Madame n°146 fév/mar 2012
Madame n°146 fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°146 de fév/mar 2012

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Air France

  • Format : (277 x 376) mm

  • Nombre de pages : 118

  • Taille du fichier PDF : 19 Mo

  • Dans ce numéro : numéro spécial mode.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CULTURE 7-4'›fiart ri fl 9 AUTEUR 142 Je ne croyais pas qu’on pouvait être l’ennemi d’un pays tout entier. J’étais curieuse de ce pays fermé qu’était l’URSS. ODYSSÉE à Odessa D’un séjour dans les années 90 en Ukraine, la romancière américaine, qui vit à Paris, tire un premier roman chaleureux sur la vie post-URSS, le commerce des femmes de l’Est, le rêve américain. ELLE A L’AIR si jeune, si discrète, si sage, Janet Skeslien Charles. Elle a pourtant roulé sa bosse avant de se retrouver aujourd’hui à Paris, publiant un premier roman qui raconte les tentatives de jeunes Ukrainiennes pour se trouver un mari en Amérique. La romancière est avant tout une voyageuse, amoureuse des gens et des mots d’ailleurs. Alors qu’elle grandissait dans la ferme de ses parents dans le Montana, elle décida d’apprendre le russe : « Je ne croyais pas qu’on pouvait être l’ennemi d’un pays tout entier. J’étais curieuse de ce pays fermé qu’était l’URSS, ce n’est pas normal d’ériger de telles barrières. » Une fois grande et diplômée, elle atterrit à Odessa, « près de la mer », et découvre l’humour incroyable des habitants de cette ville, d’une culture sophistiquée en dépit de la pauvreté et des ravages de la dictature soviétique. Pour le compte d’une agence matrimoniale, une de ses collègues, dans le lycée où elle enseigne l’anglais, traduit des lettres de femmes russes. La jeune Américaine est frappée par cette quête d’un riche mari américain, renforcée par Internet et les sites de rencontres. Elle se souvient d’ailleurs que le projet matrimonial par correspondance avait, en son temps, « largement participé au peuplement du Montana ». Plus tard, elle rentre enseigner dans le Montana, puis, le besoin de bouger la reprenant, elle choisit Paris comme nouvelle escale. Elle rencontre son futur compagnon dès son arrivée à Charles-de-Gaulle, puis se met à écrire. Il en ressort un roman débordant de chaleur humaine, peuplé de femmes dans tous leurs états et d’hommes à facettes, avec une narration à la fois très réaliste sur la bagarre quotidienne des habitants d’Odessa et d’une tendre ironie sur la survie sentimentale d’une poignée de personnages féminins. De Daria, jeune diplômée harcelée sexuellement au boulot (une compagnie de fret israélienne) par son patron, mâle exécrable non dénué pourtant de charme, à sa grand-mère Boba, en passant par Olga la jalouse et Jane la confidente… Galerie de portraits déployée tambour battant. « J’aime qu’il se passe des choses », dit cette écrivaine qui privilégie l’intrigue, ce qui n’empêche pas les fulgurances poétiques. A propos de l’oppression policière dans l’ex-URSS : « ‘Chhht. Mêmes les bouleaux nous regardent. (…)’Nous posions les mains sur les arbres à peau d’albâtre et comptions leurs yeux d’ébène tournés dans toutes les directions » … Grâce à sa virée ukrainienne, Janet Skeslien Charles a appris que « les âmes sont plus fortes que le despotisme ». M ISABELLE POTEL Outward mobility A young expatriate’s ardent, insightful first novel about the American dream in post-Soviet Ukraine. JANET SKESLIEN CHARLES is a born traveler, with an innate fascination for people and stories from faraway lands. While growingup in Montana, she decided to learnRussian. « I didn’t believethat we could be enemies with an entire country, » she says. « I wanted to know more about the USSR, and meet the people who lived there. » Some years later she accepted a job teaching English in Odessa, Ukraine, where one of her fellow instructors also worked translating letters from young local women who dreamedof finding a rich American husband. Charles was surprised to discover this thriving matrimonial trade, but recalled that « mail-order brides » had once helped populate her home state. Charles’s next move was to Paris, where she began writing Moonlight in Odessa, a warm, lively novel depicting the life struggles she had observed in Ukraine, with a cast of endearing female characters : Daria, a young woman with an advanced degree and an abusive boss, her grandmother Boba, who has seen the hard side of life, Olga, the jealous one, Jane, the American confidante… Charles focuses on advancing her plot (« I like it when lots of things happen ») interspersed with bursts of rhapsodic prose. And in the process assuring us that the human soul is stronger than despotism. M « LES FIANCÉES D’ODESSA », Janet Skeslien Charles, éd. Liana Lévi, 414 pages, 22,50 €. Janet Skeslien Charles PHOTOS DR – JONATHAN RING – STÉPHANE GARRIGUES
UN RÊVE de cabane 144 LIVRES CULTURE C UlÉvTRUEsR E L’écrivain américain David Vannrevient avec un second roman sur la dérive d’un couple sur fond de nature déchaînée. Haletant. DANS Sukkwan Island, en 2010, le jeune écrivain californien né en Alaska David Vann, salué comme la relève du grand roman américain, décrivait la relation entre un père et son fils qui tournait au cauchemar. Avec Désolations, variation aussi belle et aussi désespérée, il nous entraîne dans les tourments d’un couple maudit. Et chaque fois, omniprésente : la nature sauvage du Grand Nord. Scène introductive d’anthologie : Gary et Irene, à la retraite depuis peu, chargent des rondins de bois sur un bateau alors que la tempête menace. Irene voudrait remettre ça à plus tard mais Gary, non. Il a décidé de commencer séance tenante la construction de la cabane de ses rêves sur un îlot perdu, le long des rives d’un lac glaciaire dans la péninsule de Kenai, en Alaska. Le vent, la pluie, les vagues se déchaînent mais Gary ne renonce pas et Irene, bien que prenant la mesure de sa dépendance, est incapable de le planter là. Leurs efforts, la dégradation de la météo, les corps qui s’épuisent, la haine entre eux, et l’amour qui ressurgit inlassablement. A la suite de cette journée extrême, Irene est terrassée par des névralgies qui ne vont plus lui laisser aucun répit. Leur fille Rhoda s’inquiète, mais elle a fort à faire avec un compagnon qui tarde à demander sa main. Et pour cause : il s’envoie en l’air dans son dos avec une touriste californienne venue approfondir son mal de vivre en Alaska. Pour construire la fameuse cabane, Gary et Irene souffrante plantent leur tente sur l’îlot désert. De quelle nature est la fusion conjugale pour qu’il puisse y avoir entre deux personnes un aussi fort besoin mutuel et une telle propension à se punir sans cesse ? Gary et Irene ne forment pas un couple pathologique ; tout couple l’est, affirme David Vann. Certes, la mère d’Irene s’est pendue, et ça pèse lourd. Mais c’est plutôt sur notre difficulté à habiter la vie et le monde que l’écrivain se penche. Comme si une inadéquation fondamentale orchestrait notre relation aux choses, conduisant chacun à l’insatisfaction et au malheur. Les hommes se révèlent des égocentriques sans bornes. Quand on sait que David Vannse construit un catamaran pour faire le tour du monde en solitaire, on comprend que le rêve d’un ailleurs qui obsède Gary n’est pas une coquetterie de romancier. Et les femmes, toujours dans l’attente, prenant en charge la préservation du lien amoureux mais en vain, et capables dès lors d’une rancœur dévastatrice. Pour David Vann, dont le père s’est suicidé quand il était ado, la famille est une machine à broyer les êtres. Mais le motif principal du roman est plus encore à chercher dans la disproportion stupéfiante qui existe entre les forces sauvages de la nature et les minuscules tourments humains. M ISABELLE POTEL Cabin fever Novelist David Vannportrays a couple torn apart by ineluctable inner and outer natural forces. IN HIS 2010 novel Legend of a Suicide, the young Californian author David Vanndescribes a father-son relationship that veers into a nightmare. In his second novel, Caribou Island, he recounts the torment of an ill-fated couple in confrontation with each other, and the unforgiving natural environment of the Far North. After retirement, Gary sets out to build a cabin on a remote Alaskan island. A stormthreatens as he and his wife Irene are loading logs onto their boat. Irene wants to postpone the trip, but Gary is eager to get started. Their exertions, exhaustion and the relentlessly hostile weather bring the bad blood between them to the surface, but ultimately their love as well. Afterwards, Irene is incapacitated by attacks of neuralgia. Their daughter Rhoda is worried, but already has her hands full with a boyfriend who keeps delaying their engagement—as it turns out because he is having an affair. What is the nature of the conjugal bond that it can produce such a strong mutual need, accompanied by such a propensity for mutual punishment ? According to Vann, Gary and Irene are a pathological couple—exactly like every other couple on earth. It is as though a fundamental incompatibility dictates our relations, leading us all toward dissatisfaction and unhappiness. Are we all so hopelessly egocentric ? Given that Vannhimself is building a catamaran in which he plans to sail solo around the world, we can understand that his character’s obsession with creating a far-off paradise is not just a fictional device. For Vann, whose own father killed himself when the author was a teenager, the family is a soul-destroying juggernaut. But the primary message of his novel must be found in the vast disparity between the unstoppable forces of the natural world and the infinitesimal torments of its human inhabitants. M « DÉSOLATIONS », David Vann, Gallmeister, 298 pages, 23 €. PHOTOS DR – STÉPHANE GARRIGUES



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