Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
Magazine Magazine n°2 déc 10/jan-fév 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°2 de déc 10/jan-fév 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : spécial design et mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Art friendly Entre l’œuvre et le spectateur se dressent désormais, fascinants autant qu’ennuyeux, la communication, le marketing, le branding, la pédagogie, toute une série de stratégies pour nous amener, vous et moi, à l’art contemporain. Ou à côté, ou en deçà, ou au-delà, ou pas du tout… Tout le monde – artistes, commissaires, critiques, amateurs – joue le jeu. Pas trop le choix : d’une expo dans les salons du Meurice pour le prix du même nom à une commande publique en passant par un voyage touristique au cœur de la biennale de Venise, l’art contemporain se rêve mainstream. Les parcours d’art contemporain comptent parmi ces nouveaux formats d’exposition, où les œuvres n’ont plus la première place. Ado, on faisait la fête du cinéma comme il se doit, en ratant le début et la fin des films, parce que le truc, c’était de slalomer entre les séances, de couper les files d’attente, d’en voir le plus possible et même plus qu’il n’était possible. Du coup, pour la première fois, on zappait au cinéma. Fini les esquimaux, les « chut, ça commence », les génériques de fin : on n’était jamais vraiment là, jamais vraiment devant le film, déjà dans la salle d’à-côté, à la prochaine séance. On se bâfrait de ciné. Aujourd’hui, on se bâfre d’art contemporain CHRONIQUE magazine n°2 102 et ce sont les parcours qui servent les plats. Au choix, rien qu’à Paris : la Nuit Blanche, le parcours Saint- Germain, Rive Gauche/Rive Droite, les Bus-tram, le Parcours Céramique ; ailleurs en France ; à Bordeaux : Art Chartrons (« un parcours d’art contemporain entre les Chartrons et les Bassins à flots ») ; à l’Est : « la Fête est permanente » (un parcours d’art contemporain à Charleville-Mézière) ; et au-delà, les kits de tourisme artistique proposés par l’agence Art Process (« Miami, Berlin ou London Art Travel »). Le parcours est devenu un mot clé, une martingale : tout le monde y gagne. Les lieux d’art, souvent isolés, sortent de leur trou et se mettent sur le bord de la route de spectateurs embarqués dans le bon wagon à défaut d’être émancipés. C’est la raison du plus vu ou plutôt du plus fréquenté qui l’emporte : aucun lieu d’art, aucun lieu tout court, aucune boutique de luxe, aucun château, aucune station de tramway ne saurait passer à côté de tels événements culturels grâce auxquels l’art contemporain
efface sa mauvaise réputation : il n’est plus la verrue de la culture, le mal aimé du « public » (et donc des politiques). Plus snob du tout ni inaccessible, il rentre dans le rang. Il est dans le cours des choses. Il suffisait de l’inscrire dans un parcours. Alors oui ! il déplace les foules. Rentabilise l’investissement. Crée l’événement. À moins que ce ne soit l’événement qui crée l’art contemporain, du moins aux yeux du « public ». Lors de la dernière Nuit Blanche, à Belleville, passé minuit, devant la minuscule galerie Marcelle Alix, la queue s’allongeait encore pour rentrer : une file de clubbers, où les uns tétaient leur canette de bière, les autres s’emballaient en attendant de voir quoi ? Y a quoi à voir ? Pas grand-chose, mon pote. Y a rien à voir, ou si peu : une vitrine sur pieds dans l’entrée et un inventaire du stock de la galerie imaginée par les deux artistes Chloé Maillet & Louise Hervé. Quoi d’autre ? Deux films en super 8 de trois minutes environ, lesquels ne tournaient pas en boucle mais étaient déclenchés de manière sporadique. Quoi, il faut encore attendre ? comment faire comprendre ça lors d’une Nuit blanche ? Que le rythme de l’expo est intermittent, que ces bandes mêmes sont les rushs d’un film qui ne verra le jour que dans deux ans, qu’il vous faut revenir dans deux ans ? Que la fête, c’est un plus loin, dans les Jardins de Belleville, où les teuffeurs de la Nuit Blanche ont tous échoué, au pied de la sculpture de Claude Lévêque, comme pour un after. […] Il suffisait d’inscrire l’art contemporain dans un parcours. Alors oui ! il déplace les foules. Rentabilise l’investissement. Crée l’événement. À moins que ce ne soit l’événement qui crée l’art contemporain. Les parcours sont à l’art contemporain ce que les bouquets numériques sont à la télé : un package. Vous optez pour un package d’expositions plutôt que pour une seule. Trop isolés en banlieue, ou à l’autre bout de la ville, contraints par les politiques de justifier leurs subventions par des chiffres de fréquentation, les lieux d’art vous draguent en diversifiant leur offre. C’est de bonne guerre : on affrète une navette et vous en avez pour la demi-journée. Comme si vous ne pouviez naviguer sans ancre. Ce genre de visite, guidée et collective, festive et pressée, décline donc une autre approche de l’art. Qui n’est ni meilleure ni pire que les autres (solitaire, hasardeuse, assidue). Les parcours événementiels suggèrent d’aborder le travail des artistes par la bande. C’est le cas de le dire. Puisqu’elles sont d’abord le prétexte d’une sortie en famille ou en groupe, les œuvres elles-mêmes se fondent dans la masse. La foule devient leur arrière-plan ou plutôt leur premier plan rassurant. Plus il y a de monde autour d’elles, autour de vous, moins elles vous inquiètent, moins elles vous échappent. Du coup, on place aux premières loges ces médiateurs vêtus d’un magazine n°2 103 gilet de sécurité jaune fluo. Vous n’êtes pas seul et les œuvres non plus, cernées par des questions et des réponses : quoi qu’est-ce ? C’est ça et ça veut dire ça et ça. Après, vous devriez aller là-bas, y aura un médiateur qui portera le même gilet. « Allez là-bas » : c’est le slogan de la logique itinérante des parcours. Les œuvres deviennent des plots, des bornes, des repères, des stickers qui disent qu’ici, on est art friendly. Dans le même temps, bien sûr, l’art contemporain est devenu un vernis culturel, un vernis pailleté, du gloss quoi. À Saint-Germain, cela fait dix ans qu’on l’a compris, et le Parcours qui y est offert chaque printemps dans les boutiques de luxe permet de rattraper l’esprit bohème censé l’avoir hanté dans les années 60 : c’est « une exposition qui renoue avec une longue tradition qui fit de Saint-Germaindes-Prés l’un des symboles de la vie culturelle parisienne »). Là-bas, « l’art contemporain » se prononce à la française, avec un accent haut perché qui signale votre goût chic et progressiste, arty quoi. La preuve en 2009, le parcours Saint-Germain choisissait Play Time en guise de thème, « un univers ludique ». Cette année, le titre était un peu plus ardu : Colors of Sound. Les couleurs du son ? Le son tout en couleur ? M’est avis que cela ne voulait pas dire grand-chose. Mais bon, c’est pas grave. Au programme, que du lourd : LVMH, Dalloyau, le Café de Flore, Emporio Armani, et puis d’autres, moins renommés, La Villa ? Diplodocus ? Les partenaires s’affichent en grand comme des mécènes, en filant un coin de vitrine – ou plutôt en bas à gauche, derrière les sacs à main, un peu plus loin, merci. Peu importe l’artiste dont on voit le travail, on cherche juste à voir quelque chose, et l’opération accomplit étonnamment l’une des vieilles ambitions des avantgardes : la mort de l’auteur, qui gît dans la boutique, piétiné par les clientes. Illustrations : Alix Veilhan Judicaël Lavrador



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