Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°2 de déc 10/jan-fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial design et mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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budget. De façon générale, les collectionneurs français sont cultivés, ou plutôt curieux, ils ne se laissent pas influencer facilement par le mainstream. J’en connais qui sont capables d’acheter aussi bien Mark Lewis que Simon Hantaï, je trouve ça fascinant. Quelles sont les expositions qui vous ont le plus marqué en tant que galeriste ? La première, bien sûr. J’ai ouvert avec Christine Borland, elle avait notamment fait tirer à l’arme à feu sur des porcelaines. J’étais un fantôme de moi-même, je ne comprenais rien à ce qu’il se passait. Je faisais tout moi-même, coller les lettres au mur, gratter la peinture pendant toute une nuit. Par la suite, je suis toujours resté très tendu pendant les montages, c’est mon moment préféré, celui où les artistes se révèlent. Finalement, l’exposition a bien marché, même si Christine n’était pas connue. C’est un miracle, mais dû en partie à certaines personnes qui m’ont beaucoup aidé avant l’ouverture, comme Caroline Bourgeois par exemple. Pour revenir à mes expositions préférées, je pourrais presque toutes les citer. À chaque fois, c’est une aventure humaine, avec ses déceptions. Mais au bout de trois ans, j’avais fait le tour, j’avais compris comment ce monde fonctionnait. J’avais quitté le trading, et je me rendais compte que pour que la galerie marche, je devais presque appliquer les mêmes données que dans le commerce. Et j’avais un gros problème avec ça. Que signifie appliquer les mêmes données à l’art qu’au commerce ? C’est simple, l’art est devenu une industrie qui fonctionne sur le principe de la verticalité, comme on magazine n°2 108 dit en marketing. Pour qu’un produit fonctionne, il faut être maître de tous les niveaux. En ce sens, le plus gros succès n’est pas Gagosian mais Pinault : il possède tout du bas en haut de la chaîne de production. Il a la source, la galerie de diffusion, la maison de vente et le musée. L’argent n’est pas le plus important. C’est la théorie fameuse en économie des trois P : tu as le Produit, tu en assures la Promotion, et tu fixes le Prix. L’objet d’art est désormais un produit comme un autre. On peut même dire que c’est l’artiste qui est devenu la marque, c’est lui qu’on promeut plus que l’œuvre elle-même. Je m’en suis rendu compte très vite, et je me suis donné dix ans pour la galerie, pas plus. Finalement, j’en ai fait onze. Quel rôle joue la critique d’art dans cette chaîne de production ? Le problème dans ce métier est qu’il faut être un courtisan, ce que je n’ai jamais su être. Pour la première exposition de Christine Borland, un journaliste avait écrit un papier dans Libération où il comparait ses porcelaines brisées aux toiles de Julian Schnabel. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui écrire pour lui dire qu’il n’avait rien compris, et j’ai longtemps été blacklisté. Pour en revenir au rôle de la vraie critique, il n’est pas du tout négligeable, il est même très important pour l’artiste et le galeriste. Quand on est galeriste, on a toujours peur d’être le seul à penser quelque chose. Mais il faut reconnaître qu’un papier de promotion dans AD ou Vogue aura beaucoup plus de poids qu’une critique dans Le Monde. Je ne parle pas du New York Times, qui garde un rôle essentiel de prescripteur. En tant qu’ancien trader, comment analysez-vous la manière dont le marché de l’art a passé ces années de crise depuis 2008 ?
[…] En France, je n’aime pas tout ce que je vois, mais je vois des choses. A New York, où j’étais récemment, je n’ai strictement rien vu en galerie. En revanche, ce qui m’a marqué, ce Crise, quelle crise ? Personnellement, j’ai vu mon chiffre d’affaires baisser, mais je m’y étais préparé, et c’est resté sans grandes conséquences. Ce qui est dramatique, c’est que cette crise n’a guère atteint le marché de l’art. Parce que l’art contemporain n’évolue plus dans un monde de culture, au moins depuis les années 80. En parallèle de la montée en puissance du marché, il y a une chute de la culture, ce sont deux courbes qui se croisent. L’industrie s’est emparée de l’art, la mode la première. Ce n’est plus l’art qui inspire la mode, c’est le contraire. C’est sans doute un peu hasbeen de dire cela, mais je pense que l’art, tous les arts sont d’abord un refuge intellectuel avant d’être une valeur refuge. Il ne faut pas faire croire aux gens qu’ils peuvent devenir amateurs d’art en deux secondes. On peut aller chez un galeriste célèbre et acheter de la bonne came pour le salon, mais ce n’est pas comme cela qu’on devient amateur. Est-ce cette prise de conscience qui vous a poussé à fermer la galerie en juillet dernier ? Non, je l’avais décidé avant. Et j’ai reçu quelques coups de couteaux, notamment de la part de certains artistes. Mais financièrement tout allait bien, je voyais pousser les graines que j’avais semées. Aujourd’hui, je suis plutôt dans une logique qui consiste à me concentrer sur certains artistes. Vous vous occupez aussi de « l’institut de la performance » que Marina Abramovic va ouvrir en 2012 non loin de New York. C’est une idée que nous avons eu ensemble, je ne voulais pas qu’elle finisse comme Louise Bourgeois, elle a besoin de constamment se réinventer. Cet institut sera destiné à la préservation de la mémoire de la performance, avec des résidences d’artistes ouvertes aussi sur la danse et la musique. sont des expositions extrêmement culottées en musées. magazine n°2 109 Envisagez-vous de vous lancer dans la production d’œuvres d’art ? C’est un mot galvaudé, mais on peut dire que je suis entré dans une phase de production et de collection. Aujourd’hui, j’estime qu’il y a d’autres moyens d’aider les artistes que de rester bloqué dans une galerie. J’ai monté un fonds avec deux amis financiers et collectionneurs, qui a pour but de soutenir des artistes à qui je suis resté fidèle, comme Mark Lewis, Marina Abramovic, Jugnet & Clairet, Su Mei Tse ou Valérie Mréjen. Certains d’entre eux ne seront jamais à la mode, mais peu importe. Nous envisageons aussi de travailler avec des jeunes artistes. Concrètement, nous donnons une enveloppe pendant un an à un artiste, et il en fait ce qu’il veut. En échange, il nous donne des œuvres. Pour cette collection, dont je suis le tuteur, je ne veux pas acheter une œuvre, pas être dans le saupoudrage, mais une série d’œuvres de qualité. Récemment, j’ai lu une interview de Murakami où il disait : « Je fais ce que mes clients attendent de moi. » Si je dois dire pourquoi j’ai décidé de faire autre chose, c’est une bonne synthèse. Photo : Jeff Dupre Propos recueillis par Emmanuelle Lequeux



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