Lui n°195 avril 1980
Lui n°195 avril 1980
  • Prix facial : 8 F

  • Parution : n°195 de avril 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 184

  • Taille du fichier PDF : 215 Mo

  • Dans ce numéro : spécial Nastassja Kinski.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 98 - 99  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
98 99
LA VOIX DE LA LIBERTE « Il faut leur parler sur un ton presque confidentiel. Un peu comme un médecin... Sans brusquerie ni menace. Comme si on cherchait à les hypnotiser... (Suite de la page 70.) contraire préférable de saper leur autorité, de détruire leur cohésion, dans l'espoir de casser leur moral pour qu'ils renoncent à leur action et se rendent ? Dans l'affaire du train capturé par les terroristes moluquois, vous saviez que des divergences avaient éclaté entre le chef du commando et ses hommes. Au lieu d'exploiter ces divergences, vous avez, au contraire, cherché à recimenter l'unité du commando. Pourquoi ? Jagerman Parce qu'un homme en opposition avec son groupe représente un danger considérable. En effet, pour maintenir son leadership, il peut être tenté d'entreprendre une action désespérée. Comme de tuer ses otages. Il faut à tout prix prévenir une telle attitude. Pour cela, il peut même s'avérer nécessaire de lui offrir un succès, un succès limité qui le grandisse aux yeux de ses compagnons. Car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est infiniment plus dangereux d'avoir affaire à des gens hésitants qu'à des terroristes sûrs d'eux et déterminés. Lapierre Avez-vous fait appel à des parents ou à des proches de vos adversaires pour essayer de les raisonner et de leur faire accepter une solution pacifique ? Jagerman Jamais. Ce genre d'intervention serait fatalement désastreuse. Elle risquerait de provoquer une agression immédiate. En Suède, lors d'une prise d'otages dans une banque, l'un des gangsters a uriné sur son frère venu le supplier de se rendre. Il y a plusieurs explications. D'abord, parce qu'un criminel rend inconsciemment sa famille responsable, par ses chromosomes, de ce qu'il est devenu ou n'est pas devenu, et de la façon dont il se comporte dans un tel instant de crise. Ensuite, et surtout, parce que l'intervention d'un parent risquerait de démontrer à son groupe qu'il peut être manipulé. Aux yeux des siens, il deviendrait alors « un enfant ». Ce qui pourrait saper aussitôt son autorité au point de le pousser à tenter un acte 100 désespéré pour reconquérir son leadership. Lapierre Dans vos discussions avec les auteurs de prises d'otages, vous accordez une importance énorme à leur voix. Pourquoi ? Jagerman Parce que la voix d'un homme est une véritable fenêtre sur son psychisme. Elle permet de découvrir dans quel état de stressil se trouve, de déceler ses émotions, de prédire à la limite son comportement. J'enregistre toutes mes conversations avec les terroristes et je réécoute inlassablement les bandes. S'il le faut, je n'hésite pas à faire appel à des spécialistes de la linguistique. Car tout compte. Sur quel mot tel terroriste a-t-il appuyé ? Quand s'est-il montré ironique ? Agressif ? Où a-t-il paru hésiter ? Où a-t-il volontairement ménagé des intervalles ? D'une conversation à l'autre, j'ai ainsi décelé des changements de terminologie, ce qui m'a révélé que mes adversaires avaient, entre temps, eu des entretiens avec d'autres personnes. Lapierre Et si les terroristes ne parlent pas votre langue ? Si vous deviez, par exemple, vous entretenir avec Kadhafi ? Jagerman Une chose est sûre  : je ne ferais pas appel à une traduction simultanée. Car je voudrais absolument entendre le son de la voix de Kadhafi, même en arabe. Je chercherai à apprendre à évaluer le ton et les émotions de cette voix. Inversement, je ferai en sorte qu'il entende le son de ma voix. Même s'il ne comprend pas mes paroles. Lapierre Le ton d'un dialogue est-il donc si important ? Jagerman Capital. Il faut en effet parler aux terroristes sur un ton presque confidentiel. Un peu comme un médecin s'adressant à ses malades. Sans brusquerie ni la moindre menace. Comme si l'on cherchait à les hypnotiser. Lapierre Est-ce que vous dites à vos interlocuteurs que vous êtes médecin ? Jagerman Cela dépend. Il y a des terroristes qui rejettent d'emblée l'idée de parler à un médecin. Mais, dans l'ensemble, ils s'aperçoivent vite qu'il est plus facile de discuter avec un médecin surtout si celui-ci sait être un médecin de l'âme qu'avec un policier. Lapierre Quel langage tenez-vous à vos « malades » ? Jagerman Celui-ci  : l'acte terroriste que vous avez commis est en lui-même suffisant. Le monde entier a entendu et compris vos griefs. Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin et de commettre l'irréparable. Car il n'est pas déshonorant d'être des héros vaincus par une force supérieure. Si j'étais chargé de dissuader Kadhafi de faire exploser une bombe H dans New York, j'essaierais de lui montrer qu'il pourrait être encore plus grand en renonçant à détruire New York qu'en faisant sauter sa bombe. Autrement dit, j'essaierais de lui faire valoir que l'action immédiate est négligeable en comparaison de l'image finale qu'un homme de sa dimension peut donner devant le monde et l'Histoire. Je ferais appel à ma tactique de « l'objectif supérieur ». Lapierre C'est-à-dire ? Jagerman J'essaierais de le persuader de s'associer à la réalisation d'un objectif encore plus grandiose que celui faisant l'objet de son chantage. Je tenterais de sublimer son ambition dans un projet dépassant les limites qu'il s'était définies. Je lui dirais  : ce qui est important ce ne sont pas les New-Yorkais. Ce n'est même pas vous-même. C'est l'idéal d'unité de la nation arabe pour lequel vous vous battez. J'exalterais l'exemple de Jésus, de Mahomet, de Gandhi, de Mao. Des hommes qui sont entrés dans l'histoire en se battant pacifiquement pour un idéal grandiose. Lapierre Mais le desesperado qui s'est emparé d'un avion ou d'une ambassade peut-il être également accessible à ce genre de langage ? Jagerman Non, bien sûr. Mais tous mes efforts consistent à lui faire miroiter ce qu'il pourrait obtenir (Suite page 124.)



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 195 avril 1980 Page 1Lui numéro 195 avril 1980 Page 2-3Lui numéro 195 avril 1980 Page 4-5Lui numéro 195 avril 1980 Page 6-7Lui numéro 195 avril 1980 Page 8-9Lui numéro 195 avril 1980 Page 10-11Lui numéro 195 avril 1980 Page 12-13Lui numéro 195 avril 1980 Page 14-15Lui numéro 195 avril 1980 Page 16-17Lui numéro 195 avril 1980 Page 18-19Lui numéro 195 avril 1980 Page 20-21Lui numéro 195 avril 1980 Page 22-23Lui numéro 195 avril 1980 Page 24-25Lui numéro 195 avril 1980 Page 26-27Lui numéro 195 avril 1980 Page 28-29Lui numéro 195 avril 1980 Page 30-31Lui numéro 195 avril 1980 Page 32-33Lui numéro 195 avril 1980 Page 34-35Lui numéro 195 avril 1980 Page 36-37Lui numéro 195 avril 1980 Page 38-39Lui numéro 195 avril 1980 Page 40-41Lui numéro 195 avril 1980 Page 42-43Lui numéro 195 avril 1980 Page 44-45Lui numéro 195 avril 1980 Page 46-47Lui numéro 195 avril 1980 Page 48-49Lui numéro 195 avril 1980 Page 50-51Lui numéro 195 avril 1980 Page 52-53Lui numéro 195 avril 1980 Page 54-55Lui numéro 195 avril 1980 Page 56-57Lui numéro 195 avril 1980 Page 58-59Lui numéro 195 avril 1980 Page 60-61Lui numéro 195 avril 1980 Page 62-63Lui numéro 195 avril 1980 Page 64-65Lui numéro 195 avril 1980 Page 66-67Lui numéro 195 avril 1980 Page 68-69Lui numéro 195 avril 1980 Page 70-71Lui numéro 195 avril 1980 Page 72-73Lui numéro 195 avril 1980 Page 74-75Lui numéro 195 avril 1980 Page 76-77Lui numéro 195 avril 1980 Page 78-79Lui numéro 195 avril 1980 Page 80-81Lui numéro 195 avril 1980 Page 82-83Lui numéro 195 avril 1980 Page 84-85Lui numéro 195 avril 1980 Page 86-87Lui numéro 195 avril 1980 Page 88-89Lui numéro 195 avril 1980 Page 90-91Lui numéro 195 avril 1980 Page 92-93Lui numéro 195 avril 1980 Page 94-95Lui numéro 195 avril 1980 Page 96-97Lui numéro 195 avril 1980 Page 98-99Lui numéro 195 avril 1980 Page 100-101Lui numéro 195 avril 1980 Page 102-103Lui numéro 195 avril 1980 Page 104-105Lui numéro 195 avril 1980 Page 106-107Lui numéro 195 avril 1980 Page 108-109Lui numéro 195 avril 1980 Page 110-111Lui numéro 195 avril 1980 Page 112-113Lui numéro 195 avril 1980 Page 114-115Lui numéro 195 avril 1980 Page 116-117Lui numéro 195 avril 1980 Page 118-119Lui numéro 195 avril 1980 Page 120-121Lui numéro 195 avril 1980 Page 122-123Lui numéro 195 avril 1980 Page 124-125Lui numéro 195 avril 1980 Page 126-127Lui numéro 195 avril 1980 Page 128-129Lui numéro 195 avril 1980 Page 130-131Lui numéro 195 avril 1980 Page 132-133Lui numéro 195 avril 1980 Page 134-135Lui numéro 195 avril 1980 Page 136-137Lui numéro 195 avril 1980 Page 138-139Lui numéro 195 avril 1980 Page 140-141Lui numéro 195 avril 1980 Page 142-143Lui numéro 195 avril 1980 Page 144-145Lui numéro 195 avril 1980 Page 146-147Lui numéro 195 avril 1980 Page 148-149Lui numéro 195 avril 1980 Page 150-151Lui numéro 195 avril 1980 Page 152-153Lui numéro 195 avril 1980 Page 154-155Lui numéro 195 avril 1980 Page 156-157Lui numéro 195 avril 1980 Page 158-159Lui numéro 195 avril 1980 Page 160-161Lui numéro 195 avril 1980 Page 162-163Lui numéro 195 avril 1980 Page 164-165Lui numéro 195 avril 1980 Page 166-167Lui numéro 195 avril 1980 Page 168-169Lui numéro 195 avril 1980 Page 170-171Lui numéro 195 avril 1980 Page 172-173Lui numéro 195 avril 1980 Page 174-175Lui numéro 195 avril 1980 Page 176-177Lui numéro 195 avril 1980 Page 178-179Lui numéro 195 avril 1980 Page 180-181Lui numéro 195 avril 1980 Page 182-183Lui numéro 195 avril 1980 Page 184