Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PRESENCE D'ESPRITS La table se met soudain à vibrer, elle parle  : c'est Léopoldine, la fille morte de Victor Hugo. Les assistants sont pétrifiés, Madame Hugo éclate en sanglots... 2 décembre 1851 qui donnait tous pouvoirs à celui qu'il surnomma « Napoléon le Petit ». Rejoint par sa famille, il loue alors une petite maison quasi abandonnée. Un véritable sépulcre. Victor Hugo y enterre les dernières illusions qui lui restent sur son siècle. Sa carrière politique est brisée, on fait courir sur lui des bruits calomnieux. Et son coeur est toujours déchiré, bouleversé, par le drame de Villequier  : deux ans auparavant, sa fille Léopoldine est morte noyée dans la baie de la Seine. A Jersey, l'ombre de Léopoldine hante Victor Hugo... Et que font les exilés à Jersey ? Rien, parce qu'il n'y à rien a faire. L'atmosphère y est irrespirable  : deux cents à deux cent cinquante proscrits rongés par l'inaction y ressassent leur rancoeur. Victor Hugo, en compagnie de sa femme et ses trois enfants Charles, François-Victor et Adèle —, se promène parfois sur le rivage désolé où, disent les paysans, la nuit, errent des spectres  : la Dame Grise (une druidesse parricide), la Dame Noire (une infanticide), une Dame Blanche et un Homme sans Tête — un décapité. Voilà donc Victor Hugo insulaire. Il sait encore peu de choses du spiritisme. Parmi quelques ouvrages d'occultisme, sa bibliothèque recèle un Art d'évoquer les esprits par un homme qui n'a pas perdu l'esprit. Car, en ces années cinquante du XIXe siècle, le spiritisme est dans l'air. A Paris, la question à la mode est  : « Faites-vous des tables ? », et il est de bon ton d'envoyer des cartons discrets à ses amis, les conviant à des « séances ». Tout a commencé aux Etats-Unis, à Abbesville, petite ville proche de New York, dans la ferme de la famille Fox où vivent trois jeunes soeurs. Qu'arrive-t-il dans cette ferme ? Des coups résonnent à travers les murs. Les deux plus jeunes soeurs, Katy et Margaret, y frappent à leur tour, et les murs répondent ! Un code est alors vite trouvé un coup pour « oui », deux coups pour « non »... L'Eglise méthodiste s'en mêle, le spiritisme 134 est né. Deux ans plus tard, on compte plus de deux mille spirites convaincus aux Etats-Unis. Persuadés que les morts révéleront un jour des secrets essentiels, leurs associations envoient alors des missions en Europe. En France, le pape de la religion nouvelle, un Lyonnais, prend le pseudonyme, devenu illustre, d'Allan Kardec. Mais qui initiera les exilés de Jersey ? La belle Delphine de Girardin, la « muse du Romantisme », amie de Chateaubriand, de Musset et de Hugo. Venant de Paris, elle débarque à Jersey, enveloppée de voiles noirs, et s'occupe de tout. Elle trouve l'indispensable guéridon à trois pieds, dévoile les ultimes secrets de l'art de faire parler les morts, jusqu'à la manière de placer les mains... Voici toute la famille Hugo autour du guéridon. Après deux jours d'essais infructueux, le soir du 11 septembre 1853, la table se met soudain à vibrer, elle parle  : c'est Léopoldine, la fille morte de Victor Hugo. Les assistants sont pétrifiés, Madame Hugo éclate en sanglots, Victor Hugo s'effondre. Mais il est convaincu. Pendant deux ans à midi, l'après-midi et le soir, les habitants de Marine Terrace, convertis, feront tourner les tables et poseront la question fatidique  : « Esprit, es-tu là ? ». Le compte rendu minutieux des séances constitue un dossier volumineux et impressionnant... Le lundi 12 septembre 1853, signale le compte rendu de ce jour, toute la famille Hugo est réunie et la table commence à parler. Le pied de la table, se lève soudain, un coup, puis d'autres  : B...o...n... a... p... L'assistance frémit. Un seul cri  : « Bonaparte ! » La femme de Hugo est bouleversée. Le poète prend la parole  : - Est-ce Bonaparte ? - Oui. - Lequel ? Le grand ? - Non. - Le petit ? - Oui. Tout le monde frissonne. Serait-ce « l'usurpateur » ? Louis-Napoléon Bonaparte ? Napoléon III ? Celui qui les a proscrits à Jersey ? - C'est toi, Louis ? - Oui. La stupeur gagne l'assistance. Louis- Napoléon n'est pourtant pas mort. Alors ? C'est son esprit qui, pendant son sommeil, vient répondre à Victor Hugo. La table, nous dit le compte rendu, fait des bonds comme si elle voulait fuir. Victor Hugo s'indigne  : « Ah ! scélérat, je te tiens ! » La table s'agite alors avec les contorsions d'une bête qui se cabre. - Qui est-ce qui t'envoie ? - Mon oncle. - Napoélon est donc mécontent de toi ? - Oui. Napoléon III semble ici vouloir faire son autocritique devant Hugo qui joue le rôle de justicier universel. « Pourquoi m'as-tu proscrit ? » demande le poète. La table reste silencieuse. Puis c'est Chateaubriand qui se manifeste dans les coups qui résonnent à nouveau. De l'au-delà, l'auteur des Mémoires d'outre-tombe apporte son soutien politique à Hugo. - J'ai lu ton livre. - Napoléon le Petit ? - Oui. - Dis-nous ce que tu en penses. - Mes os ont remué. Voilà qui est dit. Le 5 octobre 1853, changement de tableau. - Je suis l'autre, dicte la table. — Qu'entends-tu par « l'autre » ? — Napoléon. - Lequel ? — Le Grand... — Que ferais-tu si tu étais moi ? demande le poète à l'Empereur. - Tes vers... Victor Hugo est comblé. Beaucoup se prennent pour Napoléon... Mais Napoléon se prenant pour Hugo ! Durant deux ans, la famille Hugo allait recevoir la visite de Machiavel, Dante, Racine, Marat, la Dame Noire, Charlotte Corday, Cagliostro, Robespierre, la Dame (Suite page 144.)
GAZ ATOUS LES ETAGES Un livre dans le vent, Le Pet (der Furz), vient de paraître chez Argos Press, en Allemagne. Il s'agit d'une anthologie de textes sur les... bruits de fond. Cette prose des vents est illustrée par des dessins détonants de Tomi Ungerer. Que voici en exclusivité. par Tomi Ungerer Pêche... au ton 135



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