Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°1 de sep/oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 10,2 Mo

  • Dans ce numéro : spécial mode et design.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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– une seule à la fois –, et cette idée, je ne l’ai jamais vue ailleurs ! C’est bien le seul qui me surprenne actuellement… Un jour ou l’autre, on le retrouvera à la tête d’une griffe, mais je doute qu’il arrive à développer sa propre maison. Les jeunes talents permettent aujourd’hui de réveiller de vieilles marques, mais il n’existe plus vraiment l’espace nécessaire pour qu’ils développent leur propre griffe. L’industrie du luxe aspire toutes les énergies. Les groupes de luxe ont tant bouleversé le paysage ? Ces grands groupes sont pleins de têtes bien faites sorties de grandes écoles qui se font les mêmes réflexions que nous. Ils liront cet article, comme ils épluchent toute la presse et analysent des tonnes de chiffres, et si par hasard nous entrevoyons la moindre piste intéressante pour faire avancer l’époque, ils auront les moyens de l’appliquer plus vite que nous. Taisons-nous donc ! [rires] Ils écoutent, ils réfléchissent, ils vont dans les festivals, les défilés d’écoles, et sont en plus les seuls à avoir du boulot à offrir aux jeunes ! Que leur reprocher ? Je ne voudrais pas avoir l’air de taper sur les géants du luxe ; je suis même fière que les deux plus gros acteurs du secteur soient français. Ils ont sauvé pas mal de griffes qui auraient dû disparaître. Mais il est vrai que pour y parvenir, ils ont appliqué des méthodes de marketing pures et dures derrière un paravent de créativité. Sous des dehors de grands moments d’expression créative, on sait bien qu’un défilé Dior ou Vuitton permet surtout d’écouler des sacs et des lunettes. Mais l’image reste haut de gamme et forte. Alors… Comment jugez-vous les propositions en termes de produits ? Quand on fait le tour des boutiques, on trouve la même soupe partout. L’offre est trop consensuelle ! Il n’y a d’ailleurs rien de laid. Il y a dix ou quinze ans, on voyait des choses vraiment moches ; maintenant, tout est bien, jusque dans le Sentier. Autrefois, le Sentier c’était des mauvaises copies, alors que les Maje, Sandroet compagnie, magazine n°1 magazine n°1 48 48 B. hormis la qualité qui est insupportable, pour ce qui est du style, ce n’est pas mal du tout ! Mais on commence à être repu de cette soupe mignonnette. Le marché va très vite réclamer des choses plus extrêmes. On le ressent dans les défilés. Non pas sur les podiums – au demeurant souvent assez ennuyeux –, mais dans les salles à l’entrée des shows, qui grouillent d’un jeune public haut en couleur ne demandant qu’à être photographié pour parader sur les blogs. On va revenir à des trucs extrêmes. Assez frivoles aussi, car la mode n’est plus du tout rattachée à des mouvements sociologiques. Cette rébellion n’est en rien comparable avec le mouvement punk qui était connecté à un courant musical et une pensée intellectuelle. Les choses sont aujourd’hui tout au plus ludiques. Il s’agit d’un mouvement classique de balancier ; l’envie de choses plus pimentées après des zones de platitudes. Et, là encore, je crains qu’il ne faille pas se faire trop d’illusions quant à l’émergence d’une nouvelle scène mode. Ce seront les grandes griffes qui les premières récupéreront le phénomène. Un Marc Jacobs comme un Riccardo Tisci peuvent frapper fort quand ils veulent bien s’en donner la peine. Et quand bien même ils seraient fatigués, ils sont entourés dans leur studio d’une cour de petits jeunes très informés. Personne ne maîtrise mieux l’art du spectaculaire que les grandes griffes. La mode actuelle relève de l’accumulation d’effets stylistiques. Il y a vingt ans, s’habiller en créateur japonais c’était revendiquer d’autres valeurs par rapport à un statu quo bourgeois très lourd. Les propositions de Vivienne Westwood, de Jean Paul Gaultier ou plus tard de Martin Margiela étaient en rupture totale avec leur époque ; la majorité des talents d’aujourd’hui me semblent davantage s’inscrire dans une continuité de l’idée qu’on se fait d’un vêtement de créateur que dans une remise en question de la garde-robe. Ce métier vous semble-t-il toujours amusant ? Ce métier n’est amusant qu’en façade, il s’est mué en une véritable industrie. Une industrie
qui ne nous concerne plus beaucoup, nous autres Européens, sauf pour ce qui est de l’image. Le business est aujourd’hui orienté vers la Chine ou l’Inde – les nouveaux réservoirs de clients. L’Amérique latine ou l’Afrique ne sont pas encore concernées, mais pour ceux qui travailleront dans ce métier dans cinquante ans, c’est là-bas qu’il faudra aller évangéliser la bonne parole du shopping. Et cette pratique du shopping, a-t-elle beaucoup évolué ? Dans les pays émergents, la mode sert encore de marqueur social ; on consomme pour affirmer son statut. Ce n’est plus le cas depuis belle lurette dans des pays comme la France ; en Occident, la mode est devenue un loisir comme un autre – comme aller au restaurant, au cinéma, voir une exposition. C’est un moment de détente ; il faut que cela soit rapide, amusant, varié et pas excessif. Il existe une niche pour le très beau, l’exceptionnel, le luxe. Et bientôt, de la même façon, je le pressens, pour la mode pure et dure. Longtemps vous avez animé une boutique dédiée à la mode masculine. Comment avez-vous vu évoluer ce secteur ? Pour être franche, je n’y ai jamais rien compris. L’homme, c’est un peu la tarte à la crème : tous les cinq ans, on annonce son renouveau. En ce moment, on voit apparaître une multitude de nouveaux créateurs pour l’homme. Oui, bon… Mais hormis quelques garçons très jeunes qui ont envie de choses extrêmes, la mode-mode pour homme demeure assez confidentielle – pour ne pas dire anecdotique. Le business global ne dépasse pas 30% du volume de celui de la femme. Quels sont les créateurs qui vous ont le plus marquée au fil de votre carrière ? Nicolas Ghesquière indéniablement ! Helmut Lang, Martin Margiela… Vous avez toujours défendu un courant un brin intello, qui eut son heure de gloire dans les années 90. Ce courant perdure avec AnnDemeulemeester et Rick Owens. Ce sont des créateurs qui ont réussi : leurs styles sont consistants et constants. Leurs développements demeurent certes moins impressionnants que s’ils appartenaient à de grands groupes, mais ils n’ont pas perdu leur âme. […] Les jeunes talents permettent aujourd’hui de réveiller de vieilles marques, mais il n’existe plus vraiment l’espace nécessaire pour qu’ils développent leur propre griffe. L’industrie du luxe aspire toutes les énergies. Certains génies comme Martin Margiela ou Helmut Lang ont eux décidé de quitter ce métier… Et comme je les comprends ! [rires] Ils ont donné ce qu’ils avaient à donner. Martin Margiela a écrit un très beau chapitre de modernité. Helmut Lang aussi. Après cela, se sentir obligé de livrer des collections ad vitam æternam, se plier à des règles marketing avec pour seule fin de développer sa griffe ; je comprends très bien que l’on puisse dire stop, j’ai d’autres priorités dans la vie ! Les créateurs uniquement intéressés par la mode, ceux qui donnent toutes leurs forces à ce métier sont quand même des espèces de monstres. Avec quelques cadavres dans le placard… Ces mégalomanes à la persévérance sans faille me fascinent, certes, mais j’ai plus de tendresse pour Helmut Lang ou Martin Margiela. Vous développez depuis peu votre ligne propre. Mon souci c’est qu’en tant que distributeur, je n’étais propriétaire d’aucun de mes produits. Profitant d’une image forte, je me suis dit : mettons des vêtements sous ce label. D’autres, comme Joseph, l’ont fait avant moi… Mon obsession c’est que jamais ma ligne ne vienne concurrencer les griffes que je vends ; d’où l’idée de « Style for less », une collection de petites pièces abordables. Maria Luisa a toujours été synonyme de mode, je ne vais donc pas proposer la bonne jupe droite ou le parfait col roulé noir, mais des trucs un peu décalés qui accrochent l’œil – « eye catch » comme disent les Anglo-Saxons. On en est à la quatrième saison et ce n’est pas encore ça ; il faudrait que cela soit encore plus mode, plus fort, plus funky. Je réalise à quel point c’est dur de faire des vêtements, mais c’est très excitant et je me suis prise au jeu. magazine n°1 magazine n°1 49 49 Propos recueillis par Cédric Saint André Perrin A. Espace Maria Luisa au Printemps Haussmann, Paris B. Silhouette : Collection Maria Luisa Automne-Hiver 2010-2011C. Portrait : Jean-François CarlyC.



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