Madame n°147 avr/mai 2012
Madame n°147 avr/mai 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°147 de avr/mai 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (277 x 376) mm

  • Nombre de pages : 126

  • Taille du fichier PDF : 24,6 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial printemps.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CULTURE ART cULTURR T C’ÉTAIT il y a dix ans déjà. A l’hiver 2002, les critiques Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans ouvrait un espace d’art d’un nouveau genre dans la capitale. Très vite, le Palais de Tokyo – du nom de l’édifice qui l’abrite – devient autant un lieu de rencontre que de référence pour les jeunes artistes et le public. Au duo succèdent le curateur suisse Marc-Olivier Wahler puis, aujourd’hui, le Français Jean de Loisy. Ce commissaire d’expositions majeures, comme Traces du sacré (2008) ou le Monumenta d’Anish Kapoor, ne s’attendait pas forcément à se retrouver à la tête d’une telle institution. « Mais il y a une vraie magie dans cet endroit, et puis une ambition quasi inédite », déclare-t-il. En effet, jusqu’alors établi sur un seul niveau du bâtiment, le Palais de Tokyo se déploie désormais dans l’ensemble de la structure, sur quelque 22 000 m². « Pour donner un ordre d’idée, c’est l’équivalent de quatre niveaux du Centre Pompidou, à la différence près que nous ne gérons pas de collection permanente. » Une donne qui permet à la mission de ne pas s’enfermer dans des questions trop historicistes, mais plutôt de mettre en perspective, assez librement, plusieurs générations d’artistes issus de cultures très diverses. C’est dans cet état d’esprit que la structure accueille pour son exposition inaugurale la toute nouvelle Triennale de Paris. L’événement a été confié au curateur d’origine nigériane Okwui Enwezor, épaulé par quatre jeunes critiques auxquels on a recommandé de ne laisser personne pour compte. M OLIVIER RENEAU 144 PALAIS de TOKYO 2.0 Le centre d’art parisien vient de souffler ses 10 bougies en même temps qu’il rouvre ses portes après une cession de travaux qui triple sa capacité d’exposition. – Ten years after its founding, a unique Paris venue is reopening with more space and a broader esthetic scope. WHEN IT OPENED in 2002, the Palais de Tokyo retained the original name of the building but offered a new kind of art venue in Paris, a meeting place and a reference for young artists. Now it has undergone another transformation, expanding from one level to fill the entire structure, with a total space of 22,000 sq.m. (237,000 sq.ft.). « It’s like having four levels of the Pompidou Center, » director Jean de Loisy explains, « except that we don’t manage the collection. » Its operational approach allows the mega-gallery to avoid becoming overly focused on historicism and offer free-ranging perspectives on multiple generations of artists from different cultural backgrounds. This is the spirit behind the « inaugural » exhibition, the first edition of the newly-founded Paris Triennial. Supervised by the Nigerian-born curator Okwui Enwezor, with the help of four young critics, it seeks to give expression to a maximum of technical and artistic viewpoints. M TRIENNALE DE PARIS, jusqu’au 26 août, Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris XVIe. www.palaisdetokyo.com PHOTO PATRICK TOURNEBŒUF/TENDANCE FLOUE/OPPIC
CULTURE -.-41ariffh fl 9 AUTEUR 146 AI 11" V Je me suis demandé si être un lecteur acharné est vraiment une chance. Lire, c’est aussi comprendre que le monde est tellement imparfait. LES FANTÔMES d’Alice L’Allemande Judith Hermannexplore avec finesse l’irruption de la mort d’un proche dans la vie qui continue. Rencontre. L’ESPRIT se débat comme un oiseau en cage devant cette impossibilité d’appréhender le phénomène. Impensable. Quelqu’un était là, qui, soudain, n’est plus là. Le chagrin, la solitude, le sentiment d’une perte irréparable, tout cela viendra plus tard. Pour l’instant, c’est juste ça : une stupeur, une incompétence de la pensée. « J’avais la première histoire, cet homme, Micha, qui est en train de mourir à l’hôpital, et puis des variations sont survenues, comme une sonate, la même expérience de la mort d’un homme à différents âges de la vie d’une femme. La vie pendant la mort. Oui, il y a l’écho d’un suicide dans mon histoire familiale. Peut-être une fascination pour ce qui n’a pas été… » Ainsi cinq chapitres portant le nom d’un compagnon ou ami, et la même héroïne, Alice, confrontée à la disparition d’un proche. Ainsi une écriture qui trouve dans les détails les plus banals sa puissance d’évocation et de suspens. Grand front lumineux, yeux clairs sous l’arabesque déterminée des sourcils, nez aquilin, cheveux relevés en lourd chignon, bouche majestueuse. La romancière Judith Hermanna la beauté souveraine d’une déesse ou d’une vestale. Quelque chose d’antique. Mais rien d’un quelconque esprit de sérieux quand elle s’exprime. Au contraire, une simplicité, une malice. Le livre est à son image : une obstination solennelle à traquer le mot, le sentiment juste, pour tenter de réduire la part d’indicible, assortie de l’acceptation légère que c’est de toute façon impossible. Quelque chose dans la présence au livre d’Alice s’apparente au ravissement de la Lol V. Stein de Marguerite Duras, une manière de se consumer dans l’insaisissable. « Pour se rattraper, nous n’avons que le miracle de l’incarnation et la matérialité des faits. J’aime confronter le temps de la mort et celui du quotidien », dit-elle. Les choses, dans leur inutilité profonde, dans leur nécessité absolue. Cette admiratrice d’Alice Munro est née d’une « mère employée et d’un père philosophe au foyer, qui n’était pas facile comme père ». Elle-même a fait des études de philo, puis du piano, puis fut journaliste à la radio, puis l’écriture. « Mais est-ce vraiment ma vie ? Je ne me sens pas écrivain… » Elle vit à Berlin depuis toujours, Ouest d’abord, puis Est. « Vingt ans déjà depuis la chute du mur. Les cinq premières années, c’était passionnant ; maintenant Check Point Charlie c’est Disneyland. Mais cette ville si laide garde un fort pouvoir de séduction. » Elle a un fils de 11 ans qui est en train de devenir un lecteur acharné : « Je me suis demandé si c’était vraiment une chance. Lire, c’est aussi comprendre que le monde est tellement imparfait. » Mais c’est aussi, comme dans ce roman, accéder à un temps suspendu, à une étrangeté dont la beauté console. M ISABELLE POTEL One woman’s ghosts German author Judith Hermannexplores the impact of death within the continuity of life. AT FIRST it’s quite simply unthinkable : someone who was there suddenly no longer exists. The sadness, the feeling of irreparable loss—all that comes later. For the moment, the mind reels, unable to think. « I had the first story, a man namedMicha who is dying in a hospital, » Judith Hermannrecounts, « and then came the variations, like a sonata, of the same theme : the experience of a man’s death at different points in a woman’s life. » In five chapters, each namedafter the man in question, the heroine of Hermann’s novel Alice (available in German and French) confronts the death of a loved one, narrated in a style that derives its power of evocation and suspense from seemingly mundane details. « To regain our footing, we have only the miracle of incarnation and the materiality of facts, » Hermannsays. « I like to juxtapose the time for death and the time for everyday life. » This native Berliner and admirer of Alice Munro studied philosophy, followed by the piano. She worked as a radio journalist before she started writing, and now wonders, « Is this really my life ? I don’t feel like a writer. » Now she has an 11-year old son who is becoming an assiduous reader : « I wondered if it was really a good thing. To read means to understand that the world is an imperfect place. » But it also means, as in her novel, to access a world beyond time, whose strangenessis assuaged by its beauty. M « ALICE », Judith Hermann, éditions Albin Michel, 192 pages, 18 €. a PHOTOS DR – ULF ANDERSEN – STÉPHANE GARRIGUES



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