Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°1 de sep/oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 10,2 Mo

  • Dans ce numéro : spécial mode et design.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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INTERVIEW MARIA LUISA Figure incontournable de la mode parisienne, Maria Luisa Poumaillou défend depuis 1988 une mode alternative et pointue dans ses boutiques multimarques installées rue du Mont-Thabor. Celle qui accompagna le lancement de plusieurs générations de talents… … de John Galliano à Helmut Lang, en passant par Nicolas Ghesquière, ferme en cette rentrée son point de vente phare pour concentrer son activité commerciale dans un espace en franchise au Printemps Haussmannet sur son site de vente en ligne. Maria Luisa tourne une page pour mieux écrire de nouveaux chapitres. Vous avez donc fermé votre boutique de la rue Rouget-de-Lisle… Nous avons fermé cet espace en tant que boutique mais conservons l’adresse, et nous nous donnons le droit de le rouvrir si cela nous dit. Pour un mois ? Pour deux jours ? Pour un événement ? Comme on voudra… Ce que l’on va en faire ? On n’en sait rien ; la seule chose dont on soit certain, c’est que l’on ne veut plus fonctionner comme une boutique normale. Comment viviez-vous cette période ? On vit une époque étonnante où l’on se doit d’être un point d’interrogation ambulant. S’interroger pour trouver des façons de rebondir. J’ai ouvert l’espace de la rue Rouget-de-Lisle en septembre 2008, et en octobre l’économie s’écroulait. Continuer à fonctionner comme nous le faisions auparavant n’est plus possible. Crise ou pas crise, la France n’a jamais été un grand pays de consommation : c’est un grand pays de mode (pour moi le meilleur œil qui soit) mais pas de consommation. Statistiquement, notre clientèle est composée à 60% d’étrangers ; lorsqu’ils ne voyagent plus, le manque à gagner n’est pas très difficile à calculer… La question fut donc de savoir comment continuer à faire ce que nous savons faire – vendre des vêtements créatifs – mais d’une manière qui corresponde davantage à l’époque. Le système de boutique multimarque ne vous semble plus viable ? Le commerce de détail de produits de niche tel que nous le pratiquions n’a plus vraiment raison d’être. Je vois bien se profiler dans un avenir proche de petites adresses multimarques proposant une sélection aiguë, reflet de l’esprit de leurs propriétaires, mais de façon intimiste. Ces boutiques pourront servir de plateforme de lancement à de nouveaux talents, mais elles n’auront pas l’aspect référent que pouvaient avoir Browns, L’Éclaireur ou nos magasins. Nous avons été ultra-visibles, ultra-médiatisés, ultra-courtisés ; ce ne sera plus autant le cas. magazine n°1 magazine n°1 46 46 Qu’est-ce qui explique ce changement ? Les grandes marques n’ont plus besoin de nous… Toutes ces griffes que l’on a promues depuis des années, qu’on a aidées à croître, ont ouvert des boutiques absolument partout. Prenez l’exemple de Balenciaga, qui a été vendu uniquement chez nous pendant trois ans non pas parce que j’avais demandé une exclusivité, mais parce que personne d’autre ne voulait l’acheter ! Eh bien on trouve aujourd’hui des boutiques Balenciaga à Athènes, à New York comme à Bangkok… Et c’est très bien ! Je ne vais pas leur en vouloir de réussir ! De la même façon, je comprends parfaitement qu’une cliente qui souhaite du Balenciaga trouve qu’il y a plus de choix dans leurs boutiques. Je ne vois pas l’utilité de me battre contre ce genre de chose. […] hormis quelques garçons très jeunes qui ont envie de choses extrêmes, la modemode pour homme demeure assez confidentielle – pour ne pas dire anecdotique. Les grands groupes de luxe ont radicalement changé la donne. Au milieu des années 90, quand les groupes financiers sont venus repérer chez nous les jeunes stylistes qu’ils ont placés à la tête de leurs vieilles marques pour les rénover, ils avaient absolument besoin de plateformes de vente comme ma boutique pour prouver que leurs collections étaient pointues. Il fallait qu’elles côtoient les portants de Comme des Garçons et autres. Dix ans plus tard – et c’est normal ! –, leur image retapée, c’est moins leur priorité. La géographie du shopping parisien a également quelque peu évolué ces dernières années. Le grand bouleversement, c’est la renaissance des grands magasins. Il y a dix ans, on n’envisageait même pas d’y mettre les pieds ; ils sont
aujourd’hui incontournables. Toutes les marques de luxe y sont désormais présentes, et le standing est du niveau des department-stores new-yorkais. Qu’on le veuille ou non, le shopping parisien s’est américanisé. On disait les grands magasins réservés aux touristes, ce n’est plus le cas. Avec des Apple Store ou des Uniqlo, le quartier de l’Opéra est en pleine mutation. Vous avez donc ouvert, en octobre 2009, un espace au Printemps. Oui, une boutique en franchise. Quand un grand magasin décide de prendre le risque d’avoir une boutique Maria Luisa dans ses murs, avec le contenu exigeant que cela induit, ce risque est soutenu. Ils n’ont pas les mêmes exigences de rentabilité au mètre carré que sur d’autres stands, cela participe d’une politique d’image globale. Je me sens soutenue… Et puis cela me permet d’être beaucoup plus pointue dans ma sélection. Nombre de créateurs établis que je vendais rue Rouget-de-l’Isle, comme Balenciaga, Martin Margiela ou Jil Sander, ont leur propre espace au Printemps ; cela m’oblige à aller chercher de nouvelles marques, à aller plus loin dans ma sélection. De là à fermer votre point de vente historique… On ne va pas se raconter d’histoires : en octobre dernier, quand j’ai vu mon nom sur les douze vitrines du boulevard Haussmannavec ma sélection de robes Charles Anastase ou Bernhard Willhelm, je me suis dit : quoi que tu puisses continuer à faire en indépendante, jamais tu n’auras un impact aussi fort. Vivons avec notre époque : elle est tranchante, rapide et marketing. Indéniablement marketing ! magazine n°1 magazine n°1 47 47 A. Le développement d’Internet à également joué un rôle. Il y a dix ans, la vente de mode sur Internet n’existait pour ainsi dire pas. Je me revois présenter Nathalie Massenet – fondatrice de Net-À-Porter – chez Pierre Hardy ou Rick Owens… Elle les suppliait de bien vouloir lui vendre ; les temps ont quelque peu changé… Les clients ne se sont pourtant pas multipliés. Le pouvoir d’achat – hormis dans certains pays émergents –, n’a pas franchement augmenté ; il se serait même plutôt resserré en Europe. Le business qui se fait désormais sur le Net ne se fait donc plus ailleurs. Que modifie Internet en termes de diffusion ? Via les médias, le Net, les gens ont accès à une information mode pointue partout de par le monde. Mes clients potentiels se trouvent à Boston comme à Pékin. Une boutique online leur permet de satisfaire leurs désirs où qu’ils soient. Avant, s’ils n’avaient pas l’occasion de passer à Paris dans les deux mois où la pièce de leur rêve était disponible dans mes rayons, jamais ils ne pouvaient se la procurer. Là encore, vous ne vous lancez pas seule dans ce nouveau métier. Comme pour le Printemps, on est venu me proposer une franchise. C’est une franchise comme une autre – développée avec Yoox –, mais une franchise virtuelle, une boutique mais sans murs. On glisse depuis mon site marialuisaparis.com sur une interface de vente dont nous avons conçu le graphisme, les films, les photos... Sentez-vous poindre un renouveau mode actuellement ? Pour ce qui est des marques, non ! Cela fait bien dix ans que l’on n’a pas vu apparaître de nouveaux noms. Le dernier qui se soit véritablement installé, et qui continue à progresser tant au niveau créatif qu’en termes de business, c’est Rick Owens ; je n’en vois pas d’autre ! Dans les plus jeunes, je trouve Christopher Kane formidable : il s’est inventé une écriture personnelle et raconte à chaque saison des histoires différentes. Ses défilés sont très cohérents, très « focus » : il développe à chaque fois une idée



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