Lui n°207 avril 1981
Lui n°207 avril 1981
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°207 de avril 1981

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 162

  • Taille du fichier PDF : 151 Mo

  • Dans ce numéro : Pamela, Ariane et... Prudence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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SAUMON ET FINES MOUCHES Même si vous êtes prêt à payer cinq mille dollars une semaine de pêche, il vous faudra plusieurs années avant d'accéder... à la liste d'attente ! de service que les agences spécialisées vous promettent. Au moins reviendrez-vous bronzé ! Pour le même prix, environ mille à deux mille francs par jour, pour les très bonnes rivières d'Ecosse, de Norvège ou d'Islande, vous pourrez sous les tropiques vous offrir les services d'un capitaine de Bertram et ses deux matelots, et au bout de votre ligne des poissons dont le poids et la vaillance laissent Salmo salar loin derrière. Alors pourquoi cet engouement, cette passion, ce véritable culte que lui vouent des centaines de pêcheurs de par le monde ? Son poids dépasse rarement les dix kilos, une fois ferré il se défend moins bien qu'une carpe de Loire, et surtout, il a la particularité, ne se nourrissant pas dans les rivières, d'être très difficile à faire mordre. Car même sur un des meilleurs parcours de la Spey, il faudra vous estimer très satisfait, sinon chanceux, si vous réalisez une moyenne d'un saumon par jour de pêche, satisfait si vous en prenez un tous les deux jours et assez satisfait si comme lord K... vous prenez un seul poisson dans la semaine. Si vous ne prenez rien, il vous restera la satisfaction de savoir que beaucoup d'autres pêcheurs auraient voulu être à votre place cette semaine-là. En effet, même si vous êtes prêt à payer cinq mille dollars une semaine de pêche sur l'Alta, en Norvège, il vous faudra attendre plusieurs années avant de pouvoir accéder non pas à la rivière, mais à... la liste d'attente ! Déjà à la fin du siècle dernier, on racontait dans les salons de Boston qu'il était beaucoup plus facile de se faire élire au Congrès que d'obtenir les droits de pêche sur une bonne rivière à saumon du Québec. A l'époque le voyage depuis New York prenait à lui seul une semaine, les « maringouins » et les mouches noires ne laissaient aucun répit en juillet-août aux aventureux sportsmen et, déjà, seuls les chevaliers d'industrie de la Nouvelle Angleterre ou les banquiers de Manhattan pouvaient s'offrir ce luxe. Pourquoi ? 50 Tradition, tout est là ! Poisson royal au Moyen Age (en France, une ordonnance royale du mois d'août 1681 précise que sa pêche ne pouvait être autorisée qu'avec l'accord et moyennant une redevance à la Couronne) le saumon est resté le seul poisson dont la pêche soit digne des rois et des grands de ce monde. Le prince Charles et le roi de Norvège, l'ancien président Eisenhower et le général Franco, le duc de Roxburgh et nombreux de ses pairs, Charlie Chaplin et Bing Crosby y consacrent ou y ont consacré la plus grande partie de leurs loisirs. Chez nous, le président Auriol et Mistinguett étaient des fervents de sa pêche. Dans les années trente, il était très chic d'arriver en Delahaye à la Bajasse, le fameux barrage de Brioude sur l'Allier, et de lancer son « tackle » au coude à coude avec le charcutier et les paysans brivadois. Car il y avait aussi des saumons dans notre douce France. Avant la guerre nul n'était besoin d'aller à grand renfort de devises pêcher en Islande, Ecosse ou Norvège. Les rivières de Bretagne et de l'Avranchin, l'Allier et les gaves voyaient remonter de telles quantités de saumons qu'on y venait pêcher de fort loin. Dans la région de Brioude ou d'Issoire, tous les hôtels des bords de l'Allier entre Pâques et Pentecôte affichaient complets. Les clients venaient de Paris, mais aussi Lyon, Marseille, Bruxelles... Et pourtant déjà ces rivières étaient sur leur déclin, les Anglais les avaient délaissées. Car chez nous, comme dans la plupart des pays à saumons atlantiques, c'était la présence des sportsmen britanniques qui témoignait de la qualité d'une rivière. A la fin du siècle dernier, les très distingués membres du Cercle anglais de Pau avaient bien failli « acheter le gave »... On en parle encore aujourd'hui en Béarnen ajoutant bien sûr  : « Les hils de pute... » et en accompagnant la phrase d'une grande claque sur le béret. En fait, un groupe de pêcheurs anglais avait racheté en adjudications publiques les droits de pêche commerciaux sur le gave de Pau et le gave d'Oloron, se réservant le loisir de pêcher sportivement, à la mouche comme il se doit, les saumons que les filets et autres baros qui désormais leur appartenaient, prélevaient autrefois pour le compte d'une dizaine d'adjudicataires béarnais. Jamais la pêche sur le haut cours des gaves ne fut aussi bonne  : c'est par centaines que les saumons sautaient dans les « pools » de Peyrehorade à Lourdes sur le gave de Pau, et de Sauveterre de Béarnà Oloron, sur le gave du même nom. Hélas, très vite la bonne nouvelle se répandit et dès l'année suivante, nos Anglais virent débarquer les premiers « ferrailleurs », pêcheurs locaux à la cuiller ou au devon. Ils avaient confondu les gaves avec la Tweed ou la Spey, et les pêcheurs béarnais avec les manants des Highlands. Nous étions en France et en République, et les tribunaux d'Oloron puis de Pau se chargèrent de le leur rappeler. Les Anglais retournèrent pêcher sous les cieux moins cléments de leur lointaine Ecosse et les saumons disparurent complètement du gave de Pau dans les dix années qui suivirent. En Angleterre, c'est sous le règne de Victoria, du temps de la splendeur de l'Empire, que la pêche du saumon à la mouche et surtout la fabrication des mouches elles-mêmes connut son apogée. La main-d'oeuvre ne coûtait pas cher et les matériaux des plumes de toutes les couleurs d'oiseaux exotiques étaient ramenés des Indes ou des colonies africaines dans les malles des officiers de sa très gracieuse Majesté. En 1895, Kelson publia son volumineux et magnifique traité de fabrication des mouches à saumon qui ne décrit pas moins de trois cent soixante et onze modèles « fully dressed ». Cet auteur vécut d'ailleurs jusqu'à la fin de ses jours avec le secret espoir de créer à partir de savants arrangements et mélanges de plumes, tinsel et fils colorés la « mouche exacte » à laquelle pas un saumon ne saurait résister. Une vieille légende écos- (Suite page 145.)



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