Lui n°198 juillet 1980
Lui n°198 juillet 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°198 de juillet 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 122

  • Taille du fichier PDF : 118 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Madleen Kane.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN « Un demi-siècle sans grèves ne peut être le fruit du hasard  : cela exige beaucoup d'attention, de travail, et un dialogue constant... » (Suite de la page 25.) rôle à jouer... Lui L'idée directrice du fondateur Tata, ce fut de fabriquer l'acier. Quelle fut la vôtre ? Tata Pour moi, ce furent d'abord les produits chimiques. Pour une grande nation en formation, les engrais sont aussi importants que l'acier voici cinquante ans. Lui Des grèves, des manifestations se déroulent aujourd'hui autour de Bombay House, siège de votre groupe. Vous devenez une cible pour le P.c. indien. On lit sur les affiches  : « Bombay House = White House »... Tata Je suis entré dans mon bureau au milieu des drapeaux rouges, des clameurs et des slogans... Mais c'est la première fois, car notre société sidérurgique vient de fêter son soixantième anniversaire... sans aucun conflit avec nos ouvriers ! Excepté, il est vrai, cette semaine de 1948 où le Pc indien a tenté de fomenter un putsch et de s'emparer it, Nom Rue, no 1 0 e In.ijou artisa nal en a mcssit iaieIJ. rations du Bihar, région où se trouvent mines de charbon et aciéries. S'ils avaient réussi. (comme au Bengale), un premier pas aurait été franchi. Il y eut des grèves de huit jours, mais... ce sont les syndicats non-communistes existants qui ont résisté à leur pression ! Un demi-siècle sans grèves ne peut pas être le fait du hasard  : cela exige beaucoup d'attention, de travail, et un dialogue constant à différents niveaux, avec des comités tournants présidés parfois par les ouvriers eux-mêmes. Lui Vous voyagez beaucoup. « Time is money »  : c'est toujours la loi du monde des affaires ? Tata L'industriel d'aujourd'hui est peu à peu contraint à devenir un homme d'un type nouveau. Mais voilà  : le plus souvent, dès qu'on a la puissance, on a tendance à s'en servir pour dominer les autres. C'est vrai partout, notamment en politique. Notez que la puissance économique entre aujourd'hui dans retourner à Daniel J.Créations Case postale 52, C H -2017 Boud ry/N E. Je désire recevoir contre remboursement + port _.. buste(s) en argent massif FS. 33.—. hustetsi en argent massif doré FS. 37._. Prénom NP/Lieu une ère nouvelle  : jadis, elle était entre les mains des propriétaires ou des managers, et elle passe aujourd'hui à l'Ouest entre les mains des syndicats ; et si ce ne sont pas les syndicats qui interviennent, c'est le gouvernement. Lui Fondé en 1946, Air-India, entre autres, a été nationalisé, mais vous en êtes resté le Président durant quarantesix ans... Craignez-vous d'autres interventions ou critiques du gouvernement ? Tata Pour prouver que nous remplksons nos obligations sociales, j'ai appointé un comité de trois personnalités  : un juge, un homme politique membre du Parlement et un économiste et sociologue éminent sur la question  : « Est-ce que la Tata and Steel Cie reconnaît ses devoirs envers la société, la nation, l'intérêt général ? » Ainsi, par exemple, la Compagnie a décidé d'aider cent dix villages à se développer... Lui Certains industriels étrangers (notamment Japonais), ont souvent cité vos entreprises comme « modèles »... Tata On le dit... Je crois même que beaucoup me trouvent un peu idiot ! Les Japonais ? Ils parlent très peu et agissent beaucoup. Ils ont la chance énorme d'être homogènes. Homogènes de tradition, de religion, de langage. La vulnérabilité de l'Inde, c'est d'être dans une situation contraire, et peutêtre de vouloir imiter trop vite les méthodes de l'Ouest, y compris leurs défauts. Lui Le fatalisme ancestral du peuple indien a-t-il rendu plus lent son développement Tata Je disais dès 1968 que même si les avantages de l'industrialisation et de la technologie moderne avaient été mis dès le début à la disposition de l'Inde, les Indiens, en raison du système des castes et des valeurs admises, des superstitions et du fatalisme qui règnent dans leur philosophie, auraient été empêchés d'en tirer un bénéfice immédiat. En dépit de ces acquisitions matérielles, l'homme des
ENTRETIEN « Quand je regarde la carte du monde, je suis rempli d'appréhension. Si j'étais Européen, je rêverais d'une petite cabane dans une île du Pacifique... temps modernes me paraît d'ailleurs privé d'une sorte de sens de la divination  : il est plutôt déboussolé ! Il est réellement en péril. Sans parler de la cupidité, de la méchanceté et de l'ignorance propres à la nature humaine... Lui Sur votre bureau se trouve un livre de Henry Kissinger. Vous le connaissez bien ? Tata Kissinger étant le Président d'un Comité international de la Chase Manhattan Bank, composé de scientifiques, d'hommes d'affaires, dont je fais partie, nous échangeons parfois des idées. Il m'a envoyé son livre à Bombay. Quinze cents pages ! Comme j'aime lire au lit, j'ai constaté qu'on ne pouvait le lire qu'avec un coussin sur le ventre !... Henry Kissinger est un homme de bonne volonté, honnête, et un excellent historien. Il paraît obsédé par une idée  : il croit que le futur danger du monde, c'est l'Urss. Il pense que les Russes, maintenant qu'ils ont neutralisé l'Amérique avec leurs armes stratégiques (fait que les spécialistes américains savent parfaitement), pourront prendre un jour le risque d'envahir l'Europe à la faveur de circonstances encore imprévisibles. Comment l'Europe pourrait-elle s'opposer à leur armée de terre si prépondérante et fortement concentrée sur l'Ouest ? Car Kissinger ne croit pas à une guerre mondiale nucléaire totale mais à des conflits localisés... Aujourd'hui, l'équilibre des forces est rompu, la dynamique militaire commence à jouer en faveur de l'Urss qui est, par ailleurs, dans une phase d'expansionnisme... Lui Et vous, qu'en pensez-vous ? Les Russes à Bonn, Paris, Madrid... Tata Je ne suis pas d'accord, en tout cas, avec ceux qui croient encore que le futur péril viendra de la Chine, une vieille civilisation raisonnable et expérimentée... Franchement, lorsque, dans mon bureau de Bombay, je regarde la carte du monde et le rapport actuel des forces, je suis rempli d'appréhension. Si j'étais Européen, je me dis parfois que je rêverais d'une petite cabane dans une île du Pacifique... Vous m'interrogiez sur Kissinger. Il rappelle que dans toute l'Histoire connue du monde, jamais un pays ou un leader n'a mis sur pied une armée supérieure aux autres... sans l'utiliser contre les autres ! Alors ? Pourquoi la Russie est-elle en train d'entretenir cette monstrueuse force terrestre sur les frontières de l'Ouest trente mille tanks, peut-être deux cents divisions ? Par peur d'être attaquée par les Européens ? C'est une blague ! Kissinger, certes, pense que ce n'est pas pour demain, car les leaders russes actuels sont encore de vieux bolcheviks qui ont vécu les étapes difficiles de leur Révolution, perdu des compagnons, connu les destructions épouvantables des deux derniers conflits. Ces dirigeants-là vont bientôt mourir, ils sont déjà déclinants... Eux, ils sont sortis du peuple ce qui ne les a pas empêchés de devenir des hommes d'envergure mais ce ne sont pas des gens de grande culture  : ils sont dépourvus de réelle formation scientifique. Bref, il s'agit encore d'hommes qui pourraient se laisser impressionner par l'avance technologique et scientifique des Américains, des Européens, ou encore par leur prestige culturel... Mais la génération politique qui leur succède ? Ce sont surtout des technocrates, des ingénieurs, des hommes de science, des informaticiens ou des planificateurs qui savent parfaitement (et pas seulement à l'aide d'ordinateurs) apprécier le rapport réel des forces. Ceux-là savent ce qu'est la puissance. Et ils sont en mesure de tirer éventuellement profit du déclin occidental... Kissinger est convaincu que le système soviétique n'est pas en mesure de faire connaître au peuple russe le niveau de vie qu'il attend depuis si longtemps. Les dirigeants ne peuvent le maintenir indéfiniment dans cette situation car, malgré la censure, la vérité finit par se savoir... Le peuple russe ne restera pas toujours passif devant les privations. Alors, en cas de crise mondiale, quel est le danger ? Que le fait de s'emparer de l'Europe, de sa technologie, de sa production avec l'appui de certains P.c. nationaux n'apparaisse un jour aux nouveaux dirigeants comme un avantage ou une nécessité... Je dois d'ailleurs avouer que bien que sentimentalement et philosophiquement attaché à l'Ouest, je suis de ceux qui souhaitent que l'Inde poursuive sa politique neutraliste et amicale vis-àvis tant des Russes que des Chinois et reste en dehors d'un conflit qui pourrait éclater un jour en fonction de l'Europe. Mais j'aurais tout de même peur pour elle si un tel conflit éclatait. Lui Pourquoi êtes-vous si inquiet en ce qui concerne une action des Russes ? Tata Historiquement, toutes les grandes civilisations ont périclité lorsqu'elles sont devenues trop riches et influentes. Elles ont alors sombré, sans d'abord s'en apercevoir, dans la décadence et ont finalement été conquises par les Barbares. Je me suis dit  : « Mais qui sont les Barbares d'aujourd'hui ? » Ce ne sont sûrement pas les Indiens. Alors ? Je ne crois pas au péril jaune... Mais je voyage beaucoup et, depuis que le gouvernement soviétique a entrouvert ses portes à son peuple, je rencontre de temps à autre des groupes de touristes russes. Plusieurs fois j'ai voyagé en leur compagnie dans des avions pratiquement entièrement occupés par eux généralement de deux tiers d'hommes et d'un tiers de femmes... Je les observais... Qu'était devenu ce merveilleux peuple russe après tant de répression ? Le regard avait du mal à reconnaître en lui l'image que nous en ont donnée ses écrivains et ses poètes. Je voyais le plus souvent des gens épais et lourds, aux têtes plutôt carrées. Des gens vêtus sans aucune recherche, bien nourris, certes, mais de maïs ou de pommes de terre. Et les femmes... Pas une qui n'avait un souci réel d'élégance, un soupçon de fard, de coquetterie. Pour l'aeil d'un Indien (chez nous les plus modestes ont le sens (Suite page 38.) 21



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