Madame n°151 déc 12/jan 2013
Madame n°151 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°151 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (277 x 376) mm

  • Nombre de pages : 140

  • Taille du fichier PDF : 39,1 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial luxe.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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COMME UNE VARIATION sur le thème de La Jeune Fille et la mort. Enfant, elle prenait soin des cadavres d’oiseaux et d’écureuils qu’elle trouvait dans le jardin familial à Washington. Une anthropologue la fascine un jour à la télé en retraçant la vie d’une personne à partir de ses ossements. Il y a aussi les récits des corps statufiés de Pompéi, puis, lors d’une fouille pendant ses études d’archéologie (“pour tenter d’apaiser mes questionnements sur la violence”), elle découvre avec stupeur “l’importance pour les villageois de l’exhumation de leur passé”. “Les morts sont vraiment vivants, je crois que j’aimais être impliquée dans ce pouvoir…”, dit Clea Koff, de mère tanzanienne et de père américain. Visage lisse, yeux enfantins, bouche parfaite, on dirait qu’elle a toujours 23 ans, quand le Tribunal pénal international l’envoie, en 1996, fouiller les charniers du génocide rwandais, “pour sortir de l’anonymat les victimes enfouies dans des sépultures clandestines, car les corps ont quelque chose à dire que les vivants ont besoin de savoir. Et aussi pour faire reculer la barbarie : nos enquêtes ont aidé à prouver que les massacres étaient planifiés et non des manifestations de haine spontanée.” Après d’autres missions difficiles en Croatie et au Kosovo, dont elle n’est pas complètement remise encore aujourd’hui, elle passe cinq ans en Australie puis elle crée, à Los Angeles, le Missing Persons Identification Resource Center (MPID), structure destinée à établir les profils médico-légaux de personnes portées disparues. “Il y a 40 000 corps non identifiés aux Etats-Unis depuis les années 70, mais pour la police et la justice, il n’y a pas de lien entre ces corps d’un côté et les gens disparus de l’autre.” Larmes dans les yeux, Clea Koff raconte ces familles qui ne savent pas ce qui est arrivé à l’un de leurs proches et que cette ignorance détruit inéluctablement. Elle et ses collègues ont tenu six ans avant de mettre la clef sous la porte : “C’est trop dur psychologiquement, comment assumer des promesses aux familles qu’on ne pourra pas tenir la plupart du temps ?” Pour se sentir moins coupable “d’abandonner ce job qui dévore sa vie”, Clea Koff, qui avait déjà témoigné en 2005 dans La Mémoire des os, a décidé de se lancer dans la fiction. Freezing est un polar singulier, bourré d’émotion et d’un sens accompli du détail réaliste, qui en même temps se nourrit du rêve de la jeune femme de “redonner une voix à ceux qui ont été réduits au silence”. A 40 ans, Clea Koff doit enfin s’occuper d’elle-même car elle veut des enfants (“oui, j’ai le père !”), mais elle ne cessera plus d’écrire, pour sensibiliser l’opinion à l’urgence de ne pas abandonner ces restes humains privés de nom. M ISABELLE POTEL 188 CULTURE CHERCHEUSE d’os Après un témoignage en 2005 sur son expérience d’identification des victimes au Rwanda et dans les Balkans, l’anthropologue Clea Koff revient avec un thriller singulier. Rencontre. AUTEUR Right to the bone Forensic anthropologist Clea Koff resurrects her experience in the form of a singular thriller. WITH HER smooth complexion, childlike eyes and perfectly-shaped mouth, she still looks like the 23-year-old investigator who was sent in 1996 by the International Criminal Tribunal to examine mass graves in Rwanda. “The dead have something to say that the living need to know,” declares Clea Koff. After a series of missions in the Balkans, she spent five years in Australia before moving to Los Angeles to found the Missing Persons Identification Resource Center. “There had been 40,000 unidentified bodies in the United States since the 1970s—it was time to do something.” She took up the struggle for six years but finally had to close the center. “It was too hard psychologically,” she explains. “The job was eating up my life.” Having already published a memoir, The Bone Woman, Koff decided to turn to fiction. The result is Freezing, a thriller like none other, brimming with emotion and realistic detail, and at the same time furthering Koff’s quest to “give a voice to those who have been silenced.” Today, at age 40, Clea Koff is thinking more of herself, planning to have children (“Yes, I already have the father!”) and continuing to write, seeking to raise awareness for what has become the driving principle in her life: never giving up on the anonymous dead. M “FREEZING”, Clea Koff, éditions Héloïse d’Ormesson, 432 pages, 22 €. Traduit de l’anglais par Pascale Haas. PHOTO DAVID IGNASZEWSKI - KOBOY
CULTURELIVRES ON EST PRESQUE EFFRAYÉ par leur maîtrise précoce de la langue. Ils n’ont pas encore 18 ans et Les lauréats du prix Clara 2012. se faufilent en littérature comme des poissons dans l’eau. Parfois, au détour de certaines phrases, le syndrôme Minou Drouet les menace, c’est-à-dire un mimétisme trop grand avec le monde adulte qui les mène au bord du maniérisme. Mais la plupart du temps, le risque de la minauderie est éclipsé par des restes suffisants d’enfance, de rêve et d’amour candide pour les mots, qui maintiennent leurs récits dans une étrangeté insituable. Chaque nouvelle est précédée d’une présentation de l’auteur par lui-même, qui rend compte du désir fou de ces ados d’exprimer l’intensité de la vie pendant ce privilège de la jeunesse. Ces textes ont le mérite de rappeler cela, ce flux désordonné de sensations, cette richesse de perception, cette disponibilité à une forme de mysticisme qui se perd ensuite. Et après, de Capucine Dao, installe d’entrée un suspens très efficace : quel peut bien être cet endroit si étroit où deux êtres sont tenus dans l’ignorance de ce qu’ils sont, devinant juste intuitivement que quelque chose d’énorme va advenir… premières fois. ce recueil émouvant qui a le charme des Points de vue, d’Anne-Élise Guilbert-Tétart, explore Le prix Clara atteint ainsi sa pleine maturité, six ans après sa création pour honorer la passion pour l’archéologie et donne la parole à des chevaux de terre cuite… Le Monde est couleur, la mémoire de Clara, qui aimait lire et d’Alexandre Imbert, suggère un état de contrôle écrire, et qui mourut brutalement des social qui a transformé les humains en robots sans suites d’une malformation cardiaque à l’âge souffrance, et tout repeint en gris… Mon Alban, de de 13 ans. Le prix, décerné chaque automne, Sarah Léon, parle avec une maturité surprenante s’adresse à tous les ados qui, comme elle, de l’ancienne RDA. Les Playmobil ne jouent pas à aiment vivre dans le monde chatoyant de cache-cache, de Fanny Perdereau, raconte la lente la fiction. Présidé par Erik Orsenna, le jury résurrection d’une jeune fille en deuil de son frère se compose de dix personnalités du monde jumeau, tandis qu’une petite fille trop mélancolique se laisse piéger par la beauté des choses dans sont versés à l’Association pour la recherche des lettres. Les bénéfices de la vente du livre Vertige, de Clara Prieur. Esquisse pour un chaos d’encre en cardiologie de l’hôpital Necker-Enfants et de sang, de Pauline Rolland, et Dans ma cité pleine malades (ARCFA). Quand les mots vont de bonhommie d’Enya Van Den Abeele, clôturent droit au cœur. M ISABELLE POTEL 190 Jeunes PLUMES – Prose prodigies Depuis six ans, le prix Clara couronne les lauréats d’un concours de nouvelles ouvert aux ados. Charme des premières fois. The Clara Prize honors eight superb short stories by teenage authors. THEIR PRECOCIOUS mastery of the language is nearly frightening. Although not yet 18 years old, they seem right at home in the world of literature. The occa sional sentence veers toward self-conscious mimicry of the adult world, but the risk of mannerism is eclipsed by a proximity to the dreams of childhood and an ingenuous love of words. From Et Après by Capucine Dao, perm eated with the suspense of unknowing, intuitive dread, to Mon Alban by Sarah Léon, which speaks with impressive maturity of the former East Germany, each story in this year’s Prix Clara collection (in French) is a moving evocation of the intense sensations and perceptions through which the young can attain to a form of mysticism that drifts out of reach with the passing of time. Now in its sixth year, the Clara Prize is named after a young girl who loved to read and write, and who died suddenly of a heart defect at age 13. Proceeds from sales of the book are donated to ARCFA, the cardiology research unit of Necker Children’s Hospital in Paris. Words from the heart, to the heart… M “NOUVELLES D’ADOS ”, prix Clara, éditions Héloïse d’Ormesson, 224 pages, 15 €. www.arcfa.fr PHOTOS GÉRARD CAMBON



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