Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
Magazine Magazine n°1 sep/oct/nov 2010
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°1 de sep/oct/nov 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : ACP

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 134

  • Taille du fichier PDF : 10,2 Mo

  • Dans ce numéro : spécial mode et design.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le tuning se traduit par l’évocation formelle de l’efficacité, une authentique amélioration du dessin ou de la puissance physique en ce sens. Un trafic mécanique ou le trucage informatique du moteur, selon l’âge de l’engin. Une manifestation de distinction, toujours, et un acte de soumission simultané à un ensemble de codes en vigueur dans ce club. Une volonté de puissance et l’expression de ce moi unique, que personne, finalement, ne sait exprimer assez précisément, sauf moi. Par essence, le tuning n’a jamais été l’affaire des constructeurs automobiles, dont la religion est de standardiser. Quel que soit le nombre d’options et de modifications envisageables sur le véhicule à sa sortie d’usine, l’adepte du tuning ne sera jamais satisfait. Ou plutôt, s’il l’est, c’est qu’il n’appartient pas vraiment à la catégorie. Il résiste à la catégorisation synthétique. L’objectif de départ est pourtant presque constamment identique. Il est double et facile à identifier : « moi et la performance ». Des qualités réelles ou seulement alléguées, idem. Le masque révèle la vérité de l’intention, l’identité même. Sociologiquement, on pourrait alléguer la pulsion grégaire, ce mimétisme qui est l’appartenance au groupe, toujours menée de manière contradictoire avec le besoin de la distinction individuelle. Et quelque chose de plus mystérieux, sans objet, aberrant : le moment du déraisonnable est aussi celui où l’humain peut être formidable. Un acte de résistance, alors, en même temps qu’une servitude volontaire. La projection d’un autre moi qui s’apparente au costume du super-héros, l’exo squelette surdimensionné, composé de fibres et de laques métallisées, cousu des multiples inscriptions qui signeraient l’intérêt que me portent mille entreprises d’ordre similidivin comme autant de gri-gris. La disproportion, plus ou moins délirante entre les moyens financiers mis en œuvre et l’objet de la passion, fait la grandeur quasi tragique de l’opération. La hiérarchie indécise entre la décoration et les exigences techniques génère le trouble. Le médium est le message : la décoration est la puissance, cette puissance est décoration. Le tuning, passion de la nouveauté et du mouvement, est l’expression d’une joie à être ici et maintenant. Une manifestation heureuse, prête au DESIGN Bolidage L’une des récentes réunions ineptes du secrétariat d’État à la francophonie propose l’adoption de « bolidage » à la place de tuning. Mignon et promis à l’échec. Étranger aux tendresses nostalgiques, le tuning continuera à se développer sans cela. Maladie parasitaire, saine subversion, exaltante expression d’identité ? Hmm… magazine n°1 magazine n°1 110 110 danger pour cela (frayeurs mécaniques, amendes pour irrégularité). Son goût têtu pour la modification dit la satisfaction, non la frustration. Dans l’équilibre qu’elle propose entre l’acceptation extatique de l’époque et une rébellion seulement marginale, elle dit : nous n’avons jamais vécu aussi bien et nous tendons vers encore mieux ; nous participons, de notre côté, à ce qui devrait être encore plus grand et plus fort et plus excitant. L’excès est l’espace de cette marge. Il signale une urgence de la sortie parce que le tuning est associé aux pauvres : l’un des avantages de ce qui est médiocre, étriqué, réduit, pourrait se résumer à la stimulation à en partir. Il oblige à aller chercher la chose : elle ne viendra jamais vous trouver par elle-même. De la même manière que ce sont toujours les provinciaux et les étrangers qui fabriquent l’excitation de la capitale, parfois même les barbares. L’automobile s’y prête mieux qu’aucun autre support parce qu’elle est déjà un non-lieu (une utopie précisément), et un serment exaltant d’extraterritorialité (quitter la femme devenue si laide, les enfants débiles, l’avilissement du travail). Le tuning relève dans sa déraison de l’expression du désir, d’une projection (d’où l’allure de projectile, aussi), mais sa force vient d’abord de sa naissance dans le besoin. Et celui-là appartient à l’ordre des injonctions de la survie. Le médium est le message : la décoration est la puissance, cette puissance est décoration […] La pratique ferait partie de l’exigence de bruit que les classes misérables adorent : faire du bruit pour exister. Le bruit, au sens acoustique, du moteur trafiqué, de l’accélération sans but et du dérapage. Diffuser n’importe quoi n’importe où, avec un pouvoir de nuisance bien plus considérable que le plaisir d’écoute possible. Prolonger symboliquement toute l’année la licence de bousillage sonique ponctuellement ouverte par les grandes
fêtes nationales (le 14-Juillet, la fête de la musique), ces petites saturnales où les merguez et le maïs des coins de rue feraient office de dérive subversive. Le boucan des fringues qui explosent de marquages, de dessins et logos. De fraîcheur toujours, parce que sortir de soi implique toujours un goût de première fois. S’intéresser au tuning maintenant relève d’une anthropologie un peu tordue. La recherche d’une innocence perdue. Retrouver la candeur primitive des âges farouches. Extraire de ces pratiques méprisées (redoutées) une nouvelle excitation pour croire à nouveau. Le mauvais genre comme ultime ressource : envisager la pratique de la transvaluation – identification de l’expression maudite, examen des conditions de la réprobation : qui, quand, comment, pourquoi ? – et tenter de la conduire hors de la zone sinistrée (le jardin de banlieue, la favela, la loge du concierge, le garage de province, le parking du centre commercial) pour la hisser à un autre niveau. Mais cette décontextualisation ne marche presque jamais, ou sûrement pas toujours : ce n’est pas un ready-made, mais un ready-fake. Le hurlement du motif lu comme fonction. C’est très fragile ces choses-là. On a si souvent tenté ces dernières années de voler encore à ceux qui n’ont déjà rien – vêtement, objet, mobilier, décoration, danse – et cela s’accompagne d’une ombre pénible. Pas d’un point de vue moral, mais simplement de celui de l’échec obstiné à en répéter la puissance initiale. La dimension de la sincérité et de la passion d’engagement qui y étaient présents ont disparu. Ça n’a l’air de rien. Impondérable. Mais lorsque le transfert s’opère, entre d’autres mains que celles de son auteur, il manque cette nuance de la nécessité qui l’a générée en premier lieu. Les stratégies marchandes sont incapables de la reproduire ou même de la récupérer. Difficile de préciser s’il s’agira d’un grain de peinture, d’une ligne échappée du spoiler, d’une proportion d’habitacle, d’une nuance de couleur, de la nature d’un accessoire. La nécessité échappe forcément au livre de recettes, elle est la vie elle-même. magazine n°1 magazine n°1 111 Photo, Philip Schaub Sterli 111 Pierre Doze



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