Lui n°193 février 1980
Lui n°193 février 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°193 de février 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 138

  • Taille du fichier PDF : 136 Mo

  • Dans ce numéro : une nouvelle policière de Woody Allen.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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HOMO SOVIETICUS K Elle se met à se déshabiller, moi je sens que je vais tourner de l'aeil. Et là commence le pire. Elle va chercher son foutu coq. Elle l'attache par le cou au fil de fer... (Suite de la page 114.) ras, il cria dans le couloir  : « C'est votre Alex ! Votre incurable vaginophile ! » Sous le rire général, je fus introduit dans la salle à manger où toute l'assistance se prêtait à la même mascarade. Pour ne pas changer, tout le monde braillait, cherchant à savoir le pourquoi de cet oukase. Pour ne pas changer, on présumait que l'un des « nôtres » était en passe d'arriver au pouvoir. Un exemple d'anecdote circulant dans les cafés moscovites  : « Deux pédés descendent la rue Gorki, ils croisent deux beautés fantastiques. L'un murmure à l'autre  : « Quel dommage que nous ne soyons pas lesbiennes. » Les mystères du sexe russe révélaient parfois des aspects si fantastiques que j'avais du mal à croire les récits de mes amis. J'en avais un qui pouvait parfaitement passer pour un bandit d'Odessa, des poings comme des pastèques, des épaules d'Hercule, l'aeil toujours décoré d'une délicieuse cocarde violette, témoin de la dernière bagarre, sentimental à faire peur, il avait la détente et la larme facile, il écrivaillait de petits récits empreints de mièvrerie, on ne sait pourquoi appelait ses nanas des « bâtons », et gagnait sa vie en transbahutant, la nuit, des sacs de sucre. Et cet ours moscovite aux yeux bleus tomba amoureux d'une sorcière du marché de Tichinka. Il l'avait aperçue une fois, en train de faire la queue pour acheter de la volaille vivante depuis, c'était fini, il n'arrivait plus a s'en détacher, il la suivait partout tel une ombre. Les femmes lui tombaient dessus comme des mouches, mais lui, morose et taciturne, n'avait d'yeux que pour elle. Elle avait dans les trente-cinq ans, était un peu sèche, sans rien de particulier, rien de bandant. « Mais elle me rendait complètement dingue », disait-il, dès qu'elle apparaissait à ce maudit marché, j'en avais tout mon sang qui me montait à la tête où à la bite. Dormir mon cul ! Bouffer impossible ! Et elle, elle m'envoyait sur les roses  : va te faire voir ! Sans même me faire grâce 120 d'un regard. Un jour, de tout évidence, elle en eut assez. Elle me jeta (en me regardant droit dans les yeux, mon vieux, moi, je m'envolais comme après un cinquième coup)  : « on y va ». Elle avait des yeux... on aurait pu s'y noyer tout entier. Cette fois-là encore, elle avait acheté un coq vivant. Moi, franchement, je pensais qu'elle élevait des poules et qu'elle vendait des oeufs... Nous passâmes dans un débit d'alcool, j'y achetait une 777, du vin bon marché, elle un quart de vodka. Elle vivait dans une petite baraque avec un potager juste au bord du chemin de fer derrière le cimetière. On arriva. Elle, pas un mot. Sa chambre était cauchemardesque, comme privée de vie  : le lit dans un coin, couvert de chiffons, une fenêtre borgne barrée d'un côté par les peupliers et les toiles d'araignées de l'autre. Un fil d'acier pendait, accroché au plafond. Un certain malaise commença a m'envahir. Pourtant j'allai vers elle, la tirai à moi, sa poitrine respirait comme de la pâte qui lève. Mais elle, comme si elle parlait à un enfant, me dit  : assieds-toi et regarde. Je m'asseois dans un coin, par terre, je la vois qui se met à se déshabiller ; moi, je sens que je vais tourner de l'aeil. Elle ouvre la bouteille de vodka, boit. Et puis, commence le pire. Elle va chercher son foutu coq. Elle l'attache par le cou au fil de fer. Le coq se défend comme un diable, il se débat, il hurle. Il pend à trente-six centimètres du plancher. Il pend comme à l'époque d'Ivan le Terrible. Tout se brouille devant mes yeux. Elle est complètement nue, blanche et forte. Elle a fini de boire, elle commence à se conditionner. Moi, de peur, je n'arrive même pas à bander. La seule chose qui tienne debout, c'est ce foutu vin en travers de ma gorge. Et elle a les yeux qui commencent à s'exorbiter, ses taies de sorcière brillent d'un éclat blafard. Et juste avant de basculer, mon vieux (que je ne boive plus un verre de ma vie, si je mens), elle tire de toutes ses forces sur le pauvre coq jusqu'à ce que le fil lui tranche la tête, et tout ce cou, cette fontaine sanguinolente, elle se la fait couler entre les cuisses... Tu me croiras si tu voudras, je suis complètement parti. Un siècle après j'ouvre les yeux, elle aussi gît sur le plancher, toute en sang. Le soir, elle me dit  : Tu comprends maintenant pourquoi vous, les hommes, j'en ai rien à foutre ? ». Et moi, dans l'embrasure de la porte  : « Et des coqs, qu'est-ce que tu en fais après, de la soupe ? » Y a-t-il eu une révolution sexuelle en Russie ? La Russie a eu celle d'Octobre, qui a rendu caduque la question des révolutions mineures. Dans les années vingt, à l'époque naïve des entreprises exotiques, le pays a connu quelque chose comme des sectes ou des organisations qui, d'une façon ou d'une autre, se réclamaient de la liberté sexuelle. On assistait au processus classique du rejet d'un ancien régime et aux tentatives de mise en place d'un système radicalement opposé. Mais, comme nous le voyons maintenant, ce régime n'a rien engendré de nouveau, une forme de conservatisme est venue se substituer à une autre  : conservatisme épineux, mensonger. En revanche, ce qu'il y a eu en Russie, c'est une révolution asexuelle, quasiment planifiée, il est vrai. Méthodiques, bornés mais conséquents, les dirigeants poursuivent, jusqu'à présent, la castration du pays. Les répressions de masse, les camps de concentration, le travail coercitif, les différentes formes d'isolement, et par conséquent, la répression de la vie sexuelle, les vagues de famine, la débandade de l'économie et ce que l'on ressent chaque jour, à chaque minute l'oppression de la peur, une psychose dépressive et massive du mensonge, voilà l'armature du quotidien soviétique. On peut dire cependant à la gloire de l'homme qu'il n'est pas si simple de l'anéantir. En Russie, on boit sans faillir, c'est un pays qui se suicide par l'alcool, tout son potentiel se perd dans la boisson. Ne pas boire est (Suite page 122.)
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