Lui n°202 novembre 1980
Lui n°202 novembre 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°202 de novembre 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 184 Mo

  • Dans ce numéro : filles de fame !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ODYSSEXE L'Eglise et la loi ont voulu « codifier la queue » pour en limiter l'usage aux seules occasions admissibles, tel le mariage, « commission de désarmement des pénis »... (Suite de la page 186.) ni à Paris, ni même dans la peu prude Copenhague, il ne leur vit fréquenter les salons de massage, et fort peu d'entre elles s'intéressaient aux spectacles sexuels vivants de certains cabarets ou aux films de pornographie dure ; les photos de mâles nus étaient inexistantes dans les journaux féminins. Pendant ses promenades nocturnes dans les rues du Vieux Monde, Talese vit ce qu'il avait vu en Amérique ; des hommes solitaires entrant dans les officines de massage ; des hommes négociant avec des putes sous des porches ; des hommes regardant en silence dans les bars des serveuses aux fesses ou aux seins nus. Ces hommes reconnaissaient être perpétuellement fascinés par les formes de la femme nue ; leur appréciation du sexe opposé était détachée, impersonnelle, ce que comprenaient rarement les intéressées, même celles que flattait cette attention. L'homme était naturellement voyeur, comme la femme exhibitionniste. Les femmes vendaient un plaisir sexuel, les hommes l'achetaient. Dans les cocktails mondains, dans la quête d'une aventure ou d'un emploi, l'initiative venait presque toujours du mâle et de la dérobade de la femelle. L'époux fraîchement divorcé d'une célèbre actrice européenne déclara à Talese  : « Hommes et femmes sont des ennemis naturels. Dès l'adolescence, les nanas commencent, même inconsciemment, à titiller les mecs. Elle se mettent des pulls collants, se fardent les lèvres, s'inondent de parfum, remuent les hanches ; et quand elles ont bien excité les bonshommes, elles se mettent à faire les sucrées et les mijaurées. » Evidemment, disait-il, les hommes veulent ce que les femmes ont à donner, mais elles, elles ne l'accordent pas tant que certaines conditions ne sont pas remplies, ou certaines promesses faites. Elles peuvent donner à un homme faible un sentiment passager de force, ou au moins l'assurance qu'il n'est pas impuissant ; et pour l'homme, rien ne peut remplacer cet endroit chaud et accueillant entre 188 les jambes d'une femme, ce lieu d'origine où il cherche sans cesse à retourner. Mais il y a toujours un droit d'entrée à acquitter, ajouta-t-il, et quelquefois c'est cher. L'Eglise et la loi ont voulu « codifier la queue », pour en limiter l'usage aux seules occasions admissibles, tel le mariage monogame. « Le mariage, c'est la commission de désarmement des pénis », mais il est incapable de tenir en lisière l'excès d'énergie sexuelle mâle, qui va se dépenser dans la pornographie ou les rues chaudes des villes, ces zones que la police des moeurs, les prêtres célibataires, les militantes féministes qui haïssent les hommes, voudraient faire disparaître. « Ces "campagnes d'assainissement", dit-il pour conclure, ne sont rien d'autre qu'un combat contre la biologie du mâle, et elles durent sous diverses formes depuis le moyen âge. » Après son retour d'Europe, Talese poursuivit son enquête en parcourant l'intérieur des Etats-Unis, en s'entretenant avec des femmes ordinaires comme avec des notables ou des officiels ; il rencontra des couples réputés monogames et discrètement échangistes, des procureurs et des avocats, des théologiens et des psychothérapeutes ; il passa des semaines en Virginie occidentale ou dans le Kentucky, régions rurales, comme dans cette partie de l'Amérique qu'on appelle encore « le pays de la Bible », où il assista à des sermons et à des réunions municipales, laissa traîna ses oreilles dans les bars, fréquenta les permanences de commissariats comme les secteurs des boîtes de nuit ou des lanternes rouges. Pendant la journée, il inspectait les quartiers d'affaires, remarquait l'immédiate proximité des centres commerciaux et des grands magasins avec le salon de massage local ou le cinéma porno ; le soir, il musardait dans le hall des Holliday Inn, des Ramadas et autres hôtels et motels, et regardait les messieurs à attaché-case et costume gris acheter leur exemplaire de Playboy ou de Penthouse avec de remonter dans leurs chambres. Il observa aussi les jeunes couples en station-wagon qui allaient faire leurs achats du samedi au supermarché avec leurs enfants ; les membres du Rotary ou du Kiwani Club en chemise de satin flamboyant qui lançaient leurs boules sur les pistes luisantes des bowlings ; les campagnardes tavelées de son qui sortaient en bigoudis de la bibliothèque, un gros roman sous le bras ; les banlieusards bronzés qui faisaient des doubles mixtes sur les courts de tennis ; l'ancienne génération de Pepsi-Cola maintenant adulte qui chantait en choeur à l'église. Et, dans ces lieux, par ces gens, Talese eu l'intuition que perduraient les traditions de la vie familiale américaine, même si elles étaient secrètement reconsidérées et remises en question. Au cours de ses voyages, il eut l'occasion de se remémorer que, malgré les révisions scientifiques et sociales dues à la Révolution sexuelle, malgré la pilule, les réformes concernant l'avortement, l'allègement de la censure, il y avait tout de même des millions d'Américains dont le livre préféré restait la Bible, dont les unions ignoraient l'adultère et dont les filles étudiantes étaient encore vierges. Le Reader's Digest se portait bien et, si le taux des divorces était plus élevé que jamais, celui des remariages aussi. Mais Talese fut cependant frappé par les grands changements qui, depuis l'époque de ses études, avaient affecté la conscience des classes moyennes américaines ; même si, en 1978, on rencontrait des gens pour prédire et souhaiter un retour au conservatisme des années 1950, le fait paraissait impossible ; il aurait fallu interdire l'avortement et la contraception, emprisonner les époux adultères, censurer Playboy mais aussi Vogue et les publicités pour dessous féminins du Time dominical de New York. En 1973, le jugement « Miller » de la Cour suprême, dont Hamling avait été victime, avait paru de fort mauvais augure ; mais pour les avocats que rencontra Talese, et (Suite page 190.)



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