Madame n°153 avr/mai 2013
Madame n°153 avr/mai 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°153 de avr/mai 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (277 x 376) mm

  • Nombre de pages : 130

  • Taille du fichier PDF : 25,2 Mo

  • Dans ce numéro : Chanel plus que jamais.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 32 - 33  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
32 33
CULTURE AUTEUR TENDRESSE grizzli Carole Allamand associe en toute liberté enquête sur un mystère littéraire et amour des ours. DEPUIS SA THÈSE sur Marguerite Yourcenar, qui lui permit de comprendre que l’« absence du féminin » dans l’œuvre de celle-ci s’enracinait dans la mort de sa mère à sa naissance, Carole Allamand se passionne pour l’autobiographie sous toutes ses formes, et pour ces liens souvent invisibles mais puissants qui unissent les textes à la biographie de leurs auteurs. Son premier roman raconte les tribulations d’une jeune chercheuse qui enquête sur les ruptures de style de Camille Duval, le plus grand écrivain de la Suisse romande, gloire intouchable ayant émigré pour des raisons troubles aux Etats-Unis. Personnage complètement inventé, qui permet à la romancière de croquer les milieux universitaires, de se lancer dans un portrait de l’Amérique (« On ne se rend pas compte en Europe du fanatisme religieux qui règne ici ») et de composer une histoire d’imposture littéraire aux petits oignons (« C’était difficile de trouver l’équilibre entre la dérision et ma passion réelle pour la littérature ! »). Cheveux courts, petite et mince, à la fois élégante et sportive, Carole Allamand, née à Genève, enseigne depuis treize ans les lettres françaises à l’université de Rutgers, dans le New Jersey. « Mon autre truc, c’est le vélo, j’ai avalé des milliers de kilomètres... » Est-ce ce goût vélocipédique qui donne au roman sa respiration tonique et qui transforme la quête très sérieuse de son héroïne en road movie palpitant, et ce jusqu’en Alaska ? Carole Allamand pratique un art délicieux du coq à l’âne, ne s’interdisant aucune digression, multipliant les rencontres (comme celle de Jasper, garçon sympathique mal remis de son engagement militaire en Irak), les hypothèses concernant le grand écrivain, à qui ses biographes n’ont bien entendu rien compris, ainsi que moult virées finissant en apothéose par une incroyable rencontre avec une femelle ours ! « Je vis aux Etats-Unis mais ma vie sentimentale depuis dix ans se déroule à Aix, en France. J’aime cette transition, je suis pendulaire… L’ours dans tout ça ? Je suis très intéressée par les animaux en général. En Amérique, je suis devenue activiste contre la chasse à l’ours noir. Vilipendé par le catholicisme, l’ours a été diabolisé, on en a fait un monstre, alors que dans les cultures amérindiennes, c’est plutôt un membre de la famille ! En tant qu’écrivain, je trouve que c’est important d’aider à changer les représentations erronées. L’ours, c’est ma part militante, mais c’est aussi mon besoin de bout du monde. Pourtant, au début, je n’arrivais pas à faire du camping sauvage par peur d’en rencontrer un ! En réalité, c’est un animal pacifique si on le laisse tranquille… » Dans le roman, la mère de l’héroïne, qui, accessoirement, est psychanalyste, vient rendre visite à sa fille, ce qui donne lieu à un portrait maternel très réussi : « J’ai un rapport très difficile à ma propre mère qui ne m’a pas élevée, et je viens d’un milieu sans livres… Ce personnage, même s’il est plein de névroses, a été très libérateur pour moi, comme si je m’inventais une mère intellectuelle… » Carole Allamand s’invente également une mère ours, et ce n’est pas le moins émouvant. M ISABELLE POTEL « LA PLUME DE L’OURS », Carole Allamand, éditions Stock La Forêt, 420 p., 21,50 €. Animal impetus A delightfully diverse first novel that combines a literary mystery with a devotion to a wild species. CAROLE ALLAMAND is fascinated with autobiography, and with the often invisible yet powerful ties that unite any writing to its author’s own biography. Her debut novel recounts the tribulations of a young researcher investigating stylistic discontinuities in the work of Camille Duval, a renowned Swiss author who emigrated to the United States for mysterious reasons—and a character invented out of whole cloth. Allamand, who perhaps not coincidentally was born in Geneva and now teaches in New Jersey, uses her premise to paint a portrait of American society (« Europeans don’t realize the degree of religious fanaticism that reigns here, » she says) within a first-rate tale of literary fraud (« It was hard to strike a balance between derision and my genuine love of literature »). In The Bear’s Quill (available in French) Allamand jumps breezily from one topic to another, indulging in multiple digressions and introducing a host of characters and theories about her fabricated great writer, ultimately tying it all together in an incredible encounter with a bear. « I’m very interested in animals, » the author explains. « In the US I have become an activist against the hunting of black bears. Bears have been demonized by our society, whereas in Native American cultures they were nearly like members of the family ! As a writer I think it’s important to help change erroneous perceptions. » In her novel, the main character is visited by her mother, a psychoanalyst, providing the subject matter for a superb depiction of the maternal bond. « I have a very difficult relationship with my own mother, » Allamand says, « and creating that character was a liberating exercise. » She also creates a mother bear, in a no less stirring flight of imagination. M PHOTOS DR – CHRISTIANE ROBIN 100
Famille SOUS LE CHOC CULTURE LIVRES Rachel Cusk, l’auteur d’« Arlington Park », décrit avec une acuité rare l’état mental d’une femme après une séparation. ON L’ATTENDAIT sans même le savoir, le livre qui ose dire la douleur de la séparation du couple, à l’heure où l’individualisme forcené détruit les familles plus sûrement qu’au bowling la sphère lancée en toute insouciance propulse les quilles dans un trou noir. Depuis Arlington Park, l’Anglo-saxonne Rachel Cusk dérange fortement puisqu’elle continue de dénoncer la condition féminine, affirmant que celle-ci, en dépit de toutes les avancées indéniables de l’égalité homme-femme, demeure habitée par l’insatisfaction. Rachel Cusk décrit sans psychologie, ni théorisation sociétale d’aucune sorte, à la seule force de son regard poétique sur le quotidien, les charges sociales, économiques, relationnelles qui pèsent sur les existences féminines jusqu’à leur ôter toute part de créativité et les étouffer lentement. Bien que la vie de famille lui semble relever, par quelque bout qu’on la prenne, d’une impossibilité quasi ontologique, c’est elle pourtant qui exprime toute la détresse d’une femme se retrouvant seule avec ses filles, une fois l’homme parti… Dans les classes moyennes contemporaines, les couples se sont certainement quelque peu égarés dans le relookage des rôles masculin et féminin. Mais le monde ne se refait pas en un jour. Rachel Cusk le sait bien et ne remet pas en question une quête de liberté qui est Rachel Cusk vit à Brighton. longue, escarpée. Elle dit cependant que cette liberté a parfois un prix exorbitant, que la perte encourue peut sembler disproportionnée par rapport à un gain dont personne ne sait vraiment de quelle nature il est… Dans ce « récit » qui opère par fragments, elle ne revisite pas l’histoire commune pour tenter de dénicher le vice caché qui aurait tout fait rater. Elle décrit magnifiquement le sentiment d’abandon et de dépossession d’une femme quand sa famille vole en éclats. Comment la réalité semble s’être détraquée, comment l’irréalité gagne du terrain, comment l’intégrité psychique est menacée. L’amour ne dure pas, alors plus rien n’a le droit de durer ? En explorant le retentissement profond d’une séparation, Cusk, qui nourrit sa réflexion de mythes (comme celui d’Œdipe) et de références littéraires, n’apporte aucune réponse mais affirme avec fougue que le déni de la souffrance est la pire des choses, qu’il nous faut continuer bravement à affronter nos démons, dans la lumière aveuglante d’une lucidité qui ne va jamais de soi. M ISABELLE POTEL Degrees of separation British author Rachel Cusk describes with rare acumen the mental state of a woman emerging from a failed marriage. WHETHER we knew it or not, we were waiting for this : the book that dares to plumbthe pain of separation in an era of individualism and casual morality. Since her novel Arlington Park, Rachel Cusk has been known for her negative view of the feminine condition, asserting that it remains, despite undeniable progress, characterized by dissatisfaction. In Aftermath : On Marriage and Separation, she describes, without indulging in social or psychological theorizing, solely through the force of her poetic perspective, the social, economic and emotional burdens that weigh down women’s lives, slowly stripping them of vitality and creativity. Perceiving family life nearly as an ontological impossibility, she expresses the desolation of a woman who finds herself alone with her daughters once their father is gone. Perhaps today’s couples have lost their bearings in the recasting of male and female roles. Of course, fundamental change cannot occur overnight, and Cusk recognizes that the road to real freedom is long and steep. However, she feels that this freedom can come at an excessive cost, that the lossincurred can seem disproportionate to a gain that no one can truly quantify. In recounting her own divorce, she brilliantly captures the feeling of dispossession and abandonment of a woman whose family is breaking apart—how reality seems to become unhinged, to the point of threatening her mental equilibrium. If love cannot last, does anything have the right to endure ? In examining the repercussions of a failed marriage, Cusk offers no « solution, » but spiritedly affirms that denial and suffering are the worst of all evils, that we must confront our demons in the blinding light of a lucidity that never comes easily. M « CONTRECOUP », Rachel Cusk, éditions de l’Olivier, 180 p., 20 €. Sortie en librairie le 6 avril. PHOTOS DR – ADRIAN CLARKE 102



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 1Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 2-3Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 4-5Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 6-7Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 8-9Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 10-11Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 12-13Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 14-15Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 16-17Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 18-19Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 20-21Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 22-23Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 24-25Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 26-27Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 28-29Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 30-31Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 32-33Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 34-35Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 36-37Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 38-39Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 40-41Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 42-43Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 44-45Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 46-47Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 48-49Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 50-51Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 52-53Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 54-55Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 56-57Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 58-59Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 60-61Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 62-63Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 64-65Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 66-67Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 68-69Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 70-71Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 72-73Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 74-75Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 76-77Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 78-79Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 80-81Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 82-83Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 84-85Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 86-87Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 88-89Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 90-91Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 92-93Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 94-95Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 96-97Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 98-99Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 100-101Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 102-103Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 104-105Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 106-107Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 108-109Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 110-111Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 112-113Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 114-115Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 116-117Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 118-119Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 120-121Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 122-123Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 124-125Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 126-127Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 128-129Madame numéro 153 avr/mai 2013 Page 130