Madame n°154 jun/jui 2013
Madame n°154 jun/jui 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°154 de jun/jui 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (275 x 375) mm

  • Nombre de pages : 128

  • Taille du fichier PDF : 29,4 Mo

  • Dans ce numéro : spécial évasion... îlots de paradis... le Song Saa Private Island.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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78 CULTURE AUTEUR L’esprit du fabliau Historien et journaliste, Harry Bellet propose un roman plein de drôlerie et de fureur autour de la vie du peintre Hans Holbein. QUAND IL RIT, il ressemble à un jeune garçon qui vient de faire une bêtise. De fait, son dernier livre, qu’il appelle un « fabliau «, ressemble à une bonne blague et l’on y sent à chaque page le profond amusement de l’auteur. Harry Bellet, historien d’art, auteur de catalogues d’exposition, journaliste au Monde, et auteur de trois polars dans les milieux de l’art, réussit la prouesse d’un roman historique qui décrit la violence et la cruauté d’un début de XVI e siècle agité, avec viols, assassinats, noyades d’une femme adutère et bûchers de maquerelles innocentes, tout en étant étrangement joyeux, sans doute en raison d’une grivoiserie assumée : « Ce n’est pas le livre qui est paillard, c’est l’époque qui l’était ! On mourait jeune, alors on vivait intensément. Les plaisirs de la chair étaient importants et le rire était la seule liberté possible face au tragique. » Dans une veine proche de Rabelais, Bellet conte les aventures d’un jeune « ymagier » à qui les échos encore lointains de la Renaissance italienne donne des envies de passer de l’état d’artisan à celui, naissant, d’artiste. Inspiré de la vie du peintre Hans Holbein (1497-1543), dont il a traduit littéralement le nom en français pour obtenir ce magnifique « Jambecreuse », lequel est venu parfaire son apprentissage à Bâle après que Français, Italiens et Suisses se sont étripés à Marignan et que rôdent inquisiteurs, espions en tous genres, fomenteurs d’émeutes et bergères diablement appétissantes. « Ce livre me trottait dans la tête depuis que j’avais vu à Bâle un portrait d’un bourgmestre de la ville, lequel était un sosie de Depardieu ! Holbein n’avait alors que 17 ans et il peignait déjà le personnage le plus important du coin. C’est comme ça que j’ai commencé à me documenter sur lui… Tout ce que l’on sait sur lui, je l’ai respecté. Tout ce qu’on ne sait pas, je l’ai inventé. » Les sévices infligés au sexe faible dans le livre ont de quoi indigner la lectrice post-féministe d’aujourd’hui. « La sexualité des femmes était réprimée parce que les hommes voulaient avoir des garantis sur la paternité de leurs enfants. On a vraiment noyé des femmes à Bâle pour adultère. » Mais le premier plaisir du livre est celui de la ballade ; le lecteur a l’impression pour finir de connaître la Bâle du XVI e siècle comme sa poche : « La géographie m’intéresse beaucoup. Elle sert à faire la guerre mais aussi à écrire des romans. » On se ballade également dans le langage car Bellet s’éclate à faire revivre un vocabulaire ancien, cocasse et succulent. « Mais je parle aussi d’aujourd’hui, car il y a des points communs entre les deux époques : mondialisation et avancées scientifiques qui vont entraîner d’énormes bouleversements… » Pourtant, quelque chose de très profond semble bien avoir disparu entre Jambecreuse et notre aujourd’hui occidental. « Ce qu’on a perdu, c’est l’appétit. La vie était tellement violente que les gens dévoraient l’existence… » M ISABELLE POTEL « LES AVENTURES EXTRAVAGANTES DE JEAN JAMBECREUSE, ARTISTE ET BOURGEOIS DE BÂLE », Harry Bellet, éditions Actes Sud, 368 p., 22,80. Portrait and landscape A fun, frenzied historical novel based on the life of the painter Hans Holbein. WHEN HE LAUGHS, he looks like a little boy who has just cracked a bad joke. In fact, his book reads like a good joke, the author’s evident mirthemanating from every page. In his latest novel, the journalist and art historian Harry Bellet depicts the violence and cruelty of the 16th century, complete with rapes, murders and the execution of innocents, and somehow manages to beupbeat and entertaining, with a constant undercurrent of ribaldry. « It’s not the book that’s bawdy, it’s the era ! » Bellet insists. « People died young, so they lived intensely. » Based on the life of Hans Holbein the Younger (1497- 1543), The Extravagant Adventures of Jean Jambecreuse (available in French) tells the tale of a young portraitist who, hearing news of a « renaissance » taking place in Italy, aspires to become a true artist. « I first thought of the theme when I was in Basel and saw a Holbein portrait of a burgomaster who looked just like Gérard Depardieu, » the author recounts. « I started researching the painter’s life—everything that we know about him I put in the novel, and everything else I madeup. » The indignities inflictedupon women in this book could be offensive to many readers, but its main pleasure lies in its marvelous portrayal of the city of Basel : by the end the reader has the impression of knowing every street and building in the Swiss town of 500 years ago. « But I also talk about today, » Bellet adds, « because the two periods have many points in common : globalization, momentous scientific breakthroughs… » And yet, something seems to have been lost between the era of Jambecreuse (a French transliteration of « Holbein ») and the 21st century. « What’s missing is appetite, » the author says. « Human existence was so tenuous back then, people had a voracious lust for life. » M PHOTO DR – ANNA KAMP
CULTURE LIVRES 80 TOUJOURS plus vite La Barcelonaise Imma Monsó passe au crible l’accélération du temps, à travers la névrose en apparence banale d’une héroïne qui ne s’arrête jamais. SUR LA QUESTION du temps qui est centrale aujourd’hui, il y eut ces dernières années de nombreux ouvrages théoriques mais aucun roman de cette dimension. Nous le savons, nos sociétés confrontées à la concurrence induite par la mondialisation sont malades du temps. Quand Proust cherche « le temps perdu », il s’agit de retrouver par un exercice de mémoire involontaire, comme l’expérience de la fameuse madeleine, les sensations du passé, de revivre celui-ci émotionnellement. Aujourd’hui, le temps perdu, c’est le présent, c’est-à-dire qu’une accélération continuelle des rythmes, l’impossibilité d’un répit, ne permet plus aux individus d’habiter l’instant : la quantité de choses à faire occupe tout l’espace mental, comme un rapt. Agnès Bach est une psychiatre célibataire, qui est atteinte d’un mal non répertorié comme tel : la vitesse ! Elle fait tout vite, elle est obsédée par l’objectif de gagner sans cesse du temps, dans un fantasme d’en récupérer ainsi, du temps, ce qui bien sûr n’arrive jamais car son excès d’anticipation ne lui permet jamais de souffler. A-t-elle peur de l’ennui ? S’agit-il d’une habitude névrotique d’impatience contractée dans l’enfance d’un père n’aimant pas « les Lents » ? Est-ce un souci d’efficacité, de rentabilité, un amour de l’efficacité qui est devenu sa raison d’être ? Tout le livre ausculte, avec une intelligence redoutable, cette manie de la rapidité, et sa dimension borderline. La réussite du livre consiste à demeurer dans les limites de l’intime, du cas particulier, même si, bien sûr, la folie d’Agnès vaut comme métaphore du mal qui atteint toute une société. Les choses sont clairement exprimées avec le suicide de Tiá, le jeune frère d’Agnès qui travaillait pour une multinationale de la communication, et qui, un matin, sauta par la fenêtre. « Un abîme se creusait entre l’information à gérer dans l’entreprise et qui déboulait en avalanche, et les possibilités du récepteur à y faire face ». L’ironie voulant que son frère était chargé « d’exterminer les temps morts » dans les processus de production de sa boîte, lui qui venait d’une famille où c’était déjà la règle… Nous sommes la somme de nos manies, des choses qui la plupart du temps passent inaperçues et qui pourtant nous définissent plus sûrement que nos désirs, nos opinions, nos réalisations. Ce magnifique roman, dont l’écriture parfois rappelle la puissance obsessionnelle d’un Thomas Bernhard, approche au plus près « un trait de caractère » qui semble anodin et devient pourtant un véritable tyran. Un portrait de femme aux prises avec elle-même, un exercice de lucidité admirable. M ISABELLE POTEL « LA FEMME PRESSÉE », Imma Monsó, Robert Laffont Pavillons, 425 pages, 21. Prix Ramon Llull 2012. Speed of falling The seemingly commonplace neurosis of a woman in perpetual motion as a metaphor for the modern-day obsession with time. WHEN PROUST set out « in search of lost time » (the literal translation of Remembrance of Things Past), it was to relive the sensations of bygone days by inducing involuntary memories. Today, the lost time is the present : the pace of life has accelerated, and the number of things to be accomplished increased, to the point that one can no longer live in the moment. In The Fast Woman (available in Catalan, French and Spanish), the Barcelonian author Imma Monsó tells the story of Agnes Bach, a psychiatrist suffering from a disorder that has yet to be recognized as such : speed ! She does everything fast, constantly straining to save time in the hope of being able to take time later—which of course never happens. Is it fear of boredom ? A quest for efficiency ? A neurotic habit inherited in childhood from a father with an avowed distaste for « slow people » ? The entire book plumbs, with formidable intelligence, this nearly psychotic lust for rapidity. The success of Monsó’s narrative lies in her ability to remain within the limits of intimacy, of a single individual case, even though her character’s mania is an obvious metaphor for a widespread social ill. The comparison becomes clearer with the suicide of her brother Tiá, an efficiency expert in charge of « eliminating dead time » in his company’s production processes. We are all the sum of our manias, the things that most often go unnoticed but nonetheless define us more clearly than our desires, opinions and accomplishments. This magnifi cent novel, written in a style that recalls the obsessive power of a Thomas Bernhard, cuts to the heart of a « character trait » that seems benign but ultimately becomes tyrannical. A portrait of a woman at odds with herself, depicted with impressive lucidity. M PHOTOS DR - ARDUINO VANNUCCHI



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