Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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EST-CE QUE TU MIMES ? De Gaulle a centralisé le mimétisme sur la personne du chef de l'Etat... Conséquence  : les grands ténors politiques s'habituent à discourir en vue du septennat ! pour ressembler à Piaf. Et voici ce jeune éphèbe qui se peigne les cheveux en hauteur pour ressembler à Elvis, alors que quelques années plus tard, il les couchera sur le front pour ressembler aux Beatles. Le secrétaire du Parti ? Il est un condensé du père qu'on regrette et du grand frère qu'on n'a pas eu. Il est la conscience, le répétiteur et le surveillant général. Fait remarquable  : le père et le secrétaire général forcent leurs subordonnés à épouser leurs vues. Ce n'est pas le cas de l'idole. Le chanteur et la star de cinéma se moquent bien qu'on leur ressemble. Peut-être même qu'avoir des sosies rend la vie insupportable. Tandis que pour les deux autres, c'est presque une question de vie ou de mort. De vie ou de mort de l'Institution en tout cas... Comment voulezvous donc, après ça, que les malheureux députés, secrétaires de section, responsables régionaux, et j'en passe, nous fassent partager leur personnalité ? Il ne manquerait plus que ça. La condition de leur promotion est justement qu'ils dissimulent cette personnalité. Pire  : ils en rajoutent et la détruisent. Il est difficile de concevoir comment le mimétisme en politique a pu se développer dans l'Histoire. Sans télévision, sans radio et sans disques, il a dû stagner longtemps, tel un fleuve souterrain qui attend son heure. De vagues réminiscences scolaires me font souvenir de ces généraux français, théorisant les guerres précédentes dont ils se plaisaient à copier trop tard les méthodes... En fait, c'est le gaullisme qui a instauré le mimétisme actuel, contemporain. De Gaulle, dont la plus grand qualité était, sans conteste, de mépriser souverainement ses serviteurs, centralisa le mimétisme sur la personne du chef de l'Etat. Mais de Gaulle était... inimitable. C'est peut être sa plus grande réussite. L'appât fonctionna pourtant. Voilà pourquoi les politiciens actuels s'entraînent à parler comme un prési- 68 dent de la République. Le mécanisme s'explique. Autrefois sous la IVe par exemple la fonction suprême n'était pas celle de président de la République, mais celle de président du Conseil. Il valait mieux présider aux destinées de la France (c'est bien comme ça qu'on dit, n'est-ce pas ?) qu'un jury aux floralies. A cette époque les jeunes le savent mal on changeait de Premier ministre souvent et régulièrement. Maintenant un Premier ministre dure plusieurs années et quoiqu'on dise, il n'est pas le Patron. Conséquence pour aujourd'hui  : une bonne vingtaine des grands « ténors » politiques s'habitue à discourir en vue du septennat. Ajoutons encore une bonne centaine qui le fait sans illusion sur sa chance, mais avec l'illusion de s'y préparer quand même et nous obtenons la grande masse des asséneurs de vérités toutes faites, de gommeux de la Phrase, de la porte ouverte enfoncée et du courant d'air qui ne s'use que si l'on s'en sert. C'est aussi sous de Gaulle qu'on créa le crime de lèse-majesté permanent, avec les imitateurs. Les imitateurs, loin de décortiquer la machine à paroles du responsable suprême, lui confèrent une aura nouvelle, une dimension supérieure, magnifiant justement ce qu'ils voulaient signaler à la risée publique. Mais il faut rester justes pour certains cas. Nous pensons plus à Thierry le Luron en écoutant Chaban- Delmas... qu'à Chaban en écoutant l'imitateur ! Pompidou accentua la possession spirituelle du chef de l'Etat sur ses proches. Sous son règne, ses zélateurs, s'appliquaient à adopter le ton patelin du madré Georges. On les voyait à leur tour esquisser l'ombre d'un sourire protecteur, poser à plat leurs paumes sur la table, dodeliner de la tête et dire, presque à regret, comme si l'on s'en voulait de sermonner l'écolier pris en faute  : « Mais, monsieur... » C'était le langage du bon sens, de cet odieux bon sens, septième de la famille des bons  : bon pied, bon oeil, bonne humeur, bon goût, bon français et bon coup... Et tout le monde de reprendre en choeur et de mépriser l'interlocuteur en laissant tomber  : « Mais monsieur... » Ce « mais monsieur » signifiait bien des choses. On pouvait aisément traduire  : « Voyons, nous sommes entre nous, entre gens de bonne compagnie, du même monde, laissez donc ces histoires qui n'intéressent personne (et là... c'était vrai !) , contentez-vous de remplir vos papiers, amusez-vous, et laissez donc les spécialistes confirmés conduire le bateau. » Avec Giscard, c'est un nouveau stade dans le mimétisme. Non seulement, il s'étend dans son propre camp, mais encore déteint sur l'opposition, qui n'attendait que ça... A partir du moment où Giscard décréta le libéralisme avancé et déclara qu'il ne poursuivrait pas en justice les chansonniers et caricaturistes irrévérencieux, on ne s'insulta plus. Les débats télévisés prirent l'allure d'un thé non-dansant (mais ça va venir, patience !) , d'une conversation entre vieilles ladies. Bref, c'est l'heure du tricot. Tout effort vaguement polémiste s'annonce désormais avec trois expressions clés, véritables incantations rituelles de rigueur  : « Si vous voulez », « Ecoutez » (qu'on précède parfois d'un « Alors ») et « Vous savez ». C'est devenu un gimmick que l'on prononce en rejetant légèrement la tête en arrière. Il est évident que ce tic pourrait aisément disparaître avec quelques leçons chez un professeur de diction. Ces trois petites phrases n'ont pas d'intérêt en soi. « Si vous voulez » se passe de commentaires. Qu'on le veuille ou non, le type en face va quand même nous en faire profiter. « Ecoutez » également. Qu'est-ce qu'on fait d'autre que d'attendre sa bonne volonté ? Quant à « Vous savez », c'est plus roublard puisqu'il vise à nous mettre en confidence. C'est  : « Vous le savez déjà, vous êtes des nôtres, mais met- (Suite page 84.)
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