivent aujourd’hui à un bon équilibre entre les produits et la griffe. Et comment se fait-il que la France produise peu de stylistes, comparé à l’Angleterre ? C’est aussi un mystère pour moi… Je pensais que le post-graduate de l’IFM serait la bonne formation, mais ils ont peut-être mis la charrue avant les bœufs : on demande aux étudiants de faire un projet de marque avec des aspects marketing très développés… Mais bien qu’ils soient en post-grade, ils ne savent pas encore qui ils sont « créativement ». Je veux dire que si la Saint Martins réussit une chose, c’est de donner trouve pour eux. magazine n°3 53 une identité à ses étudiants. Et s’ils ne la trouvent pas seuls, Louise Wilson la trouve pour eux. Ce n’est pas tant de la vampirisation que du coaching. Et l’École belge, dont quelques bons stylistes sont issus, quelle était sa formule ? Anvers reste une école « carrée » avec de très bons intervenants, et qui demande beaucoup de travail. Le contexte belge est peut-être aussi plus propice à l’étude qu’à une vie dissolue… Dans les années 80, c’était une identité très belge, mais je crois qu’aujourd’hui on vient de loin pour y étudier, même du Japon ! […] C’est difficile d’énoncer des règles définitives sur la formation ; aux États-Unis, il n’y a pas vraiment de formation et pourtant des créateurs émergent… Mais la seule constante, c’est un fort coaching de la part des enseignants, quitte à laisser une empreinte sur les étudiants. J’avais eu l’occasion de regarder les travaux d’étudiants des Arts appliqués de Vienne, en Autriche, qui avaient suivi les cours de Raf Simmons et de Véronique Branquinho, et ils avaient été marqués au fer rouge, jusque dans leur charte graphique ! Tout était de très bon niveau, et on se dit que si la sensibilité doit s’exprimer, elle s’appuiera sur une qualité déjà présente. Résumons ce qu’est la mode au-delà du vêtement… un nom, une charte graphique, des boutiques… Il n’y a évidemment pas de recette. Mais je suis surpris du conformisme des jeunes créateurs, tous les défilés sont identiques : 32 silhouettes sur fond blanc, avec un casting qui ne surprend pas. Un Helmut Lang faisait un défilé sur Internet avant tout le monde ! Le Carrousel du Louvre n’accueille plus de défilés mais, pour autant, ça n’a pas donné d’impulsion aux stylistes : ils refont la même chose ailleurs, c’était bien la peine de déménager ! Comment continuer à inventer aujourd’hui ? Il y a une offre de vêtements tellement pléthorique que c’est difficile de créer une différence. Prenons les collaborations Top Shop, H&M ou même le site Asos, qui propose des pièces à 85 euros dont on sent qu’elles sont conçues par un studio d’étudiants de 25 ans sortis des meilleures écoles… Cette qualité et cette créativité à ce prix sont assez incroyables. Top Shop a fait produire deux ou trois silhouettes par des étudiants de la Saint Martins… jusque-là, c’était les vitrines d’Harrods qu’on leur confiait, ça avance !



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