Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CHEYCO LEIDMANN REVELE PAR LA MODELE CARNET MONDAIN DANDY WARHOL LA VIE PRIVEE DES STARS LES APPAREILS UNIQUES EN LEUR GENRE DANS LE NOUVEAU NUMERO DE PHOTO Î
GENS D'AMES ET VIOLEURS « Je lui ai demandé si je pouvais l'inviter à dîner. Sans doute que c'était ça que j'avais eu envie... Mais c'était trop difficile. La violer, c'était plus facile... (Suite de la page 116.) tour de moi, ces trois mecs qui ont violé des femmes. Ces trois mecs qui, comme celui de Sacramento Street, ont l'air de jeunes Américains comme les autres. Ces trois mecs qui me parlent comme me parlerait leur propre psychiatre, c'est dingue. Sur l'acte en soi, quand même, ils ne sont pas bavards... Sur les victimes, des descriptions flash-back de filles renversées dans les tessons de bouteille d'un parking. Labourées dans le silence blanc d'un ascenseur. Matraquées derrière la caisse d'un liquor store... « Le plus bizarre, c'est que je n'en avais même pas envie, de cette môme... dit Phil. Ça aurait pu être un mec, un chien ou n'importe quoi... » Larry acquiesce  : « Moi, avec les deux, ça a été pareil. Je les ai terrorisées trois heures. Je les ai baisées trois minutes... » Là encore, il avait raison l'inspecteur Sullivan  : le viol, ça n'a vraiment pas grand-chose à voir avec le sexe... Alors ? A voir avec quoi ?... « Problèmes d'émotions » qu'il a dit. Quelles émotions ? « Le manque de communication... » qu'ils répondent en choeur... Phil grogne  : « J'ai toujours eu du mal à parler aux filles... » « Je sais dire à une fille « Je t'aime », mais pas ce qui va avec... » avoue Tony. Larry, lui, il répond en racontant son second viol  : « La fille, c'était une aveugle de Pacific Heights, le quartier riche de San Francisco... Le lendemain je l'ai attendue devant chez elle jusqu'à ce qu'elle sorte avec son chien. Je lui ai demandé si je pouvais l'inviter à dîner. Sans dotite que c'était ça que j'avais eu envie de lui demander la première fois... Mais c'était trop difficile. La violer, c'était plus facile... » Un temps. Brusquement, il se ronge furieusement les ongles. Puis continue  : « Toutes ces histoires de manque de communication, ça commence avec l'éducation. En Amérique, les gens ne se touchent pas. Quand ils se touchent, c'est qu'ils baisent. Et, quand ils baisent, la seule chose qu'ils ont dans la tête, c'est la honte de baiser ! »... Et vlan. Tout ça, au fait, il l'a appris où ? « Dans mes classes de connaissance de la sexualité » me jettet-il. Froid. Ah, bon. Mais au fait, que je demande, et eux, quand ils ont bousculé des nénettes affolées dans des tessons de bouteille, la seule chose qu'ils avaient dans la tête, c'était quoi ?... Là, quand même, un temps. Les trois, songeurs et tout. Avec, au fond de l'oeil, pour la première fois, cette petite flamme qui me donne envie de me barrer tout de suite  : « La colère en premier. Et puis le Pouvoir.. Je me suis senti le roi du monde... » chuchote Tony. Il me regarde. Sa figure brille de joie comme un soleil noir. Je regarde ailleurs... Les deux autres, en gros, disent pareil. Colère et pouvoir. Nous y voilà. Colère et pouvoir pourquoi ? « J'ai un problème d'ego. Mon psychiatre et moi nous travaillons pour l'améliorer... » dit mystérieusement Larry. Phil relève sa mèche de chanteur rock  : « C'est un cliché facile de parler de mère possessive, mais... ». Mais la sienne, prof'de maths, à Los Angeles, qu'il dit, l'était. Il nous en balance une description clinique à nous couper le souffle. La super-possessivité maternelle. Le papa passif. Le gosse qui dit « oui » a tout pour ne pas être battu. Et la haine des femmes qui grandit. Qu'on étouffe. Et puis qu'un jour, on étouffe plus. Et la revanche. Il fronce les sourcils  : Dans un sens, c'est dingue. Dans l'autre, ça se tient... » Je ne lui demande pas qui lui a expliqué que ça se tenait. Sans doute le prof'd'une super-classe de connaissance du comportement parental... De loin, dans la cage de verre qui se dresse au bout de la salle de séjour, Gros Paul qui discute avec un flic et une infirmière me fait un petit geste amical. Dans ma tête, sa voix se lève, qui m'a dit, tout à l'heure  : « On fait le compte des malades quatre fois par jour !. »... Pourtant, les joueurs de dominos et les frénétiques du bouquin n'ont pas l'air d'avoir des rêves de cavale. A mieux les regarder  : nerveux quand même. Beaucoup d'ongles qu'on ronge, comme Larry. Beaucoup de pieds qui se balancent, énervés, au bout de la chaussure de tennis, comme le pied de Phil. Beaucoup trop de tasses de café et de cigarettes à la chaîne... « La colère ? » dit Tony et ses yeux deviennent deux fentes couleur d'ambre... « Comment est-ce qu'on peut être noir, aux Usa et ne pas être en colère ? » « La bonne excuse, hein ? » ricane Larry. « Ta gueule... » répond Tony. Gentil. Le problème du Noir en colère, il en a discuté avec les mecs du Projet noir  : une « classe » menée par deux psychologues noirs qui apprennent aux résidents de la même couleur à s'adapter aux résidents d'une autre couleur... « Ils m'ont fait comprendre que, pour nous, le viol, c'est presque un élément historique. Et, moi, qui suis noir je me suis aperçu, que notre histoire, je ne la connaissais pas... » Maintenant, il la connaît. Maintenant, ce qu'il commence surtout à connaître, c'est sa propre histoire. Avec le ghetto de Watts, à Los Angeles. Et les Blancs qui, comme il dit, « trois rues plus loin, faisaient les Casanova avec les nénettes... » Les mêmes nénettes qui lui rient au nez à lui... « Alors, un jour, j'ai trouvé un moyen de les empêcher de rire... » Un temps. Phil va se chercher un café. Larry dévore ses ongles, l'oeil vague. Tony ajoute  : « Juste avant de violer la quatrième, quand je suis sorti de taule, je me suis pris un chien. Je me suis dit  : « Comme ça, quand je sortirai le soir, ça m'occupera. Au moins, je ne penserai pas à autre chose... » La quatrième, qu'il a dit. Là, quand même, je sursaute. Je ne sais pas comment demander. Et puis je demande  : « Vous en avez violé combien ? » « Neuf... » qu'il répond. En douceur. La panique me tombe dessus. Mon oeil raccole la cage de verre. Toujours là, Gros Paul ? Toujours là. Ouf. C'est con. Mais ouf. Le drame de Tony, c'est, paraît-il, (Suite page 121.) 119



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