Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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IN ZE BABA ! Toujours tatônnant, il l'enfouit tout entier dans sa bouche. Il poussa un petit cri de surprise en découvrant qu'il était fourré de confiture. C'était un endroit magnifique. - Où c'est ? demandèrent-ils. Le Marie est un type qui ne donne jamais de détails sur le coup qu'il compte faire. - Ben, on y va, répondit-il. Et ils marchaient tous les trois en silence par les rues aussi vides que des fleurs à sec, avec la lune qui les suivait le long des fils du tram. Le Marle devant, avec ses yeux jaunes toujours en mouvement et ce froncement de narines, comme s'il reniflait. Petit-Jésus, on l'appelle comme ça parce qu'il a une grosse tête de nouveau-né et un corps trapu ; peutêtre aussi parce qu'il a les cheveux coupés court et une belle petite figure avec une petite moustache noire. Il est tout en muscles et se meut avec une telle souplesse qu'on dirait un chat  : pour grimper et se pelotonner n'importe où, il n'y a que lui. Et quand le Marle l'emmène sur un coup, y a toujours une bonne raison. - Ce sera un coup de première, Marie ? demanda Petit-Jésus. - Ouais, si on le fait, dit le Marie. Une réponse qui ne voulait rien dire. Mais en attendant, par une suite de détours qu'il était seul à connaître, il les avait fait pénétrer dans une cour. Ils comprirent alors qu'il s'agissait de travailler dans une arrière-boutique ; et Uora-Uora s'approcha parce qu'il ne voulait pas faire le guet. Le destin de Uora-Uora, c'était toujours de faire le guet ; son rêve, ç'aurait été d'entrer dans les maisons, de fouiller, de se remplir les poches comme les autres ; mais il lui fallait toujours faire le guet dans des rues glaciales, à la merci d'une ronde de police, en claquant des dents pour les empêcher de geler et en fumant pour se donner une contenance. C'est un Sicilien efflanqué, Uora-Uora, avec une figure triste de mulâtre et des poignets qui dépassent de ses manches. Quand il y a un coup à faire, il se met sur son trente et un, sans qu'on sache pourquoi  : chapeau, cravate, imperméable ; et, s'il faut filer en vitesse, il empoigne les pans de son imperméable, et l'on dirait qu'il veut 88 ouvrir les ailes. - Va faire le guet, Uora-Uora, dit le Marie en fronçant les narines. Uora-Uora s'éloigna tristement. Il sait que le Marie peut continuer de froncer les narines de plus en plus vite, mais qu'arrivé à un certain point, il s'arrête et sort son revolver. - Là, dit le Marie à Petit-Jésus. Il y avait une petite fenêtre pas très élevée, avec un morceau de carton qui remplaçait une vitre brisée. - Tu montes, tu entres et tu m'ouvres, ajouta le Marie. Fais gaffe, n'allume pas la lumière, on la voit... Petit-Jésus grimpa comme un singe le long du mur lisse, creva le carton sans faire de bruit et passa la tête à l'intérieur. Jusqu'alors, il ne s'était pas rendu compte de l'odeur  : il respira un bon coup et, en une bouffée, l'odeur caractéristique des gâteaux lui monta au nez. Plus que de la gourmandise, il éprouva un sentiment d'émotion quasi craintive, comme une ancienne tendresse. « Y doit y avoir des gâteaux, làdedans », se dit-il. Il y avait des années qu'il ne mangeait plus guère de gâteaux ; peut-être depuis avant la guerre. Il allait, à coup sûr, fouiller un peu partout jusqu'à ce qu'il trouve les gâteaux. Il se laissa glisser à l'intérieur, dans le noir, donna un coup de pied dans le téléphone, le manche d'un balai s'enfila dans une jambe de pantalon, puis il toucha terre. « Y doit y avoir beaucoup de gâteaux, dans cette boîte », se dit Petit-Jésus. Il tendit une main, essayant de s'orienter dans le noir afin de trouver la petite porte et d'ouvrir au Marie. Il retira aussitôt sa main avec dégoût  : il devait y avoir une bête devant lui, une bête aquatique, peut-être, molle et visqueuse. Et il resta la main en l'air. Une main devenue gluante et humide, comme couverte de lèpre. I1 sentit qu'un corps rond, une excroissance, peut-être un bubon, avait poussé entre ses doigts. Il écarquillait les yeux dans le noir, mais ne voyait rien. Même pas sa main s'il la mettait sous son nez. Il ne voyait rien, mais il sentait  : alors il éclata de rire. Il comprit qu'il avait touché une tarte et qu'il avait de la crème et une cerise confite sur la main. Il se mit tout de suite à la lécher, tout en continuant, de l'autre, à tâtonner autour de lui. Il toucha quelque chose de consistant mais aussi de moelleux, recouvert d'une pellicule granuleuse  : un pet-de-nonne. Toujours tâtonnant, il l'enfouit tout entier dans sa bouche. Il poussa un petit cri de surprise en découvrant qu'il était fourré de confiture. C'était là un endroit magnifique  : dans quelque direction qu'il allongeât la main dans le noir, il trouvait chaque fois de nouvelles sortes de friandises. Il entendit frapper impatiemment à une porte proche  : c'était le Marie qui attendait qu'il lui ouvre. Petit-Jésus se dirigea vers l'endroit d'où venait le bruit, et ses mains rencontrèrent d'abord des meringues, puis des sablés. Il ouvrit. La torche électrique du Marie éclaira son visage et sa petite moustache déjà blanche de crème. - Y a tout plein de gâteaux, ici ! dit Petit-Jésus comme si l'autre ne le savait pas. - C'est pas le moment de penser aux gâteaux, dit le Marie en l'écartant. Y a pas de temps à perdre. Il avança, fouillant les ténèbres du faisceau lumineux de sa torche. Et, en quelque point qu'il éclairât, il découvrait des rangées de tablettes de verre, et sur celles-ci des rangées de plateaux, et sur les plateaux des rangées parfaitement alignées de gâteaux de toutes sortes et de toutes couleurs, et des tartes pleines d'une crème qui coulait comme la cire des bougies, et des troupes de panetonni et des forteresses de nougats. Alors une crainte terrible s'empara de Petit-Jésus  : la crainte de ne pas avoir le temps de se rassasier, de devoir filer avant d'avoir pu goûter les différentes sortes de gâteaux, d'avoir à portée de la main toutes ces friandises pour quelques minutes seulement, et une seule fois dans sa vie. Plus il découvrait de gâteaux, plus sa crain- (Suite p.98.)
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