Lui n°203 décembre 1980
Lui n°203 décembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°203 de décembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 234

  • Taille du fichier PDF : 224 Mo

  • Dans ce numéro : Anicee Alvina style Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES DEFONCEURS DE L'ORDRE « Les policiers de l'Occupation qui se sont livrés à la chasse aux juifs, aux résistants, donnant la pire image de la police, étaient les mêmes que ceux du Front populaire... une expression faubourienne qu'on trouve déjà chez Courteline. Ce n'est que peu à peu que s'y est mêlée un peu de haine, une haine qui me gêne, je l'avoue. Lui On dit aussi gardien de l'ordre. Monate Oui, mais il y a déjà là une déviation. Car l'ordre, c'est quelque chose qui existe à un moment donné. Il n'est jamais immuable, ni sacré, mais, comme toute chose, soumis à une évolution. Justement, et c'est là le délicat de sa situation, le policier se trouve toujours à la frontière de l'ordre qui existe, de l'ordre établi, hic-etnunc ici et maintenant —, et de celui qui va lui succéder, soit par les voies démocratiques, soit par d'autres qui, souvent, ne le sont pas du tout ! L'ordre établi lui conteste le droit de réfléchir et de penser à l'avenir et l'ordre à venir risque de lui reprocher un jour de ne pas s'être posé de cas de conscience ou de ne pas avoir saisi l'évolution en cours. Lui Comment expliquer cette dégradation de l'image du policier, de gardien de la paix à flic dans son acception péjorative ? Il y a des cas et des hommes à l'origine de cette évolution ? Monate Bien sûr, il y a les deux et c'est bien pour cela que faire la critique du comportement des gardiens de la paix est non seulement normal, mais nécessaire. Je trouve même que les pouvoirs publics ne s'en inquiètent pas assez. Après tout, qu'il soit bon ou mauvais, ce comportement, ce sont les citoyens qui ont à le supporter. Dans les pays anglo-saxons entre autres, les gens s'intéressent beaucoup plus qu'en France au comportement de leur police. Chez nous, on a tendance à laisser ce soin aux autorités. Lui Justement, n'est-ce pas finalement qu'on a la police que l'on mérite ? Monate Certainement. Si nous avons une police répressive, c'est sans doute que la société est elle-même répressive. Je parodierai volontiers le mot fameux du Baron Louis  : « Faites-moi une bonne politique et je vous ferai une bonne police ». Quand un Etat sait 108 régler à temps et maîtriser les problèmes qui se posent à lui, il y a moins de désordre et donc moins d'ordre à maintenir ou à rétablir. Et l'image du gardien de la paix réapparaît tout naturellement. Alors qu'actuellement, on ne s'attaque généralement aux vrais problèmes que trop tard et sous la menace. On l'a encore vu dans l'affaire des pêcheurs. En trente ans de carrière, j'ai eu le temps de le constater  : le mauvais comportement de la police est généralement l'effet d'une mauvaise politique. Ceux des policiers de l'occupation qui se sont livrés à la chasse aux Juifs, aux résistants, aux francs-maçons ont donné la pire image que l'on puisse donner de la police et ils étaient après tout les mêmes que ceux du Front Populaire... A la Libération et après l'épuration, un nouvel état d'esprit s'était installé  : les droits de l'homme, les libertés publiques n'étaient plus seulement de vains mots. C'était l'époque où le ministre de l'Intérieur, Tixier, disait  : « Je ne suis pas chargé de maintenir n'importe quel ordre, surtout pas l'ordre ancien. Le maintien de l'ordre n'est pas seulement une opération de force ou de police. L'ordre est maintenu avant tout par accord des éléments de la nation sur l'avenir de la nation. » Cela ne dura pas longtemps ! Il y a eu la guerre froide et, sur le plan interne, des affrontements sociaux extrêmement durs dans lesquels des policiers ont été engagés et l'on a vu se multiplier les abus dont le plus banal est celui du passage à tabac. Lui Le passage à tabac date de quand ? Monate Il a toujours existé, sauf dans les trop rares périodes où le gouvernement et la hiérarchie l'interdisaient formellement et prenaient des sanctions rigoureuses contre ceux, quels qu'ils soient, qui s'en rendaient coupables voire des sanctions pénales s'il y avait des plaintes déposées. Lui A quelle époque ? Monate Tout de suite après la Libération justement. J'étais simple gardien de la paix à l'époque et dans les écoles de police on insistait fortement sur les libertés des citoyens, le respect de la personne humaine et sur la fragilité de la frontière qui sépare l'acte destiné à faire triompher l'autorité de la force publique et l'acte arbitraire. Le premier devoir du gardien de la paix était tout d'abord de porter secours. Quand on ramenait au commissariat quelqu'un en sang, la première chose qu'on vous demandait c'était si on l'avait emmené chez le pharmacien ou éventuellement chez le docteur. Et, en ce temps-là, on savait encore que toute personne arrêtée, quel que soit son délit ou son crime, est sous la protection de la police et qu'elle ne doit subir aucun sévice. La hiérarchie était extrêmement sévère à l'égard de notre comportement. Tout cela a bien changé. Après, en effet, il y a eu la période de la guerre d'Algérie. Une guerre, qui n'osait pas dire son nom, à laquelle les policiers n'avaient pas été préparés. On leur disait qu'il fallait combattre les militants du Fln comme des voyous, autrement dit comme des droits communs, alors qu'en fait il s'agissait de gens qui ressemblaient plutôt à nos résistants. Je ne dis pas cela pour excuser les actes terroristes du Fln, mais lorsqu'ils se livraient à une agression ou à un attentat comme nos résistants, ils n'avaient pas une âme de coupable, mais plutôt une âme de guerrier ou de héros. C'est de cette époque que date le début de l'incompréhension entre la justice et la police. Les policiers qui avaient la vie dure ne comprenaient pas que la justice ne soit pas plus sévère à l'égard de gens qui n'étaient pour eux que des délinquants. De là que date aussi la tendance des policiers à jouer les justiciers en disant.  : « Puisque la justice ne fait pas son devoir, nous on va le faire » ! Le résultat, c'est que dans cette véritable guerre de rues qui opposa souvent policiers et Fln, les droits de l'homme furent les premières victimes. C'est à ce moment-là (Suite page 130.)
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