Magazine Magazine n°10 déc 12/jan/fév 2013
Magazine Magazine n°10 déc 12/jan/fév 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°10 de déc 12/jan/fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : mode et photo.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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OFF RECORD Maisons de ventes Opérateurs discrets, les maisons de ventes sont aussi un poste d’observation privilégié de l’évolution du marché et des objets qu’une société considère comme précieux : art moderne, contemporain, mais aussi design ou BD… Tour d’horizon, à visage couvert. Quand on évoque les maisons de ventes, on pense à l’art moderne ou contemporain, mais aussi au lifestyle, qui a pris une place importante : des voitures au vin, en passant par la mode… Ces ventes lifestyle sont davantage un phénomène médiatique qu’un enjeu économique. Aujourd’hui, ce qui fait la valeur du marché de l’art dans les ventes publiques, c’est avant tout l’art moderne et contemporain, et les tableaux impressionnistes en particulier. Essentiellement, car on n’a pas trouvé de biens qui concentrent autant de valeur dans une surface aussi réduite. À titre d’exception, Sotheby’s a bien réalisé sa première vente de bandes dessinées, mais ça a été un échec. Pourtant on assiste à une médiatisation de ces ventes lifestyle… C’est plutôt le fait des maisons « challenger », comme Phillips à New York ou Artcurial à Paris, pour qui c’est une manière de se différencier. Le nœud du problème est que la marchandise est rare et l’offre très tendue, donc il existe la tentation de créer de nouveaux marchés. Phillips a ainsi initié le marché du design à Londres et New York, Artcurial a lancé la bande dessinée ou Hermès vintage, ce qui permet aussi à ces maisons de s’inventer de nouveaux domaines d’expertise, moins embouteillés. Ça donne lieu à une importante couverture presse ? Trop importante par rapport à la valeur de ce que ça représente en réalité, mais c’est le but… Maintenant, si on regarde ce que valent les BD par rapport à l’art contemporain ou ancien, on constate une certaine inflation, qui est le reflet de l’appauvrissement du niveau culturel des journalistes appelés à traiter de ces sujets. Il y a vingt ans, les journalistes qui suivaient le marché de l’art étaient très au courant, aussi bien en art classique que contemporain ; aujourd’hui, c’est Relaxnews, une petite agence qui cherche le truc insolite, qui finit par être toujours la même chose : des bijoux, des voitures, des sacs Hermès ou Gucci, et des bandes dessinées. Le design a pris une place plus importante ces dernières années. Oui, ne serait-ce qu’en termes de valeur, mais aussi d’acteur, puisque certaines maisons ne font que ça, comme Wright à Chicago ou Quittenbaum à magazine n o 10 48 Munich. Aujourd’hui, un meuble de Jean Prouvé ou une bibliothèque de Charlotte Perriand fait le prix d’un petit tableau impressionniste, aux alentours de 300 000 euros. La France a la chance d’être le berceau de ces grandes valeurs, que ce soit Le Corbusier, Perriand ou Prouvé, ce qui fait que des maisons françaises ont investi ce créneau. L’émergence des champs art de vivre comme le design accompagne aussi l’appauvrissement du niveau des gens en capacité d’acheter ce genre de biens-là. Il y a cinquante ans, ils achetaient des beaux tableaux modernes, du mobilier xviiie. Aujourd’hui, c’est de la bande dessinée, du street art… À côté de la médiatisation des records pour une peinture, les maisons organisent maintenant des expositions, et les ventes sont présentées comme des événements, des attractions, presque des spectacles, comme récemment la collection Pierre Bergé. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la façon de présenter les choses joue énormément sur la valeur que le commissaire-priseur va pouvoir en obtenir. Pour vendre le même objet, un sous-sol à Drouot n’équivaut pas à une belle salle des ventes à Londres ou New York. La scénarisation participe de la fascination qu’exercent les œuvres sur les acheteurs. L’autre point est que c’est un marché où l’offre est très tendue, et le principal travail des maisons consiste à attirer à eux des vendeurs. En montrant qu’elles font de beaux catalogues – avec de beaux textes et de belles illustrations, puis de belles scénographies et de beaux événements –, elles sont plus aptes à convaincre des vendeurs que c’est avec elles qu’il faut traiter. C’est donc un jeu à double détente : ça compte pour 10% à 20% de la valeur des œuvres et ça appâte d’éventuels vendeurs qui reconnaissent le sérieux du travail effectué. Les salles de ventes sont peuplées de beaucoup plus de gens que les seuls acheteurs. C’est aussi un spectacle, un frisson ? Aux expositions vient un peu tout le monde, certains d’ailleurs pour y faire leur éducation. Pour beaucoup de gens, le seul contact avec l’art et son histoire est formé par la fréquentation des maisons de ventes aux enchères : c’est gratuit, c’est ouvert, souvent on donne les catalogues… et on n’y apprend pas forcément les mêmes choses que dans les manuels. Le marché de l’art a des valeurs que l’académie n’a pas encore retenues ; c’est le cas de peintres comme Bernard Buffet,
Mathieu ou Vasarely, qui sont encore tenus dans une espèce de marge alors que leur cote commence à devenir importante sur le marché de l’art. C’est aussi un petit monde clos… Il faut reconnaître que, depuis une dizaine d’années, le marché de l’art est devenu une pratique sociale et les salles de ventes sont autant de salons où on se voit et on échange. C’est aussi un spectacle. Quelles sont les forces en présence sur l’échiquier mondial et en France ? Il y a un duopole créé par Sotheby’s et Christie’s. La première est américaine et cotée à la Bourse de New York, la seconde est britannique, bien que possédée par un Français, François Pinault. Ces deux maisons sont leaders dans tous les pays où elles sont présentes, à deux exceptions près : la Chine continentale, qui leur est interdite (elles se sont donc installées à Hong Kong), et la France, où un challenger, Artcurial, réalise presque les mêmes performances. Quelle part représente l’activité de Sotheby’s et Christie’s dans les enchères mondiales ? C’est difficile à dire, on oscillerait entre les deux tiers et trois quarts du marché global, mais les maisons chinoises ont pris un tel essor ces dernières années… Il existe bien des chiffres, mais ils peuvent être sujets à une certaine opacité. Le marché chinois n’est pas contrôlé, comme c’est le cas en France ou aux États-Unis, et les chiffres annoncés par les maisons chinoises sont invérifiables. Il faut ajouter que l’habitude des Chinois pour les enchères s’apparente davantage à une pratique de jeu, beaucoup de gens enchérissent et ne paient jamais ; comme ce fut le cas pour une pièce de la vente Bergé. Aujourd’hui, la collection, comme le marché de l’art en général d’ailleurs, est devenue une pratique sociale qui donne une épaisseur à des gens dont la fortune pourrait être le seul argument […] Quel est l’intérêt d’être implanté dans de nombreux pays si l’essentiel des ventes a lieu à New York ou Londres ? La logique de Sotheby’s et Christie’s est d’irriguer les marchés de Londres et New York des œuvres les plus recherchées, et les filiales qu’elles ont dans d’autres villes ne sont que des pompes aspirantes pour ces deux marchés principaux. Malgré des dispositions fiscales moins avantageuses, Paris semble toujours rester une place sur l’échiquier pourtant très international des enchères. À quoi est-ce dû ? magazine n o 10 49 Au sortir de la guerre, Paris était la première place mondiale du marché de l’art, donc elle fait encore résistance. Ensuite, la France reste le grenier de ce qui vaut cher aujourd’hui ; les tableaux impressionnistes, on ne les trouve pas en Italie ou en Espagne, mais dans les collections françaises. Ce qui n’est plus vrai pour le contemporain, puisqu’on a vu l’émergence de nouvelles valeurs, anglo-saxonnes notamment. Bon, Picasso est encore plus cher que Jeff Koons, donc la hiérarchie reste du côté de la vieille Europe ; et il reste encore beaucoup de Picasso, Matisse, Monet, Renoir… N’oublions pas que leur production a été prolifique ! […] Paris résiste aussi, car il y a un système hérité du monopole qui s’appelle Drouot [depuis l’an 2000, les commissaires-priseurs n’ont plus le monopole de l’organisation de ventes aux enchères et le métier est ouvert à tous,ndlr]. Et donc Drouot génère chaque année près de 500 millions d’euros de transactions – à titre de comparaison, Christie’s, Sotheby’s ou Artcurial font de l’ordre de 140 millions d’euros en France. Quel rôle a joué Internet dans le monde des ventes ? Avec Internet et la fameuse « mondialisation », tout le monde est au courant de ce qui se vend partout. S’il y a dix ans, la place de marché était quelque chose de déterminant, si on habitait à Bordeaux et qu’on possédait un Picasso, il valait mieux ne pas le confier à un commissaire-priseur bordelais ; aujourd’hui, on vendra le Picasso à Bordeaux au même prix qu’il aurait atteint à Paris ou New York. D’ailleurs, l’enchère la plus élevée l’année dernière a été faite à Toulouse pour une pièce en jade, à 14 millions d’euros. Personne ne s’était déplacé, mais le commissaire-priseur avait tout le monde en ligne. Pour peu que la maison et l’expertise soient sérieuses, la place de marché n’influe plus sur la valeur définitive du bien. C’est un phénomène nouveau que les Anglo-Saxons ont du mal à intégrer. Ça signifie que les gens ne se déplacent plus ? Au contraire, les gens se déplacent beaucoup plus ! Le voyage Londres-Paris est devenu une formalité, ils ont des conseillers et la collection n’est plus une pratique solitaire ; aujourd’hui, les gens sont entourés d’art advisors, qui sont au courant de tout ce qui se passe dans les maisons et les galeries, et sont connectés avec le monde entier. Et Internet a changé la donne : si on habite au Texas et qu’on collectionne la porcelaine de Meissen, on peut consulter en ligne tous les catalogues des commissaires-priseurs qui en mettent en vente. Quel effet cela a-t-il eu sur le marché ? Ça a internationalisé la clientèle acheteuse des maisons locales – à partir du moment où elles proposent de la marchandise susceptible d’intéresser des acheteurs et qu’elles font un minimum de travail de marketing et de communication. Mais avec trois publicités sur un site Internet, on peut considérer que tout le monde est au courant. Le fait qu’une fondation parisienne, La Maison Rouge, mette en avant des collections particulières a-t-il incité d’autres collectionneurs à montrer leurs possessions ou bien ont-ils toujours peur du fisc ? Il y a eu le précédent de l’exposition « passions Privées » au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris,



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