Madame n°152 fév/mar 2013
Madame n°152 fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°152 de fév/mar 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (277 x 376) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 26,8 Mo

  • Dans ce numéro : le numéro mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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104 BAGUE au doigt Le troisième roman attendu de l’Américain Jeffrey Eugenides se présente comme une éducation sentimentale… à trois ! S’EST-ON JAMAIS remis de Virgin suicides, ode tragique aux métamorphoses de l’adolescence adaptée au cinéma avec le succès que l’on sait en 1999 par Sofia Coppola ? Soit dit en passant, chez Jeffrey Eugenides, qui met en moyenne neuf ans pour écrire un roman, il y a toujours une multiplicité thématique, et le drame des sœurs Lisbon peut être également compris comme une métaphore de l’extinction progressive de Detroit, la grande ville industrielle enfoncée dans un terrible déclin, où l’écrivain a grandi. Après, il y eut Middlesex, qui racontait le parcours d’un herma phrodite, sur fond de saga d’une famille grecque chassée par les Turcs. Jeffrey Eugenides obtint pour ce roman le prix Pulitzer en 2003, année de la naissance de sa fille. A laquelle il conseillera avant tout, quand elle sera en âge d’aimer, « de surtout se tenir éloignée des écrivains » … Est-ce d’être devenu père qui l’a sensibilisé à la question du mariage, thème inépuisable de la littérature victorienne ? Pour ce troisième roman, Eugenides se démarque des destins spectaculaires de ses précédents héros pour s’attacher aux pas incertains et presque banals de Madeleine, jeune fille Wasp qui poursuit des études littéraires – ce qui permet à l’écrivain d’exprimer sa connaissance pointue des philosophes français tels que Barthes, qui l’a beaucoup influencé, ou Derrida, qu’il aime malgré « ses phrases volontairement et inutilement obscures » –, et tombe amoureuse de Leonard Bankhead, qui a choisi une voie scientifique. Dans le même temps, l’héroïne résiste aux sollicitations de Mitchell Grammaticus, autre étudiant attiré, lui, par la question de la foi. Littérature, biologie, théologie : Eugenides s’inscrit toujours dans une quête de roman total, capable de rendre compte de tous les enjeux d’une existence humaine, dans des sociétés où « le manque de spiritualité est une évidence » : « A plusieurs moments de ma vie, j’ai été très intéressé par les enseignements de Jésus Christ qui me paraissent toujours valables, même s’ils sont si difficiles à suivre… » L’idylle de Madeleine est de courte durée, car Leonard souffre de maniacodépression, se révélant un compagnon aussi fascinant qu’invivable. Pour le meilleur et pour le pire, dit-on. Jeffrey Eugenides questionne les contradictions entre nos aspirations au bonheur et nos responsabilités. L’amour, promesse de tant de délicieux accomplissements chez l’humanoïde hyperindividualisé du XXI e siècle, n’a-t-il pas, pour se sauver lui-même, désormais d’autres chats à fouetter, de nouvelles pistes à inventer ? L’écrivain, qui trouve sa singularité dans un érudit mélange entre mysticisme et hyperréalisme sur les questions sociétales, a vécu cinq ans à Berlin. L’Europe lui manque, avec « son mode de vie, son égalitarisme, son urbanisme, ses mœurs amicales et sexuelles ». A Princeton, où il enseigne depuis cinq ans, il dispose « d’une pièce sous les toits où écrire, et ne se plaint pas… » M « LE ROMAN DU MARIAGE », Jeffrey Eugenides, éditions de L’Olivier, 560 p., 24 €. ISABELLE POTEL CULTURE AUTEUR The tie that bends Jeffrey Eugenides’s much-anticipated third novel explores and expands the concept of the couple. HE MADE an indelible impression with The Virgin Suicides, his tragic ode to theupheavals of adolescence, published in 1993 and brought to the screen by Sofia Coppola in 1999. His second offering, Middlesex, recounts the saga of a Greek family through three generations, told from the point of view of a hermaphrodite. It won Jeffrey Eugenides the Pulitzer Prize in Literature in 2003, the year that his daughter was born. Today he says that he plans to advise her, when she’s older, to « stay away from writers. » Were such reflections on fatherhood the genesis of his third novel ? In The Marriage Plot, he veers away from the dramatic destinies of his previous protagonists to trace the hesitant, nearly unremarkable life path of three students : Madeleine, a literature major who falls in love with Leonard, who prefers the sciences, a relationship complicated by the attentions of Mitchell, who is more drawn to questions of faith. Literature, biology, theology… Eugenides writes novels that are « about a number of things, held together in narrative tension, » plumbing multiple aspects of human existence. Madeleine’s idyll is short-lived, as the manic-depressive Leonard turns out to be an enchanting but unendurable companion. (« In sickness and in health… ») For the author, their story is a medium for examining the contradictions between our responsibilities and aspirations to happiness. In the hyper-individualized 21st century, does love need to find new forms and outlets ? In fact, after living in Berlin for five years, one of the things that Eugenides misses about Europe is « the ease of friendship and the sexual mores. » But at Prince ton, where he now teaches, he has « a nice, peaceful attic room to write in, so I can’t complain… » M PHOTOS GASPARD TRINGALE
Je ne t’aime plus 106 CULTURE LIVRES Sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich, autour d’un homme et d’une femme qui ne parviennent pas à se quitter. S’AGIT-IL d’un roman, d’une confession, d’une revisitation du passé ? L’écriture s’apparente à un souffle qui vient de loin, qui se libère enfin. Le lecteur est sans cesse déstabilisé, ne sachant jamais à quel niveau de gravité se situe exactement le récit. A l’image certainement de la relation d’Irène et Gil, couple marié avec trois enfants vivant dans le Minnesota, dont le moteur principal semble être une terrible ambivalence qui les fait osciller entre l’amour et la haine, selon un modus vivendi « ni avec toi ni sans toi » épuisant. Chaque mariage a ses rouages spécifiques et ses secrets. Irène et Gil forment un couple d’autant plus fusionnel qu’il est peintre, qu’elle est son modèle favori, et que les nus d’Irène ont assuré son succès. Mais la question si délicate de l’image de soi, surtout lorsqu’on a des racines indiennes et derrière soi le lourd passé d’un peuple dépossédé de lui-même, les rattrape : Irène se sent volée à elle-même. Quand elle découvre que Gil de surcroît lit en cachette son journal intime, elle transforme celui-ci en arme psychologique pour manipuler son mari tant et plus. Les mots deviennent dangereux. Mais ce face-à-face destructeur entre les époux est tissé dans le quotidien d’une famille qui n’est pas si loin d’être heureuse, dans la diversité toujours renouvelée des tâches journalières, des incidents, des anecdotes, dans une complicité entre Irène et Gil qui s’évertue malgré tout à résister. C’est là, dans ce contraste entre la banalité (presque) joyeuse de chaque jour et la guerre de tranchées à laquelle se livre le couple que l’écriture sobrement lyrique de l’auteur de La Malédiction des Colombes s’emploie à merveille, saisissant toute la complexité et la magie de la vie. Louise Erdrich, qui fait partie de ce qu’on appelle la renaissance amérindienne, est issue d’une mère chippewa et d’un père germano-américain, qui travaillaient tous deux au bureau des Affaires indiennes dans le Dakota du Nord. Ses romans expriment la problématique du rapport aux origines et de l’identité, mais jamais de manière frontale : avec elle, les idées abstraites s’incarnent dans les détails concrets et la violence des rapports humains est transformée en poésie salvatrice. La romancière à l’évidence se confronte ici à des affaires familiales très personnelles et l’on ne peut s’empêcher de penser que le portrait de Gil est sans doute inspiré de son ex-mari, l’écrivain Michael Dorris, qui se suicida en 1997. Mais le cœur du roman est universel : que se passe-t-il lorsqu’on a fondé une famille, que l’un cesse d’aimer mais que l’autre est incapable de renoncer à ce grand amour qui n’est plus ? M ISABELLE POTEL « LE JEU DES OMBRES », Louise Erdrich, éditions Albin Michel, 272 p., 19 €. The unthinkable end From Louise Erdrich, a highly personal story of love as a lost cause. IS THIS A NOVEL, a confession, a revisiting of the past ? The story line of Shadow Tag wafts forth like a longrestrained sigh of relief, tinged with a gravity that leaves the reader feeling unsettled—like the marriage of Irene and Gil, a couple with three children whose primary bond seems to be an ineluctable ambivalence that keeps them wavering between love and its opposite, trapped in the familiar dilemma of « I can’t live with you and can’t live without you. » Gil is a painter and Irene is his favorite model—and his nudes of her have made him a success. But eventually the problem of self-image catchesup with them : Irene feels that her life has been usurped. And when she discovers that Gil is secretly reading her diary, she begins to use it as a weapon of manipulation. In Louise Erdrich’s finely-crafted narrative, this spiral of destruction is interwoven with a portrait of a family that is not far from happy. Her sedately lyrical prose lends itself marvelously to depicting the contrast between the (almost) joyful banality of daily life and the ongoing psychological warfare between the two protagonists. A major figure in the Native American Renaissance, Erdrich grewup in North Dakota, the daughter of a Chippewa mother and a German-American father. Her novels address the problem of roots and identity, but never head-on. Abstract concepts are embedded in concrete details, and the brutality of human relations is transformedinto a redemptive poetry. In Shadow Tag, one cannot help but think that the character of Gil was inspired by the author’s ex-husband Michael Dorris, a writer who committed suicide in 1997. But the crux of the novel is universal : what happens when two people found a family and then fall out of love—especially if one of them cannot admit that it’s over ? M PHOTO DR



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