Lui n°198 juillet 1980
Lui n°198 juillet 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°198 de juillet 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 118 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Madleen Kane.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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MOSCOU OU... MOCHE COUP ? Vous pouvez isoler, déporter les dissidents, je n'ai pour vous que mépris. Mais que vous empêchiez les petites Russes de venir nous rendre visite, et mon mépris devient haine (Suite de la page 70.) Ouvrons la parenthèse sur la complexe question de l'esthétique socialiste. Pourquoi une oeuvre d'art serait-elle de mauvais goût parce qu'elle est stalinienne ? Les tableaux réalistes socialistes vus à la Galerie Trétiakov sont les dignes pendants des illustrations américaines. Si on se gausse de Guerassimov, il faut aussi se gausser de Norman Rockwell. Le réalisme socialiste correspond parfaitement à l'esprit « pompier ». Connaissant l'extrême cupidité snob des collectionneurs français, j'affirme qu'il se vendrait très cher à Drouot. Quant à l'architecture stalinienne, je suis au regret d'affirmer que les sept gratte-ciel staliniens défigurent moins la ville que les tours défensiennes et les habitations sarcelliennes qui sont les représentations de l'urbanisme brejnevien. Le métro de Moscou, par exemple, est une manifestation concrète du génie dictatorial stalinien. Jusqu'à la révolution, les pauvres vivaient dans des masures et contemplaient de loin les riches dans leurs palais. Avec l'ère nouvelle, les pauvres devaient également posséder leurs propres palais. Ce fut le métro. Les voyageurs en prennent soin, et il n'est pas rare de voir des passants y pénétrer, simplement pour y lire tranquille... Passons aux folles nuits moscovites. Je dois avouer que j'ai sauté deux spectacles, l'un de ballets folkloriques, l'autre de ballets « modernes ». J'en ai profité pour traîner dans les rues et les cafés. Les rues étant vides à l'heure où les cafés sont pleins, il n'est pas facile de se faire admettre dans ces derniers, sans avoir réservé. Heureusement je pus, le dernier soir de mon séjour, pénétrer dans l'intimité de Moscovites, invité que je fus grâce à mon violon d'Ingres (je suis en effet chanteur de rock n'roll à mes heures  : ayant joué un peu de guitare dans un café devant un Russe particulièrement corrompu par l'idéologie bourgeoise comme on le comprend il m'invita chez des amis...). Je l'ai déjà dit, les Russes sont bien plus 88 sympathiques chez eux que dans la rue. Ils m'enregistrèrent sur bande (à l'heure actuelle, je dois être vendu au marché noir !...) puis nous avons discuté. Je n'en appris guère plus que dans Les Russes d'Hedrick Smith (chez Belfond) ou Rue du prolétaire rouge des Kehayan (au Seuil), mais le tourisme consistant à aller constater sur place ce que nous avons appris dans les livres publiés dans nos pays, les révélations des copains moscovites achevèrent de me convaincre. Cher ami dont je tais le nom, je veux proposer ta belle pensée à mes lecteurs français. Tu me déclaras  : « Avec le régime que j'ai sur le dos, je devrais être membre de la John Birch Society (organisation paramilitaire américaine d'extrême-droite) et pourtant, je suis social-démocrate ». Hélas, même les joies du rocardisme lui sont refusées... Je le reconnais, je me suis rendu en Urss avec une idée plus que préconçue derrière la tête. Mais qui pratique autrement ? Le « bilan globalement positif » est-il autre chose ? On ne voit que ce qu'on a décidé de voir. Pour mes dernières soirées, je me rendis au cirque et au Bolchoï. N'aimant ni le cirque, ni l'opéra, j'ai été gâté... Si l'on me demande si j'ai vu Brejnev, je répondrai  : « Oui, dans un cirque ». La représentation du Cirque de Moscou commence en effet par la projection d'une bande d'actualités avec le susdit, mollement applaudi par une faible partie de la salle. Ce qui m'a surtout frappé, c'est l'abondance de jeunes femmes très dévêtues. Ce sont d'abord des « chorus girls » effectuant des ballets mal réglés, puis chaque femme de la troupe, qu'elle soit trapéziste ou aide-dompteur, qui se croit obligée d'en montrer le maximum moins l'essentiel. Je crois avoir deviné que les Moscovites, ne disposant ni de strip-tease, ni de cinémas porno, se rendent au cirque pour voir de la fesse. Apparemment, ils s'en régalaient... J'ai assisté à une représentation de la Tosca au quatrième balcon, sur le côté. En penchant la tête, je pouvais apercevoir la scène. Ceci n'est pas une critique du régime, vu que le Bolchoï existait avant la Révolution. Par contre, les deux adorables petites Moscovites qui se tenaient au deuxième rang, juste derrière moi, ne voyaient rien du tout. Elles se levèrent, donc, et selon les lois de la physique la plus élémentaire, leurs corps finirent par s'affaisser sur le mien. Je sentais leurs petits seins toucher mon épaule. O joie ! Mon premier et unique attouchement moscovite. Sachant le temps qu'elles avaient dû attendre pour obtenir cette mauvaise place, alors que moi-même, privilégié du régime, on me l'avait collée d'office, je me levai et leur offris ma chaise. Elles ne comprenaient pas, se demandant comment un homme apparemment sain d'esprit pouvait ne pas avoir envie de voir la Tosca ! Elles finirent par accepter. Ah ! leurs éclatants sourires ! et leurs « Merci » en russe (« Spassiba », ça se dit, je n'y serais pas allé pour rien) découvrant d'adorables quenottes. Pauvre de moi, je repartais le surlendemain et pas moyen de leur filer mon adresse à Paris. Elles n'ont pas le droit de sortir de leur pays, les petites Russes aux grands yeux profonds. C'est à cause de ça, voyez-vous, monsieur Brejnev, que je calomnie les réalisations de l'Union soviétique. Vous pouvez organiser la régression économique, scientifique et culturelle, isoler les dissidents de la population, les déporter au besoin, je n'ai pour vous que mépris. Mais que vous empêchiez les petites Russes de venir nous rendre visite, et mon mépris se transforme en haine ! Votre plus grand crime n'est pas de régner sur un empire qui tient autant de la poigne de fer que de l'absurde, c'est celui de nous faire trouver agréable, par comparaison, notre existence grégaire de surconsommateurs, dans des régimes qui commencent déjà à ressembler au vôtre... Merci quand même de m'avoir permis de le comprendre. Alain Paucard.
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