Lui n°197 juin 1980
Lui n°197 juin 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°197 de juin 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 202

  • Taille du fichier PDF : 198 Mo

  • Dans ce numéro : spécial tennis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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REINES ET ARENES DE LA NUIT Chez Castel, chez Régine, les gens savent qu'ils sont reconnus ! Au Palace, ils en sont moins sûrs et beaucoup ont l'air de passagers clandestins... (Suite de la page 125.) les nouveaux cuisiniers, les nouvelles femmes, les nouveaux imbéciles et le nouveau beaujolais, voici les nouveaux noctambules. Ceux-là assurent que le fond de l'air a changé, que le pavé de la nuit désormais appartient à tous. Au coeur du débat, le babylonien Palace. Antre de tous les péchés, père des décadences exquises. Il vient d'avoir deux ans, en avril, et les plus enthousiastes de ses adeptes ont fêté cet anniversaire comme une prise de la Bastille. Et c'est vrai que loin de l'aristocratie castelienne ou réginienne, de tous les petits marquis qui avaient confisqué le parfum des femmes et le clair de la lune, le premier secrétaire Fabrice Emaer a fait resurgir un socialisme de la fête en déclarant « réacs » tous les judas du monde par lesquels on vous juge, jauge, pèse, sélecte, qualifie, quantifie, accepte, refuse. Voici qu'un nouveau peuple de la nuit se lève qui n'a plus de concours d'entrée à passer, plus de certificats de beauté à montrer, plus de noms illustres à présenter. Voici que s'installent en face des plaisirs démodés de l'Ancien régime, de grands vaisseaux nocturnes, des usines à danser comparables aux temples d'une nouvelle religion qui dispensent, elles, les plaisirs sulfureux de la fête de masse. Est-ce de cela que les années quatrevingts garderont la trace nocturne ? Souvenez-vous, les années soixante avaient été plutôt sauvages, la mode était aux boîtes à l'anglaise  : Bus Palladium, Nashville. Les nuits des Seventies, comme on dit, furent frappées de nostalgie ou jalousement gardées jusqu'à l'ouverture-événement du Palace. Un phénomène culturel important et fatal, comparable à la naissance du quotidien Libération. Un lieu venait d'être donné à un état d'esprit, un mode de vie se voyait reconnu. Mai 1968 va bientôt prendre une génération perdue dans l'aile ! Entre 1968 et 1978 que s'est-il passé de vraiment important de jour ou de nuit ? Les rêves de changer le monde se 136 sont dissous dans les vapeurs du temps, les idéologies sont en sommeil, l'histoire bégaye. La politique mobilise de moins en moins les jeunes et une génération qui ne sera bientôt plus la nôtre, à nous, les trente-quarante, danse sur des patins à roulette, danse sur un volcan, danse sur les ruines fumantes d'une révolution introuvable comme d'autres avaient dansé douze ans plus tôt en prenant l'Odéon, un théâtre, comme le Palace. Entre deux guerres, entre deux révoltes comme entre deux verres ou entre deux drogues. A sec. En manque. La jeunesse et la beauté étant plus que jamais les grandes affaires de l'époque, l'égoïsme redevient sacré, le regain de narcissisme se manifeste partout ; dans le costume et la musique surtout, les deux phénomènes les plus importants de ces dernières années selon Fabrice Emaer, le maître du Palace. Dans les nouvelles grandes surfaces de la danse, de jeunes éphèbes dessalés épiés par leur reflet s'émerveillent d'eux-mêmes. Les décibels crépitent. Les lasers flambent. Les désirs planent. Je songe. A ceci  : et si nous ne mettions du « nouveau » partout que pour dissimuler que nous n'inventons pas grandchose ? Que nous nous fabriquons du passé soigneusement recomposé ? La nuit vole. Les punks ont à peine hurlé leur  : « No future » qu'ils sont relégués au musée des horreurs grandioses par les « after-punks ». La nuit balance. Entre quatre vagues  : disco, reggae, salsa, ska. Mais en même temps le vieux rock, le jazz, le tango reviennent en force. On twiste again. J'ai dansé la valse au 78, j'aurais dansé la rumba, si j'avais su, chez Régine. Donnez-moi un ticket de rétro, je veux aller où tendre était la nuit. Face aux grandes cathédrales de la nouvelle religion, nous conservons cependant nos vieilles chapelles où des irréductibles continuent de boire leur verre en latin. Ces clubs privés où nous achetons avec notre bouteille une reconnaissance d'identité  : j'y entre donc je suis... Nous continuons d'y boire du champagne rosé pour oublier que Paul Morand est mort. Vous prétendez qu'il y a une crise ? Les noctambules ont la pudeur de ne pas s'en apercevoir. Même si, rentrant à l'aube, ils croisent moins de gens qui partent travailler et se doutent forcément de quelque chose. Où que l'on soit, dans les sanctuaires de la Jet-set ou dans les parkingsdancings, le mot d'ordre est le même  : « To get fun. » Prendre son plaisir. Tout de suite. Les foules ne réclament plus du pain mais du vin. Tout monte si vite, il n'y a plus de crédit pour les sentiments, n'épargnons pas, consommons immédiatement le sexe et la joie qui motivent nos crépuscules. Ce qui est pris n'est plus à rendre. Nous sommes des gens pressés qui savons pertinemment qu'entre les rires et les larmes il n'y a que l'espace de s'essuyer les yeux d'un revers de la main. Alors, à chacun ses manières et selon ses moyens. Les noctambules du samedi soir, les banlieusards du Palace ou de la Main Jaune sortent pour oublier que lundi ils iront travailler, que l'aube viendra les paniquer. Ils sortent pour échapper au jour qui pèse sur eux comme un couvercle. Pour les noctambules de toutes les nuits, sortir n'est pas un acte de résistance, simplement ils évitent de se coucher afin que la société ne refasse leur lit. Ils en ont les moyens, s'interpellent par des noms célèbres. Ils s'arrosent de confidences, se disent tout sur l'essentiel du superflu. Chez Castel, chez Régine, les gens savent qu'ils existent  : la preuve c'est qu'ils sont reconnus ! Au Palace, ils en sont moins sûrs et beaucoup ont l'air d'être des passagers clandestins dans l'époque. Ils se déguisent, portent des masques  : rien ne rassure autant qu'un masque. Nuits de strass ou de stress, nuits de satin de chez Régine ou nuit de Satan du Palace, tous ont en commun une certaine solitude qu'ils feignent d'ignorer. Mais la solitude, après tout, ça remplit les vides. Ça remplit les verres. Trouble est la nuit... Patrick Séry.
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