Lui n°208 mai 1981
Lui n°208 mai 1981
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°208 de mai 1981

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 190 Mo

  • Dans ce numéro : Véronique Genest, l'héroïne de Zola révélée par la télé.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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LES SONNÉS DU PETIT MATIN Vous vous ébattez joyeusement sur la banquette arrière d'une 928 S, en compagnie de Bo Derek. Et vou's faites des efforts désespérés pour ne pas vous réveiller... tarifs ; carambolage monstre sur l'autoroute, on dénombre une dizaine de morts, à titre provisoire, qui viennent s'ajouter aux victimes d'un trottoir piégé la veille pour raisons idéologiques ; encore un drame de l'autodéfense, plus une agression crapuleuse, plus un crime passionnel, plus une bavure de l'antigang, et un soupçon d'intoxication alimentaire dans une cantine scolaire ; on reviendra, lors du flash ultérieur, sur la tension est-ouest et les problèmes nord-sud, qu'on ne peut pas traiter en cinq minutes ; les favoris du tiercé sont forfait et le météorologiste de la station s'excuse de ne pouvoir annoncer qu'un temps exceptionnellement pourri pour la saison. Musique ! « De la part de Marcel pour sa petite Mauricette à Bourges, de la part de tata Germaine pour les douze ans de son petit Paulo au Creusot, voici "On est foutus, on mange trop", par Alain Souchon ! » Si vous vous demandez à quoi on fait allusion, c'est sûrement que vous faites partie des ploucs qui se fient encore au coq gaulois pour se tirer du lit ou des demeurés qui n'ont pas jeté le réveilmatin dans le vide-ordures pour faire l'emplette d'un radio-réveil... Les autres, qui vivent avec leur époque, auront tout de suite reconnu le timbre des matines, tel qu'on l'entend depuis quelques années sous nos climats. D'aucuns taxeront même ce petit inventaire de minimalisme. Certes, on aurait pu mieux choisir, rassembler le pire pour en faire un concentré saisissant, au lieu de s'en tenir à un quotidien anonyme. On aurait pu, usant de la licence littéraire, faire un joli cocktail avec les comptes rendus des entretiens de Bichat, le génocide afghan, les dernières fantaisies de Kadhafi, les fuites dans les centrales nucléaires, les gueuletons de Bokassa, les ordinateurs fous et les suicides par le feu... Chacun complètera éventuellement la liste en fonction de sa sensibilité personnelle. Notre propos n'est pas d'en rajouter, mais plutôt de s'étonner 126 qu'en une époque, si propice aux sourcilleux, ni les justiciers de la consommation, ni les défenseurs des droits de l'homme, ni le corps médical n'aient encore osé dénoncer publiquement les risques encourus par les utilisateurs chroniques de radioréveils. Restons concrets. Fidèle lecteur de Lui, vous vous ébattez joyeusement, aux accents tonitruants et quadriphoniques de la charge des walkyries, sur la banquette arrière d'une 928 S, en compagnie de Bo Derek... Evidemment, caser ladite à l'arrière d'un coupé sport, même en travers, c'est bien un peu suspect et vous faites des efforts désespérés pour ne pas vous réveiller prématurément comme il arrive toujours dans ces cas-là... Hélas, sur la table de nuit, l'immonde pendulette-radio égrène vos dernières secondes de nirvana à visage humain en chiffres digitaux  : 57, 58, 59, 00 ! Pas même le temps de prendre rendezvous pour la nuit prochaine, l'univers d'après la pomme vous saute à la gueule... D'accord, tout le monde ne peut pas être homme de lettres, roupiller jusqu'au coup de barre de onze heures, le temps de mettre une pâtée à Borg en trois sets, de prendre un tour à Jones à Monaco, de refuser le Goncourt et d'ajouter quelques positions au kamasutra. N'empêche que ce n'est pas une raison pour se réveiller comme un cochon... Si on n'en a pas parlé à Bichat, c'est surtout qu'on ne sait pas comment le dire, de crainte que la nouvelle ne vous soit distillée aux aurores justement, et personne, dans les milieux autorisés, n'osera prendre le risque criminel d'arracher le dormeur ordinaire à ses rêves pour lui assurer, avec une gravité médicale, que ce mode de réveil est tout ce qu'on a inventé de plus périlleux pour la santé mentale. De même, si les associations de consommateurs restent muettes sur le sujet, c'est que les fabricants de radio-réveils auraient beau jeu de répondre, à la première esquisse d'escarmouche, ce qu'on répond toujours dans ces cas-là  : « Tout dépend de l'usage que l'usager en fait »... Et de démontrer, dans la foulée, que le radio-réveil n'existe pas, qu'il n'y a que des transistors à déclenchement programmable dont le mode d'emploi a été détourné par les masses laborieuses. Comme, d'autre part, l'objet est trop banal pour relever du soupçon, ses victimes ne se doutent de rien. Le contemporain est ainsi fait qu'il se méfie de l'ordinateur, qu'il n'aborde la cocotte-minute qu'avec circonspection, mais qu'il s'endort paisiblement sous la menace d'un radioréveil ! Pis encore, l'objet est perçu, par le grand public, comme un élément de confort, un progrès décisif par rapport à la sonnerie gueularde du réveil-matin, convaincue d'avoir stressé des générations de lève-tôt. Il n'est pourtant pas besoin de recourir aux tracés encéphalographiques et aux dosages hormonaux pour constater que l'objet détermine au contraire une considérable dégradation des conditions de passage à la veille. Rien de commun, en effet, entre le coup de poing vengeur qui clouait la sonnerie ferraillante sur son ressort et l'état d'accablement du premier informé. A la révolte bourrue de l'un succède la demande angoissée de précisions rassurantes, de l'autre ; l'oeil à peine entrouvert, le radio-réveillé tend l'autre joue, le temps de rouler une perle à un écho de rêve écroulé. Quand on songe que nos ancêtres s'offraient régulièrement la satisfaction de bouffer le réveil-matin prévu par l'Eternel dans son infinie sagesse, on mesure le chemin parcouru... Sans vouloir alarmer les populations, on se doit quand même de rappeler que le passage du solipsisme onirique au moi social constitue le temps le plus faible du sujet, un moment de vacance rationnelle et de désarroi moteur, tout à fait assimilable à un état de choc. Durant cette délicate réincarnation quotidienne, l'homme se retrouve dans une situation voisine de celle d'un crustacé en pleine mue, totalement perméable aux premières im- (Suite page 136.)
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