Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 156 - 157  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
156 157
MORT FINE En 1976, les drogués américains ont consommé plus de quatre tonnes d'héroïne. A huit cent cinquante mille dollars le kilo, il y avait de quoi émouvoir l'Amérique... mais plus simplement l'uniforme, ô combien martial, de la police thaïlandaise. Quant aux pensionnaires de l'hôtel, ils se trouvaient à présent dans des locaux encore moins hospitaliers  : ceux du commissariat le plus proche. Et ceux chez qui on avait découvert le moindre gramme de drogue n'étaient pas prêts d'en sortir. Ils allaient commencer là un de ces voyages au bout de l'enfer dont les Asiatiques semblent être les organisateurs les plus efficaces. Bangkok, plaque tournante de la drogue en Asie. Cette phrase, on pourrait presque la trouver dans les dépliants touristiques, tant est célèbre le rôle joué par la ville aux trois cents pagodes dans le trafic international. Cette vocation ne date pas d'aujourd'hui, et les autorités thaïlandaises supportaient, sans trop de problèmes de conscience, cette situation endémique. Elles avaient bien interdit, il y a vingt-trois ans déjà, les fumeries d'opium, mais depuis, leurs élans répressifs se bornaient à dresser des statistiques  : 2% des quarante-huit millions de Thaïlandais se droguent, et la consommation intérieure d'héroïne est évaluée à vingt-cinq kilos. Pas de quoi provoquer de scrupules chez une police pour qui l'inertie est une source de revenus. Vu d'ici, on pourrait parler de corruption, mais enfin la solde est maigre et la vie chère. Bref, le laisser-aller érigé en principe de gouvernement semblait contenter tout le monde. Jusqu'au jour où une autre statistique, publiée à des milliers de kilomètres de là, allait bouleverser les règles de ce petit jeu pas méchant auquel se livraient les gendarmes et les voleurs de Bangkok. En 1976, les drogués américains ont consommé plus de quatre tonnes d'héroïne. A huit cent cinquante mille dollars le kilo, il y avait de quoi émouvoir la bonne conscience et le sens de l'économie, qui sont, comme chacun sait, les deux mamelles de la démocratie américaine. Dès lors, les autorités thaïlandaises se firent taper sur les doigts par leurs collègues du Narcotic Bureau qui préféraient que 156 les jeunes touristes californiens rapportent quelques souvenirs douloureux des salons de massage, plutôt que de la poudre plein leurs talons de chaussures. Quand on a des ressources précaires et qu'on se trouve à portée de canon des armées vietnamiennes, on ne peut pas se permettre de faire de la peine au grand oncle d'Amérique dont les petits cadeaux entretiennent une amitié factice. Le gouvernement de Bangkok se voit donc contraint de promulguer une nouvelle loi, dite « Narcotic Act 2522 ». Cette loi, en termes secs et dissuasifs, promet à ceux qui veulent planer des atterrissages en catastrophe  : « Toute personne prise en possession d'héroïne sera passible suivant le cas, de un à dix ans de prison pour moins de vingt grammes, de la prison à perpétuité pour vingt à cent grammes, et de la même peine ou de la peine de mort pour plus de cent grammes. » Il y a là de quoi donner à réfléchir, si tant est que ceux à qui ce discours s'adresse soient en mesure de le faire. En attendant, les Occidentaux qui étaient à l'origine de cette loi impitoyable, vinrent sur place, autant pour en juger les effets que pour aider la police locale à remplir les prisons. Une quarantaine d'agents spéciaux, dont vingt-six Américains, travaillent aujourd'hui en collaboration avec le Bureau des Narcortiques de l'Onu à Bangkok. Et même si des vendeurs opèrent encore impunément dans la capitale, même si de grosses quantités d'héroïne peuvent être achetées à Chiang Mai, l'arrivée sur le front de ces professionnels étrangers a porté un coup assez sérieux aux trafiquants. Deux cent huit d'entre eux sont actuellement incarcérés. Et si, là encore, les ressortissants américains sont les plus nombreux, vingt-trois individus garantissent une peu glorieuse présence française. Cette présence est d'autant plus alarmante qu'elle est en progression constante, le consulat de France consacrant 50% de ses activités aux affaires de drogue dans lesquelles sont impliqués chaque année une quarantaine de Français. Pour certains, la note s'avérera très salée, comme cette jeune femme arrêtée avec trois cents grammes d'héroïne pure, et condamnée à vingt-cinq ans de prison. La réputation de la Thaïlande est telle que des jeunes (mais aussi des moins jeunes, il ne faut pas les oublier), viennent y chercher ce qu'il est devenu très difficile de se procurer ailleurs  : de la drogue bon marché et de bonne qualité. Cette réputation date surtout de la guerre du Viêt-nam, à l'époque où des centaines de milliers de Gi's considéraient la Thaïlande comme une terre promise. Attirés par une prostitution élevée au rang d'industrie nationale, ils venaient y goûter un repos du guerrier bien mérité. Cet afflux de soldats perdus en rupture d'idéal représentait une masse monétaire considérable. Une aubaine pour la pègre locale et pour les autres, tous ceux qui voulaient profiter de l'occasion pour grappiller au passage quelques dollars. Concierges d'hôtel, chauffeurs de taxi, prostituées, chacun se transforma en trafiquant. Le départ de ces proies faciles aurait pu ruiner ce commerce. Il ne fit que le développer, car les soldats démobilisés répandirent partout la bonne nouvelle, et de nouveaux envahisseurs aux cheveux un peu plus longs, les ont aujourd'hui remplacés. Cette inébranlable première place de la Thaïlande au hit-parade de la drogue se comprend facilement, à partir du moment où l'on sait que l'héroïne n'est rien d'autre qu'un dérivé de l'opium, lui-même extrait du pavot. Et ce fameux pavot est (après le riz, quand même !) la principale culture du Sud- Est asiatique. La recette est simple. Vous prenez la production annuelle d'opium de la Thaïlande  : quatrevingts tonnes. Vous y ajoutez celle de la Birmanie voisine  : cent vingt tonnes. Vous mélangez le tout, en sachant que dix kilos d'opium donnent un kilo d'héroïne pure. Vous terminez par une règle de trois et vous (Suite page 184.)



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 203 décembre 1980 Page 1Lui numéro 203 décembre 1980 Page 2-3Lui numéro 203 décembre 1980 Page 4-5Lui numéro 203 décembre 1980 Page 6-7Lui numéro 203 décembre 1980 Page 8-9Lui numéro 203 décembre 1980 Page 10-11Lui numéro 203 décembre 1980 Page 12-13Lui numéro 203 décembre 1980 Page 14-15Lui numéro 203 décembre 1980 Page 16-17Lui numéro 203 décembre 1980 Page 18-19Lui numéro 203 décembre 1980 Page 20-21Lui numéro 203 décembre 1980 Page 22-23Lui numéro 203 décembre 1980 Page 24-25Lui numéro 203 décembre 1980 Page 26-27Lui numéro 203 décembre 1980 Page 28-29Lui numéro 203 décembre 1980 Page 30-31Lui numéro 203 décembre 1980 Page 32-33Lui numéro 203 décembre 1980 Page 34-35Lui numéro 203 décembre 1980 Page 36-37Lui numéro 203 décembre 1980 Page 38-39Lui numéro 203 décembre 1980 Page 40-41Lui numéro 203 décembre 1980 Page 42-43Lui numéro 203 décembre 1980 Page 44-45Lui numéro 203 décembre 1980 Page 46-47Lui numéro 203 décembre 1980 Page 48-49Lui numéro 203 décembre 1980 Page 50-51Lui numéro 203 décembre 1980 Page 52-53Lui numéro 203 décembre 1980 Page 54-55Lui numéro 203 décembre 1980 Page 56-57Lui numéro 203 décembre 1980 Page 58-59Lui numéro 203 décembre 1980 Page 60-61Lui numéro 203 décembre 1980 Page 62-63Lui numéro 203 décembre 1980 Page 64-65Lui numéro 203 décembre 1980 Page 66-67Lui numéro 203 décembre 1980 Page 68-69Lui numéro 203 décembre 1980 Page 70-71Lui numéro 203 décembre 1980 Page 72-73Lui numéro 203 décembre 1980 Page 74-75Lui numéro 203 décembre 1980 Page 76-77Lui numéro 203 décembre 1980 Page 78-79Lui numéro 203 décembre 1980 Page 80-81Lui numéro 203 décembre 1980 Page 82-83Lui numéro 203 décembre 1980 Page 84-85Lui numéro 203 décembre 1980 Page 86-87Lui numéro 203 décembre 1980 Page 88-89Lui numéro 203 décembre 1980 Page 90-91Lui numéro 203 décembre 1980 Page 92-93Lui numéro 203 décembre 1980 Page 94-95Lui numéro 203 décembre 1980 Page 96-97Lui numéro 203 décembre 1980 Page 98-99Lui numéro 203 décembre 1980 Page 100-101Lui numéro 203 décembre 1980 Page 102-103Lui numéro 203 décembre 1980 Page 104-105Lui numéro 203 décembre 1980 Page 106-107Lui numéro 203 décembre 1980 Page 108-109Lui numéro 203 décembre 1980 Page 110-111Lui numéro 203 décembre 1980 Page 112-113Lui numéro 203 décembre 1980 Page 114-115Lui numéro 203 décembre 1980 Page 116-117Lui numéro 203 décembre 1980 Page 118-119Lui numéro 203 décembre 1980 Page 120-121Lui numéro 203 décembre 1980 Page 122-123Lui numéro 203 décembre 1980 Page 124-125Lui numéro 203 décembre 1980 Page 126-127Lui numéro 203 décembre 1980 Page 128-129Lui numéro 203 décembre 1980 Page 130-131Lui numéro 203 décembre 1980 Page 132-133Lui numéro 203 décembre 1980 Page 134-135Lui numéro 203 décembre 1980 Page 136-137Lui numéro 203 décembre 1980 Page 138-139Lui numéro 203 décembre 1980 Page 140-141Lui numéro 203 décembre 1980 Page 142-143Lui numéro 203 décembre 1980 Page 144-145Lui numéro 203 décembre 1980 Page 146-147Lui numéro 203 décembre 1980 Page 148-149Lui numéro 203 décembre 1980 Page 150-151Lui numéro 203 décembre 1980 Page 152-153Lui numéro 203 décembre 1980 Page 154-155Lui numéro 203 décembre 1980 Page 156-157Lui numéro 203 décembre 1980 Page 158-159Lui numéro 203 décembre 1980 Page 160-161Lui numéro 203 décembre 1980 Page 162-163Lui numéro 203 décembre 1980 Page 164-165Lui numéro 203 décembre 1980 Page 166-167Lui numéro 203 décembre 1980 Page 168-169Lui numéro 203 décembre 1980 Page 170-171Lui numéro 203 décembre 1980 Page 172-173Lui numéro 203 décembre 1980 Page 174-175Lui numéro 203 décembre 1980 Page 176-177Lui numéro 203 décembre 1980 Page 178-179Lui numéro 203 décembre 1980 Page 180-181Lui numéro 203 décembre 1980 Page 182-183Lui numéro 203 décembre 1980 Page 184-185Lui numéro 203 décembre 1980 Page 186-187Lui numéro 203 décembre 1980 Page 188-189Lui numéro 203 décembre 1980 Page 190-191Lui numéro 203 décembre 1980 Page 192-193Lui numéro 203 décembre 1980 Page 194-195Lui numéro 203 décembre 1980 Page 196-197Lui numéro 203 décembre 1980 Page 198-199Lui numéro 203 décembre 1980 Page 200-201Lui numéro 203 décembre 1980 Page 202-203Lui numéro 203 décembre 1980 Page 204-205Lui numéro 203 décembre 1980 Page 206-207Lui numéro 203 décembre 1980 Page 208-209Lui numéro 203 décembre 1980 Page 210-211Lui numéro 203 décembre 1980 Page 212-213Lui numéro 203 décembre 1980 Page 214-215Lui numéro 203 décembre 1980 Page 216-217Lui numéro 203 décembre 1980 Page 218-219Lui numéro 203 décembre 1980 Page 220-221Lui numéro 203 décembre 1980 Page 222-223Lui numéro 203 décembre 1980 Page 224-225Lui numéro 203 décembre 1980 Page 226-227Lui numéro 203 décembre 1980 Page 228-229Lui numéro 203 décembre 1980 Page 230-231Lui numéro 203 décembre 1980 Page 232-233Lui numéro 203 décembre 1980 Page 234