Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°2 de déc 10/jan-fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial design et mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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off record TOP MODELS Après une période faste dans les années 80 et 90, les mannequins sont passés du statut de star à celui de clone interchangeable. Mais le moule pourrait se casser bientôt et ainsi permettre à de nouvelles personnalités de devenir égéries. Analyse du système contemporain de la mode vu depuis la planète des mannequins – à visage couvert, bien entendu. Commençons par une question basique. Comment se monte une série mode aujourd’hui : on commence par qui ? le photographe, le mannequin, la styliste ? qui choisit qui ? On commence par des annonceurs. D’ailleurs, aujourd’hui on ne dit plus « annonceur » mais « partenaire » ; ça vous indique le niveau de connivence. […] Ça dépend évidemment de quels supports on parle et de leur dépendance vis-à-vis de la publicité, mais disons que pour les mensuels mode, c’est le cas ; on a une cover Fendi à faire ou Dior ou Ralph Lauren… Le choix du mannequin se fait aussi en fonction des contrats : par exemple, pour une cover Lancôme, on choisira Daria, qui est leur égérie. Vient ensuite la rédactrice. Puis il y a une marge de manœuvre pour choisir un photographe et une idée créative. Vous disiez que les mannequins étaient liés à des marques ? Oui, Daria est en contrat exclusif avec Lancôme, et dans chaque série qu’elle fera, les crédits makeup, parfum et cosmétiques seront Lancôme. De même que Doutzen est « crédit L’Oréal », ou Marion Cotillard est « crédit Dior » … Ce fonctionnement des mensuels mode que vous décrivez est-il aussi valable pour des magazines plus indépendants, des V, des Interview… Ça dépend. Ils ne sont pas tous dans cette relation avec les annonceurs. Maintenant, même des titres plus indépendants ou plus pointus y viennent… Aujourd’hui, pour réaliser des supports de mode qualitatifs, avec des photographes qui ont une certaine notoriété et la reconnaissance du système de la mode qui va avec, on a besoin de ça. Ça veut dire qu’un magazine doit forcément jouer le jeu des marques pour avoir accès à de bons professionnels (photographes, stylistes, mannequins) ? Non, pas forcément. Plus un support est créatif et intéressant, plus il parviendra à attirer photographes et annonceurs. Ça marche dans les deux sens. Si on regarde la manière dont des titres underground se sont montés, Purple et Self Service par exemple, sans annonceur ni photographe star. La deuxième couverture de Self Service c’était Chloé Sévigny, la suivante magazine n°2 62 Audrey Marnay, qui avait alors 15 ans et était inconnue, avec Horst Diekgerdes et Camille Bidault… Tout ce petit monde a fait son chemin depuis. C’était il y a quinze ans… Oui, mais je suis persuadé qu’on peut procéder de la même manière aujourd’hui. Les professionnels (agents, rédactrices, marques…) sont toujours à la recherche d’un jeune styliste ou d’un jeune photographe qui aurait une nouvelle proposition en termes de mode. Ces professions ne peuvent pas simplement attendre que le téléphone sonne, elle doivent être en amont et aller chercher les talents capables de produire des images pour développer la notoriété et l’image d’un mannequin si on est agent, ou d’un vêtement si on est créateur… Chaque saison, les agences de mannequins proposent de nouveaux visages. Pourtant, on a l’impression que quelques tops trustent la majorité des campagnes. Les marques n’aiment pas ce que les agences leur proposent ? Il y a un vrai top 10 – que les designers, les rédactrices et les photographes aiment – qui est devenu indispensable, même si le grand public ne le connaît pas. Mais ce top 10 se renouvelle et il y a heureusement de la place pour des nouveaux visages. N’est-ce pas un problème qu’un même mannequin soit l’égérie de plusieurs marques ? La force d’un top model, c’est une beauté extraordinaire mêlée à une relative neutralité dans le visage, capable d’incarner plusieurs histoires : la vamp’de Cavalli, la business executive de Gucci, la femme fatale de Dior, la branchée moderne de Chanel… si on est un top model, c’est qu’on est capable d’apporter tout ça. Alors, dans l’absolu, on ne peut pas être l’égérie de quinze marques la même saison. Mais finalement Kate Moss y parvient… elle vient même de signer pour Addict de Dior et d’autres choses assez éloignées. Le grand public la trouvait moins crédible quand on lui a demandé d’incarner la Parisienne [pour le parfum éponyme de Yves Saint Laurent,ndlr]. Kate Moss est une exception, et pas seulement de par sa longévité…
Certes, mais Gisèle Bundchen peut aussi incarner deux univers très lointains : elle faisait Victoria’s Secret et elle va incarner la prochaine campagne Balenciaga. Les mannequins choisissent avec qui elles veulent travailler ? Elles n’ont jamais vraiment choisi, elles acceptent ou pas. Les super models [années 80 et 90,ndlr] choisissaient. Mais les combinaisons ne sont pas formées au hasard : les rédactrices ou les agents sélectionnent les directions qui correspondent à la personnalité, à la beauté des filles, en pensant aussi à ce que les mannequins peuvent apporter à une marque. Une fille apportera plus à KarlLagerfeld qu’à Riccardo Tisci, par exemple, ou inversement… Je pensais que vous alliez citer des photographes, et ici aussi vous citez des marques… C’est que tout part du vêtement… C’est la base de ce métier ; on vend des vêtements. On construit l’image de tops à travers des designers et, après, avec des photographes, qui donnent une interprétation créative du couple mannequin-designer. Quand on regarde « Go Sees », le livre de Juergen Teller, on se dit qu’en moins de dix ans, on a changé d’époque ; pas seulement sur le style mais aussi sur un système devenu élitiste et moins ouvert sur de nouveaux visages et attitudes… C’est vrai, mais si on ne peut pas imposer, on peut toujours apporter des choses différentes. Cela dit, les années récentes sont effectivement plus sages et plus normées. La crise économique mondiale est passée par là et a eu pour conséquence une uniformisation de l’image, avec un impératif : vendre. Il faut donc montrer des choses à acheter, et on voit partout du sac à main, du bijou, de la chaussure… On ne fait plus une campagne parfum en passant un message, mais en incrustant une bouteille de parfum énorme, chez Gucci, par exemple. Et même si on va chercher un David Lynch pour donner une dimension cinématographique, ça reste un matraquage de produit… Mais ces contraintes produisent aussi une certaine créativité. Il y a aussi des équipes marketing chez Céline et ça ne les empêche pas de sortir des campagnes assez singulières, avec une image de femme très dure et des vêtements très délicats, à l’opposé d’une image très bourgeoise, classique qu’on pourrait fabriquer… Quand l’esthétique qu’a popularisée Terry Richardson (lumière blanche, shoot frontal) est de plus en plus utilisée pour des campagnes grand public, est-ce le signe de la fin d’un cycle et du style photographique qui va avec ? Ce n’est pas sûr, car si ce style est brutal, il permet aussi de très bien voir les vêtements. Et surtout, je ne crois pas qu’il y ait une seule direction. On voit cohabiter des visuels très sophistiqués, très léchés, avec des choses plus brutes, moins travaillées… Il existe toujours une variété de propositions visuelles, même si on ne décèle parfois qu’une tendance. Cette saison a vu des choix moins attendus sur les podiums : des tops des années 80, des dames âgées, des physiques qui ne défilent pas d’habitude. C’est juste une manière de se faire remarquer ou ça annonce une tendance ? Ce n’est pas tant une tendance qu’une envie… Ce n’est pas non plus un retour vers le passé magazine n°2 63 nostalgique, mais la recherche de quelque chose de plus vrai, l’envie de se nourrir de choses plus intéressantes ou « consistantes » : une femme de 30 ans, un top des années 80 à côté d’une gamine de 15 ans dont elle pourrait être la mère, Galliano qui va rechercher ses muses des années 90 pour son défilé… bref, des histoires à raconter. C’est une tentative pour sortir de l’uniformisation de la beauté, faite de clones russes de 16 ans, blondes, minces, au visage creusé, tristes le plus souvent, comme une armée de filles qui portent un produit. Ce besoin de raconter des histoires s’articule aussi avec la fin de la crise, un moment où on a envie de se rapprocher de valeurs peut-être moins factices. […] Le dernier show de Tom Ford à New York est très représentatif de cette tendance, puisqu’on se retrouvait avec Lauren Hutton, Anja Rubik et quelques tops du moment à côté de Beyoncé ou Farida, qui ouvrait le défilé, plus Lou Doillon, Emmanuelle Seigner, Marisa Berenson. Quatre-vingt-dix invités en tout, pas de photographe donc pas d’image, pas de it girl qui portera les vêtements avant qu’ils ne soient en boutique, pas de Twitter ni de Facebook. C’est l’antithèse de la période qu’on vient de passer ; ce sont des femmes qui l’inspirent pour raconter des histoires et montrer des vêtements. Car chaque vêtement présenté avait été dessiné pour chaque femme qui le portait au défilé. La prochaine campagne Chanel est dans le même esprit : Inès de la Fressange, Freja, Baptiste, et c’est l’histoire que Lagerfeld a envie de raconter. […] Aujourd’hui, le casting de toutes les campagnes c’est une Asiatique, une Black, une blonde ; on commence à faire du Benetton pour tout le monde ! La population vieillit et représente un marché non négligeable ; ça a des effets sur ce que l’on voit, images ou mannequins ? Bien sûr, et je ne serais pas surpris si la prochaine offre des agences de mannequins classiques déborde du cadre et propose des profils plus âgés, ayant un peu vécu, et qui parlent de la vie d’une manière qu’un mannequin de 16 ans ne peut pas faire. […] Ça ne concernera pas les prochaines campagnes Prada ou Jil Sander, mais je crois qu’il y a de la place pour de nouveaux profils. Le champ est beaucoup plus large que le top 10 des marques. Garnier fait aujourd’hui appel à des femmes de 40 ans, L’Oréal est toujours à l’affût d’une femme sublime comme Afef, qui est une femme tunisienne de 46 ou 48 ans en contrat pour les cheveux et vient de signer pour le makeup ; c’est une égérie de L’Oréal tout en étant à l’opposé de ce qu’on attend d’un mannequin. Elle est belle, elle vend et elle transmet des valeurs différentes de celles d’une Doutzen Kroes ou d’une Laetitia Casta. Lancôme vient de signer une égérie noire [Arlenis Sosa,ndlr]. Non, ça bouge ! Justement, la confirmation que ce sont de nouveaux marchés (Inde, Brésil, Chine) qui vont permettre aux marques de luxe de continuer de se développer aurat-elle des conséquences sur le choix des mannequins ? une « ethnicisation » ? plusieurs égéries ?



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