Lui n°194 mars 1980
Lui n°194 mars 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°194 de mars 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 154

  • Taille du fichier PDF : 141 Mo

  • Dans ce numéro : Californie, opérations anti vol.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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GENS D'AMES ET VIOLEURS Carolyn qui le raconta devant les caméras, son viol, histoire d'encourager d'autres victimes à raconter le leur. Mais depuis il paraît qu'elle a quitté la ville... (Suite de la page 102.) sexuels. Quatre centres pour les témoins d'assauts sexuels, offrant bénévolement transport à la préfecture de police, escorte pour les rendez-vous juridiques, et même traductions pour celles qui parlent une langue étrangère... Un programme spécial à l'université... Un groupe de femmes, juges et avocates, la Queen's Bench Fondation faisant distribuer un peu partout un pamphlet bleu, le Guide pour les victimes du viol, leur expliquant ce qu'elles peuvent attendre ou pas des flics, du juge, de leur avocat, d'une éventuelle confrontation juridique avec leur assaillant, de l'Etat de Californie qui, souvent, leur balance une généreuse compensation financière  : vingt mille dollars ou plus. Tout ça, toute cette gigantesque opération « S.o.s-Viol », comme ils disent, est rondement menée par une armée de psychologues, de psychiatres, d'infirmières, d'assistantes sociales, de « counselors »... Mais, naturellement, leur problème à eux, ce sont les victimes... Les victimes qui commencent toujours par refuser de faire une déposition. Parce qu'elles ont honte. Parce qu'elles ont peur. Parce qu'elles veulent essayer d'oublier. Les victimes qui n'oublieront pas, qui n'oublieront jamais, et elles en rêvent, la nuit, de leur viol, comme les anciens du Viêt-nam rêvent du Viêt-nam, et sans doute que, comme eux, elles en rêveront jusqu'à la fin de leurs jours. Les victimes qui divorcent parce que, d'un coup, les mecs, elles ne peuvent plus les sentir. Les victimes qui changent de boulot, d'appartement, de ville, d'Etat, de pays, disparaissent ni vu ni connu, comme Carolyn Craven, jeune et Noire et belle. Et aussi reporter à K.q.e.d., la station de télé de San Francisco. Carolyn Craven, quarantedeuxième victime du « Puant » de Berkeley. Carolyn qui le raconta devant les caméras, son viol, histoire d'encourager d'autres victimes à raconter le leur. Mais qui, depuis «... ne travaille plus ici... a déménagé... il 112 paraît même qu'elle a quitté la ville... et les Etats-Unis... » qu'on m'a dit, dans les bureaux de K.q.e.d. Les victimes qu'on aide comme on peut en leur balançant des séances de psychothérapie pendant un an  : « Si elles refusent, elles ne font que bloquer le problème dans leur tête et il ressurgira un jour ou l'autre, parfois plusieurs années après... », me dit une autre Carolyn, belle aussi, mais cellelà, blanche et blonde, et infirmière en chef au centre d'urgence d'Ivy Street... « Le viol ? C'est peut-être le symbole de l'écroulement de la cellule familiale aux Etats-Unis. Des recherches récentes montrent que beaucoup de violeurs ont été eux-mêmes, étant enfants, brutalisés par leurs parents... Oui, les parents-bourreaux c'est encore un de ces scandales américains dont on ne parle pas assez... Bref, en choisissant, plus tard, la violence, ces gosses-là ne font, en quelque sorte, que rendre à la société la monnaie de sa pièce. Vous savez, c'est juste une théorie parmi tant d'autres... La vérité c'est qu'on ne sait rien, vraiment, de la psychologie du violeur... » Il avait raison, l'inspecteur Sullivan. Personne ne sait. Mais chacun a sa petite idée... « Le viol ? » me dit Christopher, counselor » des victimes à l'hôpital général de San Francisco, « c'est peutêtre le résultat du comportement macho et de l'image à la John Wayne que les hommes américains, sous peine de passer pour des lavettes, ont été obligés d'endosser depuis tant d'années... » « Le viol ? C'est le symbole de l'écroulement de l'économie américaine... » m'a dit Mimi Silbert, une mini-bonne femme brune, avec un cerveau gros comme ça, un coeur gros comme ça, auteur d'une étude sur le viol aux Etats-Unis pour le compte du département de la Santé mentale de Washington et aussi épouse de John Mahar, fondateur du programme de réhabilitation le plus réussi d'Amérique  : Delancey Street... «... L'échec de notre système c'est qu'il n'a donné aux Américains aucune valeur solide. Et, le résultat, c'est qu'avec tout ce qui se passe aujourd'hui  : la crise du pétrole, la crise de l'enseignement, les gens paniquent... Ça fait une foule d'individi s qui luttent frénétiquement, névrotiquement, pour retrouver ce sentiment de contrôle qu'ils pensent avoir perdu... Le viol, c'est un acte, malade, de pouvoir... » « Le viol ? Eh bien, même moi qui examine cinq violeurs par semaine, je m'y perds... » me dit, sur fond de fenêtre ouverte et de verdure, Gary Freitas, psychologue attaché à l'hôpital de Santa Clara. Et moi qui me disais  : « Enfin un qui va éclairer ma lanterne ! » j'en suis pour mes frais devant ce petit barbu en Levi's, fou ce que tout le monde est jeune, en Amérique, qui me raconte, comme les autres que tout ce qu'il sait, c'est qu'il ne sait pas... « Oui, c'est un problème sans réponses parce que chaque individu est différent... Pour l'un, on pensera à un conflit papa-maman. Pour un autre, à une histoire de drogue ou d'alcool. Pour un autre encore à un problème racial... Mais pourquoi est-ce que ceux-là se sont mis à violer et pas d'autres dans les mêmes conditions ? Comme on ne sait pas, ça fait des bagarres... La Cour, par exemple, prétend qu'ils ne sont pas mentalement perturbés. Nous, nous affirmons qu'ils le sont... Le système judiciaire américain ne sait pas trop quoi en faire et agit au petit bonheur... Pourquoi envoie-t-il certains violeurs en prison ? D'autres dans certains centres de réhabilitations comme Atascadero ?... Ce qui est sûr, c'est que c'est un problème qui commence à nous faire honte... Quand on pense que les Etats-Unis passent pour la société la plus civilisée et que c'est la société qui... viole le plus, hein, ça ressemble à quoi ?... ». A rien. Ça ne ressemble à rien. Enfin à rien qui apporte une espèce de réponse précise au problème du viol en Amérique... D'un (Suite page 114.)



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