Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PRESENCE D'ESPRITS « Que ferais-tu si tu étais moi ? » demande le poète à l'Empereur. « Tes vers... » Hugo est comblé. Beaucoup se prennent pour Napoléon. Mais Napoléon se prenant pour Hugo (Suite de la p.134.) Grise, Hannibal, Chénier, Thyrthée, la Dame Blanche, Mahomet, Jacob, Shakespeare, L'Homme sans Tête, Luther, Eschyle, Molière, Aristote, Anacréon, lord Byron, Walter Scott, Josué, Platon, Isaïe, Louis XVI et d'autres, dont Jésus-Christ lui-même, que, le 11 février 1854, Victor Hugo accueille par un sonore et fraternel « Salut ! » Décidément, le salon des Hugo est devenu à Jersey, le dernier salon où l'on cause.'On s'y bouscule, même. Les tables sont également habitées par les esprits d'animaux légendaires, comme le lion d'Androclès celui qui, sous l'Empire romain refusa de dévorer un esclave chrétien. Mieux, les idées abstraites prennent la parole ! Victor Hugo évoque ainsi les esprits de l'Idée, de la Mort, du Drame, de la Poésie. En général, les esprits se manifestent la nuit ou à la tombée du jour. Les abstractions, elles, préfèrent venir l'après-midi... Mais ces dialogues, comment se déroulent-ils ? Victor Hugo tient rarement la table. Le plus souvent, assis à l'écart, il note, lettre après lettre, mot après mot, les messages que la table dicte en frappant des coups. « Tenir la table » consiste — pour deux ou trois personnes —, à placer les mains dans la position dite « des Templiers » pouces et petits doigts formant une chaîne ininterrompue. En général, on trouve à la table le fils du poète, Charles Hugo, Madame Hugo, Adèle, ou encore le général Le Flô, l'émigré hongrois Teleki ou le fidèle Auguste Vacquerie, parfois réticent. Souvent une dizaine de personnes assistent à la séance. En ce qui concerne « l'alphabet spirite », on suit les directives de la belle Delphine  : le nombre des coups frappés par les pieds de la table indique la lettre correspondante de l'alphabet. (exemple  : A = 1, Z = 26). Le décodage représente un travail de Titan ! Le docteur Jean de Mutigny a fait des calculs précis  : « La seule séance du 17 décembre 1854, où se 144 manifesta le physicien Galilée, dura de 21 heures 45 à une heure du matin, soit 215 minutes, soit 13 000 secondes, pour 4 000 lettres de texte. Si l'on compte en moyenne 10 coups par lettre, on obtient le rythme effarant de 3 coups par seconde. Conclusion  : traduire les coups en clair est une performance harassante et, à première vue, difficilement réalisable ! » Alors ?... Il est vrai qu'il arrivait à Victor Hugo de passer le reste de la nuit à ordonner ses notes prises au cours des séances. Lorsqu'il était absent et c'est un détail important qui complique l'énigme des tables —, c'était sa fille Adèle ou son fils Charles qui tenaient le journal de bord. Mais la communication avec les esprits ne s'établit pas toujours aisément. Les « grands esprits » s'accordent le droit d'être capricieux, voire irascibles. Certains d'entre eux traitent même les assistants de « crétins », « d'ânes », « d'imbéciles » ! Un soir, la table frappe avec violence et s'en prend à l'un des participants qui manifestait une certaine impatience  : « Oh homme ! pense aux latrines d'où tu viens et à la tombe où tu vas ! » Et elle se met à tourner furieusement. Dans la soirée du 7 décembre 1853, Diderot donne carrément une leçon de politesse. Le compte rendu de la séance le montre très réticent. Qu'estce qui le gêne ? Il répond  : « Impolitesse envers Jean-Jacques Rousseau. » Consternation de l'assistance  : l'aprèsmidi, en effet, on avait « rendez-vous » avec Jean-Jacques et on l'avait complètement oublié ! Le lendemain soir, l'esprit d'Hannibal boude à cause d'un détail de mobilier... Le glorieux général carthaginois qui, au IIIe siècle avant Jésus-Christ, traversa les Alpes avec ses éléphants et écrasa les légions romaines, s'exprime d'abord par des grognements. - Es-tu le grand Hannibal ? - R... r - Es-tu le grand Hannibal ? - R... - Est-ce une chose qui te gêne ? — Oui. - Quoi ? - Tapis. La table, en effet, est posée sur un tapis. - Pourquoi cela te gêne-t-il ? - Capoue. - Cela te rappelle Capoue ? - Oui. Atterrés, les assistants comprennent. Mauvais souvenir, pour un général, en effet  : ses glorieux soldats perdus par la « dolce vita » et affalés sur les tapis des courtisanes et des éphèbes de Capoue. Les caprices puérils d'Hannibal choquent Victor Hugo... - Comment ce pauvre tapis peut-il te rappeler Capoue ? Cela n'est pas sérieux. Veux-tu causer avec nous malgré ce tapis ? - Non. On décide alors de changer de pièce. Et Hannibal parle ! D'abord en latin, mêlé de carthaginois, puis en français, Hannibal dévoile pour la première fois les splendeurs inconnues de Carthage  : une cité géante avec 6 000 temples, dont 3 000 en marbre, 2 000 en porphyre, 600 en albâtre, 300 en jaspe, 50 en stuc, 40 en ivoire, 4 en argent et un en or ! Hannibal déroule une fresque grandiose avec la minutie d'un huissier  : « Les rues étaient pavées de marbre et couvertes de toiles d'argent. Le long des maisons brûlaient des lampes parfumées, des éléphants blancs chargés de tours passaient dans les rues avec des chanteurs et des danseuses. L'air était si harmonieux et si embaumé que les fleurs et les oiseaux n'y mouraient jamais. Carthage avait 3 000 vaisseaux, 600 forteresses, 100 000 chevaux, 12 000 éléphants, cent millions de talents par an... et Hannibal. » Témoignage « en direct », à travers les siècles, que Flaubert, écrivant Salambo, aurait sans doute payé son pesant d'or... Mais c'est André Chénier qui donne le plus de fil à retordre. Sept fois son esprit « intervient » dans le guéridon et c'est un véritable vaudeville ! Le poète, décapité en 1794 pen- (Suite p.152.)



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