Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 114 - 115  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
114 115
GENS D'AMES ET VIOLEURS L'aeil de mecs qui n'ont pas baisé depuis longtemps. Avec un petit quelque chose en plus  : « On leur donne des médicaments, mais ils ont le droit de les refuser... (Suite de la page 112.) coup, je me dis que je suis con. Vraiment con. La réponse, ça n'est pas ceux que j'ai vus qui l'ont, ni le flic, ni l'inspecteur, ni l'infirmière, ni le « counselor », ni Gary Freitas... La réponse, à supposer qu'il y en ait une, c'est, naturellement, les violeurs qui l'ont. Mais les violeurs, ils sont terrés dans les fourrés de Berkeley. Ou planqués dans les parkings des supermarchés. Ou coincés derrière les barreaux de St- Quentin... Et, à St-Quentin, on me répond désolé, parler aux violeurs, impossible, car, les mecs, ils n'ont pas le droit de raconter leur vie en dehors de la présence de leur avocat... Et les avocats me répondent désolé, pas question, car les mecs, n'est-ce pas, ils ont des familles, et, généralement, les familles... Et les familles me disent d'aller me faire foutre... Et là, je suis vraiment sur le point de laisser toi » - ber. Et puis, dans ma mémoire, quelque chose fait « tilt ». Et je marche tout droit vers la cabine de verre (l « i fait le coin de Market Street et de la T Rue. Et je téléphone à Gary Freitas. Et je demande  : « Atascamachinchouette... Ce centre de réhabilitation pour violeurs dont vous m'avez parlé, c'est quoi exactement ? Et, au fait, c'est où ? ». Atascadero, c'est juste entre San Francisco et Los Angeles. Dans un sens, c'est un hôpital communal, comme ils disent, affilié à quatre des plus importantes universités américaines  : Stanford, Santa Clara, San Francisco, Los Angeles. Mais un hôpital genre prison, avec des flics, des flingues, des barreaux. Atascadero, dans l'autre sens, c'est donc aussi une prison. Mais genre hôpital. Avec des lits, des salles d'opération, de radiologie, des infirmières, des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes paraît-il les meilleurs d'Amérique... Atascadero, si on met tout ça ensemble, c'est un centre de réhabilitation pour délinquants sexuels, terme pudique et général qui désigne d'abord les violeurs, la majorité. Et puis les autres. Ceux qui passent leur vie à déboutonner leur 114 trench-coat, histoire de montrer leur zizi aux dames. Ceux qui baisent leurs propres enfants. Ou ceux des autres. Onze cents en tout... Atascadero, comme dit la brochure publicitaire et grise sur laquelle fleurit un arbre rose, c'est une « expérience intensive dans un paysage serein rehaussé par de merveilleuses collines plantées de chênes, une entreprise entièrement dévouée à la réhabilitation des délinquants de Californie »... Pour le dévouement, je ne sais pas encore. Pour le paysage, c'est vrai... Dans le soleil pâle de huit heures du matin, Atascadero, village de luxe, rose et plat, s'étirant dans un océan de verdure, c'est le plus bel endroit du monde... Pour des mecs qui sont peutêtre aussi les plus dingues... Confiture pour les cochons ? Ou thérapie ?... J'avance dans une allée sablée de blanc comme dans les contes de fées. Dans ma poche, mon laissez-passer, enfin octroyé après un mois de correspondance fébrile, d'envoi d'articles faisant foi, de lettre du vice-consul de France, de tout un dossier qui brâme, certifie, jure, que je suis une vraie journaliste, et pas... pas quoi, au fait ? Sais pas. C'est leur problème. Passons... Là où l'allée s'arrête, une flèche s'envole criant Visiteurs devant la porte de verre trouant une façade rose. Escalier. Hall couleur de coquillage. Jet d'eau sur mosaïque bleue comme à Hollywood. Je m'annonce à une réceptionniste. Relis mon plan de la journée. Tournée de l'hôpital, escortée par un assistant-psychiatre. Déjeuner. Interviews avec les malades  : « Vous n'aurez aucun problème... Ils aiment bien les journalistes ! » me dit Gros Paul, l'assistant-psychiatre justement, surgi d'un couloir brillant.. Géant dans la trentaine à tête bouclée, barbe bouclée, sourire bouclé et jeans d'Américain bien tranquille... On démarre. Couloir beige, miroitant comme une mare. Une porte. Une espèce d'antichambre avec, au fond, des barreaux. Et, devant, des flics à flingues  : Votre sac, votre montre. Oui, votre briquet aussi... » Un oeil rouge s'allume sur le mur. Les barreaux glissent. On passe. Autre couloir... Au bout, des silhouettes vêtues de gris  : « Les violeurs sont deux fois plus nombreux qu'il y a cinq ou six ans... » m'explique Gros Paul «... L'opinion publique américaine a changé. Avant, ce qu'on voulait, c'était les réintégrer a tout prix dans la société. Ça a donné... des accidents. Trop d'accidents. Maintenant les gens ont la trouille. Tout ce qu'ils souhaitent c'est qu'on les garde bouclés ici le plus longtemps possible... » Moi aussi. D'un coup, mon coeur tape. Les silhouettes en gris sont devenues des mecs en gris  : pantalons de toile et chemises ou chandails. Et, pour tous, ces chaussures de tennis qui leur donnent l'air de fantômes en vadrouille... On glisse. En sens inverse, les violeurs nous arrivent dans la figure en gros plan. La plupart, vachement jeunes, c'est vrai. Certains, l'oeil embrumé. D'autres, l'oeil bien vivant. L'oeil de mecs qui n'ont pas baisé depuis longtemps. Mais avec un petit quelque chose en plus qui me colle un malaise effrayant  : « On leur donne des médicaments, mais ils ont le droit de les refuser, comme ils ont le droit de refuser électrochocs et lobotomies... ». On glisse... Gros Paul ouvre une porte. Un mec tout seul. Pétrifié sur une chaise. Yeux clos. Dans un océan de murs bleu pâle. Gros Paul referme la porte  : « C'est la chambre de méditation... » Un peu plus loin, la chapelle  : Nous avons des services religieux pour les catholiques, les protestants, les juifs, les Hare Krishna... » Ah bon ? Moi j'aurais plutôt cru que, violer, c'était leur seule religion, aux violeurs. A croire que l'un n'empêche pas l'autre... On glisse. Autre porte. Une petite pièce surchauffée. Trois violeurs surchauffés aussi. Deux qui tapent à la machine. Un qui s'agite à côté d'une presse à imprimer  : « C'est là qu'ils impriment leur journal. Un journal qui les aide (Suite page 6.)
I " 01100000iii. 00 ; !. c911aahaa ? ha -cietbon.,



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Lui numéro 194 mars 1980 Page 1Lui numéro 194 mars 1980 Page 2-3Lui numéro 194 mars 1980 Page 4-5Lui numéro 194 mars 1980 Page 6-7Lui numéro 194 mars 1980 Page 8-9Lui numéro 194 mars 1980 Page 10-11Lui numéro 194 mars 1980 Page 12-13Lui numéro 194 mars 1980 Page 14-15Lui numéro 194 mars 1980 Page 16-17Lui numéro 194 mars 1980 Page 18-19Lui numéro 194 mars 1980 Page 20-21Lui numéro 194 mars 1980 Page 22-23Lui numéro 194 mars 1980 Page 24-25Lui numéro 194 mars 1980 Page 26-27Lui numéro 194 mars 1980 Page 28-29Lui numéro 194 mars 1980 Page 30-31Lui numéro 194 mars 1980 Page 32-33Lui numéro 194 mars 1980 Page 34-35Lui numéro 194 mars 1980 Page 36-37Lui numéro 194 mars 1980 Page 38-39Lui numéro 194 mars 1980 Page 40-41Lui numéro 194 mars 1980 Page 42-43Lui numéro 194 mars 1980 Page 44-45Lui numéro 194 mars 1980 Page 46-47Lui numéro 194 mars 1980 Page 48-49Lui numéro 194 mars 1980 Page 50-51Lui numéro 194 mars 1980 Page 52-53Lui numéro 194 mars 1980 Page 54-55Lui numéro 194 mars 1980 Page 56-57Lui numéro 194 mars 1980 Page 58-59Lui numéro 194 mars 1980 Page 60-61Lui numéro 194 mars 1980 Page 62-63Lui numéro 194 mars 1980 Page 64-65Lui numéro 194 mars 1980 Page 66-67Lui numéro 194 mars 1980 Page 68-69Lui numéro 194 mars 1980 Page 70-71Lui numéro 194 mars 1980 Page 72-73Lui numéro 194 mars 1980 Page 74-75Lui numéro 194 mars 1980 Page 76-77Lui numéro 194 mars 1980 Page 78-79Lui numéro 194 mars 1980 Page 80-81Lui numéro 194 mars 1980 Page 82-83Lui numéro 194 mars 1980 Page 84-85Lui numéro 194 mars 1980 Page 86-87Lui numéro 194 mars 1980 Page 88-89Lui numéro 194 mars 1980 Page 90-91Lui numéro 194 mars 1980 Page 92-93Lui numéro 194 mars 1980 Page 94-95Lui numéro 194 mars 1980 Page 96-97Lui numéro 194 mars 1980 Page 98-99Lui numéro 194 mars 1980 Page 100-101Lui numéro 194 mars 1980 Page 102-103Lui numéro 194 mars 1980 Page 104-105Lui numéro 194 mars 1980 Page 106-107Lui numéro 194 mars 1980 Page 108-109Lui numéro 194 mars 1980 Page 110-111Lui numéro 194 mars 1980 Page 112-113Lui numéro 194 mars 1980 Page 114-115Lui numéro 194 mars 1980 Page 116-117Lui numéro 194 mars 1980 Page 118-119Lui numéro 194 mars 1980 Page 120-121Lui numéro 194 mars 1980 Page 122-123Lui numéro 194 mars 1980 Page 124-125Lui numéro 194 mars 1980 Page 126-127Lui numéro 194 mars 1980 Page 128-129Lui numéro 194 mars 1980 Page 130-131Lui numéro 194 mars 1980 Page 132-133Lui numéro 194 mars 1980 Page 134-135Lui numéro 194 mars 1980 Page 136-137Lui numéro 194 mars 1980 Page 138-139Lui numéro 194 mars 1980 Page 140-141Lui numéro 194 mars 1980 Page 142-143Lui numéro 194 mars 1980 Page 144-145Lui numéro 194 mars 1980 Page 146-147Lui numéro 194 mars 1980 Page 148-149Lui numéro 194 mars 1980 Page 150-151Lui numéro 194 mars 1980 Page 152-153Lui numéro 194 mars 1980 Page 154