Lui n°193 février 1980
Lui n°193 février 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°193 de février 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 138

  • Taille du fichier PDF : 136 Mo

  • Dans ce numéro : une nouvelle policière de Woody Allen.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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HOMO SOVIETICUS La quasi-totalité de ceux qui avaient effectué leur service militaire selon le principe « trois ans sans femmes » présentaient des symptômes de prostate chronique... (Suite de la page 104.) de cris rauques, comme on nous nivelait à coups de fer à repasser, un officier à la tenue impeccable, marchant le long des rangs dans une neige d'un bleu aveuglant, nous signifia  : « Chacun de son côté, autant que vous le voulez. Mais pas question de le faire par deux ! ». Cela signifiait en clair que la masturbation n'était pas interdite. Mais que l'homosexualité était passible de punition. Aucun de nous, du reste, n'y avait même songé avant que n'arrivent les nouvelles recrues, essentiellement des Kazakhs. Ils connaissaient mieux que nous la question, ces gars orientaux, mais ils restaient dans leur cercle. Pour nous autres, Moscovites, c'était aussi étrange que saugrenu. Pourtant les « poêleurs », les « ateliers chocolat », comme on les appelle d'habitude, ne manquaient pas sur les îles de l'archipel dispersées dans la mer de la taïga. Mais seuls les soldats des escortes étaient à même de nous en parler ; or on les gardait dans l'isolement. Parfois, il est vrai, il arrivait qu'on envoie un simple soldat convoyer un lot de prisonniers, quelque part à Biisk, au camp des femmmes, et aucun d'eux n'est rentré sans être traumatisé par ce qu'il avait vu, par toutes ces merveilles qui recèle le goulag  : les cages de fer sur les péniches, le « mat » qui dépasse en grossièreté tous les argots du monde langage choisi à cinq niveaux dont les détenues abreuvaient les soldats. Personne ne peut rivaliser dans la grossièreté avec une prisonnière qui jure ! Aucun droit-co, même le plus expert, n'y arriverait... Durant les premiers mois à l'armée, quand dans les ténèbres mordantes des matins sibériens, on nous faisait courir, nus jusqu'à la ceinture par un froid de moins trente, des cross de cinq kilomètres, les aliments incomestibles brûlant en travers de la gorge, les jambes soulevant à peine des bottes si lourdes qu'on les aurait crues de fonte, je me suis lié d'amitié avec un coiffeur du boulevard Arbat ; il avait un gros 114 nez que des rhumes permanents n'arrêtaient pas de faire couler. Nous n'avons pas eu le temps de nous raconter notre passé, nous n'avons pas eu le temps de découvrir les penchants de l'un et de l'autre  : la main des tchékistes s'était déjà abattue sur lui et l'avait tiré hors de la chambrée endormie. Si experts à démêler les échevaux de nos destins confisqués aux Parques, les vigilants porteurs d'épaulettes bleues eurent tôt fait de découvrir que mon ami avait coupé les cheveux et peigné quelqu'un de l'ambassade américaine, si bien que sa présence dans une zone industrielle secrète (là où, à part les barbelés et les tuyauteries, seul le diable aurait pu voir quelque chose), s'avérait tout à fait inadmissible. C'est ainsi qu'on s'en débarrassa en le transférant au camp des femmes. Là, au bout de deux ans de service, du haut d'un mirador pourri (tous les miradors, vieux, sont complètement pourris, parce que des femmes, on n'en a pas vu déjà depuis deux ans et qu'une liaison avec une prisonnière, sauf pour les « koum », officiers responsables du travail idéologique avec les prisonniers dans les camps et les « macaronnistes », sergents qui font des heures supplémentaires, gardes staliniens, qui ne font rien, c'est le bataillon disciplinaire pour toute la durée du service et ça, c'est pire que la tôle !) , il a descendu d'une rafale de mitraillette une jeune beauté, de dix-huit ans qui, nue, se masturbait « juste » en face. L'urologue de la ville, un exalcoolique, une ampoule d'antabuse cousue dans le corps, dont le seul plaisir était de regarder les autres boire, me disait, assis, un verre d'eau minérale à la main, et malgré tout complètement ivre, que la quasi totalité de ceux qui avaient effectué leur service militaire selon le principe « trois ans sans femmes » présentait des symptômes de prostate chronique. Il avait pour vis-à-vis à table un gangster sexuel renommé  : visage effacé, moustache au poil rare, crâne dégarni, veines marquées de traces de piqûres. Il portait une veste élimée. Les vrilles de ses yeux n'arrêtaient pas de transpercer tout le monde, hommes et femmes. Ce soir-là, c'était lui qui invitait ; il venait de rentrer de province où il était en train de monter un musée de la Révolution, et les chefs du parti sur leur fond rouge, les marins de la Baltique partant à l'attaque la bouche grande ouverte, les kolkhoziennes à la poitrine généreuse, des serpes à la main énergiquement brandies comme si à tout moment elles étaient prêtes à couper les couilles de l'ennemi, tout cela lui avait valu une petite fortune et la vodka coulait à flot, tel un Niagara miniature. Mais sa célébrité avait une autre cause. Un jour, dans une petite ville de la banlieue moscovite endormie dans sa crasse, il avait, en haut d'une colline dominant les rues, et sous les regards ébahis des édificateurs du Isme, sauté l'un après l'autre, une dénommée Génia, le milicien Solnychkine et... une chèvre. ! « Ça c'est vraiment passé comme ça, dit-il avec modestie, quand je relatai à l'urologue ce fait déjà connu de ses amis... Ça a été d'abord le milicien Solnychkine, puis la chèvre et seulement après la jeune fille nommée Génia, mais avec elle, j'ai rien réussi à faire ! » Il y a sept ans, un arrêté secret adopté dans les hautes sphères avait allégé les poursuites pour homosexualité. Au Bolchoï, au Conversatoire, dans les petits groupes d'intimes, cet oukase, connu sur l'heure, avait été célébré comme une fête. Ce qui n'empêcha pas, quand on le jugea nécessaire, d'expédier au camp pour homosexualité, Paradjanov, le réalisateur du célèbre Saga Nova, film qui fut sur le champ retiré des écrans. Je tombai dans un groupe de ce genre par hasard, en allant rendre un manuscrit interdit. La porte me fut ouverte par un homme maigre, d'environ soixante ans, en bas de soie noire, chaussé de talons aiguilles. Il était dans une robe également noire, mal rasé. Voyant mon embar- (Suite page 120.)
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