Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
Magazine Magazine n°3 mar/avr/mai 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°3 de mar/avr/mai 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : spécial moode et business.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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« Les mannequins qui venaient de New York débarquaient en jeans usés qu’elles décoraient de fleurs. C’était une jolie idée ; elle m’avait plu et j’ai demandé aux filles de garder leurs jeans langue… De croquis en défilés, le jeune homme en pull chaussette brave sa timidité pour se présenter un jour chez Louis Féraud, ses dessins sous le bras. Zizi Féraud lui en achète cinq. Puis le magazine Elle et le Jardin des Modes. Puis Dominique Peclers, directrice des bureaux de style du Printemps. Une bonne pub qui lui permet de décrocher un job chez Pisanti et Relations Textiles avant de trouver un local, galerie Vivienne, qu’il redécore dans une ambiance de forêt tropicale, à la façon du Douanier Rousseau. « Quand nous avons enfin posé le tapis vert, nous étions si heureux et émus que nous avons passé une nuit blanche à contempler le décor. » 1970 Véritable havre de paix et lieu de rencontre, la boutique Jungle Jap intrigue artistes et professionnels de la mode. Les tricots XXS s’entrechoquent avec les jacquards « pop » et les rayures en tous sens. Comme le remarque Olivier Saillard : « la fraîcheur de sa création tranche avec les propositions radicales et utopiques des couturiers Courrèges et Cardin ». Tandis que les métrages de tissus chinés au marché Saint-Pierre alimentent les machines à coudre du premier étage, Kenzo Takada organise son premier défilé à l’écart des salons prestigieux de la haute couture et des manifestations internationales du prêt-à-porter féminin. Au programme : minikimonos fleuris, pantalons amples déstructurés, fuseaux tricotés, turbans et robes en yukuta (matière traditionnelle nippone). La presse, peu nombreuse, est séduite. Mariella Righini note dans le Nouvel Observateur : « Pas de japoniaiserie dans sa collection, pas de folklore de bazar oriental. Pas d’exotisme à la Saint-Germain-des-Prés… C’est plus dans l’art floral que dans le kimono qu’il faut chercher l’inspiration de Kenzo. » Lors de sa deuxième présentation, il propose des « blousons-patchworks », mélange de denim et pour mes défilés. » magazine n°3 40 d’imprimés fleuris, et fait défiler ses tricots sur des jeans retroussés à mi-mollet : « Les mannequins qui venaient de New York à Paris pour les collections débarquaient en jeans usés qu’elles décoraient de fleurs. L’influence hippie, bien sûr. C’était une jolie idée ; elle m’avait plu et j’ai demandé aux filles de garder leurs jeans pour mes défilés. » Peu après, l’un des blousons fait la couverture de Elle. Ses ateliers fonctionnent bientôt à plein régime et fournissent, dans une frénésie créative, cinq collections par an. Un an plus tard, il s’aligne sur les dates officielles des présentations de prêt-à-porter. 1971 À Paris, la rumeur court vite... On le voit traîner avec sa clique au Sept, le club mondain du moment – « Pull en V rétréci et pantalon rayé pattes d’éléphant, Kenzo y arbore tous les soirs un sourire béat plein de dents blanches. 1 » –, on le dit jalousé par Saint Laurent parce qu’il a acquis les faveurs de Loulou de la Falaise, la muse du Dieu vivant : « Je me sentais plus proche de cette créativité juvénile, cosmopolite dans l’esprit, que de la solennité parisienne ; ça chiffonnait pas mal les couturiers, qui avaient plutôt leurs entrées chez la comtesse de Paris », se souvient Loulou. Son hymne à la jeunesse, qui tranche avec le caractère guindé de la haute couture, en agace plus d’un, mais acheteurs et journalistes ne rateraient pour rien au monde son prochain défilé… Le cinquième a lieu dans le grand hall de la galerie des Champs-Élysées, puis est également présenté à New York et au Japon – et c’est la cohue. Les commandes affluent. Mais comment faire face quand il n’y a pas assez de tissu pour reproduire les modèles du défilé ? Après quelques virées au casino pour rafler la mise, comptant sur sa bonne étoile, il retourne au Japon emprunter de l’argent à ses amis, acheter des cotonnades et des tissus de kimono à bas prix. Ah ! les
kimonos de son enfance, comme il les a contemplés ! … Mais c’est seulement maintenant qu’il a cette révélation : la coupe occidentale du vêtement, attentive aux lignes du corps, est finalement plus contraignante. Pour l’automne-hiver 1971-1972, il inaugure alors son concept « d’anti-couture », en parfaite rébellion contre la technique traditionnelle parisienne : il élimine pinces et fermetures éclair, il superpose la coupe kimono, nette, droite, carrée, à la coupe près du corps, favorisant la technique du dessin à plat, il rompt avec des saisons d’emmanchures étroites et de manches ajustées, il récuse ses leçons d’écolier : « la silhouette impeccable, la ligne galbée, la coupe parfaite ». « J’ai délibérément cherché à créer des formes non structurées, non définies, à introduire une ampleur nouvelle, différente, en m’appuyant sur la technique du kimono. » 1972 La présentation groupée des collections de Jungle Jap, Dorothée Bis (par Jacqueline Jacobson) et Ter et Bantine (par Chantal Thomass) à la salle Wagram en octobre 1971 donne le « la » de la décennie, inaugurant l’ère des défilés spectacles. Toutes classes confondues, en une joyeuse désinvolture, filles et garçons défilent bras dessus, bras dessous, avec pour seule consigne : s’éclater. De la salle Wagram au musée d’Orsay (où, en avril 72, l’affluence est telle que le défilé doit être interrompu), de la Bourse du commerce à la porte Maillot, les shows Kenzo sont un prélude à la fête. « En tant qu’étranger, il pouvait faire preuve de plus d’audace que ne le font la plupart des créateurs français, trop intégrés dans la société pour se permettre d’en bousculer les codes. 2 » Comme faire défiler des Japonaises en culotte de zouave (Printemps-Été 79), des Occidentales en boubous (Printemps-Été 76) ou des Africaines en kimono (Printemps-Été 83). « Kenzo créait des vêtements magazine n°3 41 qui reflétaient la liberté qu’il avait trouvée, et ses collections insufflaient à la mode un sens de la démocratie qui transcendait les classes sociales, les rôles assignés à chaque sexe et les groupes ethniques. 3 » 1974 Sommée d’abandonner la galerie Vivienne pour d’inextricables questions de bail, l’équipe doit déménager passage Choiseul. Gilles Raysse, un gérant hétérodoxe, un risque-tout parti chercher de l’or en Guyane avant de devenir photographe de mode à New York, tente le premier d’organiser la croissance. Plus de nénuphar dans la boutique mais une énorme rose : « C’est un tableau de Magritte qui m’a inspiré. J’ai simplement remplacé sa pomme par ma rose. » Pendant ce temps, Kenzo poursuit ses explorations, œuvrant pour une décontraction du vestiaire féminin. « Sa petite robe noire est un short court et collant qu’il impose l’hiver comme l’été, le soir comme le jour. Sa robe du soir est une salopette de dîner en satin. 4 » Après avoir créé des costumes d’homme pour les femmes et désentoilé les manteaux pour une plus grande souplesse, il remet au goût du jour le tweed (Printemps-Été 73), relance la jupe longue après des saisons de minijupes et de pantalons, tout en accréditant la mode des superpositions (Automne-Hiver 73-74) – « Des jupes et des robes que je pourrais mettre les unes sur les autres pour faire valser les couleurs… » Et tandis que la crise économique menace et que la mode se gargarise d’exotisme – « les filles s’habillent en garçon. Les Français s’enchinoisent, s’africanisent, s’indianisent. Les collections de Kenzo, qui empruntent à tous les folklores, expriment parfaitement ce « melting-mode ». 5 » –, Kenzo s’en va puiser ses inspirations au Pérou, en Inde, en Afrique, au Japon… « Je ne me force pas à courir après des idées en voyageant, je suis le plus souvent passif. Mais si, par hasard,



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