Lui n°193 février 1980
Lui n°193 février 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°193 de février 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 138

  • Taille du fichier PDF : 136 Mo

  • Dans ce numéro : une nouvelle policière de Woody Allen.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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HOMO SOVIETICUS « Aussi étrange que cela paraisse, c'est Moscou qui est la capitale de l'homosexualité dans le monde. Oui, je dis bien Moscou, et pas San Francisco ! (Suite de la p.94.) connaître la réalité soviétique jusqu'à l'âme empreinte d'ennui, de bégueulerie et de puritanisme non dit, pour pouvoir réellement apprécier leur déchaînement. A minuit passé, des étrangers arrivèrent. Jetant un regard par la fenêtrt, je vis dans les ténèbres enneigées d'un bleu intense une Volvo avec une plaque d'immatriculation blanche, accompagnée d'une escorte d'honneur, c'est-à-dire de deux Volga du K.g.b. Après qu'ils eurent à la russe ingurgité un verre plein chacun, les langues se délièrent et l'un deux, moustachu, le visage tout variolé comme s'il avait souffert des mites, un Anglais, me dit  : « Aussi étrange que ça paraisse, Moscou est la capitale de l'homosexualité dans le monde. Oui, je dis bien Moscou et pas San Francisco. C'est le dernier endroit au monde où c'est resté intéressant, prenant, plein de vie et non de cette mollesse, incroyable, de cette paresse insensée comme c'est le fait de ceux qui brûlent leur vie en Occident. On vient à Moscou pour l'aventure, ici on a le sentiment d'encourir de vrais risques, c'est encore une ville où l'amour unisexe est passible de prison. J'aime Moscou. Qu'estce que vous buvez ? » Nous descendîmes chacun, un verre de vodka parfumée à l'écorce de citron, croquâmes un cornichon, et le suivant qui tomba sous ma fourchette vide fut le maître de maison. « Ecoute, Aba, lui dis-je, finalement, ça ne plaît pas à tout le monde, de faire ça, tout le monde n'a pas, disons, un talent inné pour la chose. J'en suis complètement sûr. Je viens juste d'entendre à la cuisine une splendide « naturelle » qui tentait de convaincre Kiki d'essayer avec elle  : il lui a avoué qu'il a toujours eu peur de le faire avec des femmes. Alors qu'estce qui se passe ? » Aba, avec son maquillage défait, ses jambes bien faites et couvertes de poils, le décolleté tout aussi poilu, son fume-cigarette à la main, m'envoya tout simplement me faire foutre. « N'en rajoute pas, vieux, me dit-il, ça suffit avec ton interwiev ; 104 tu n'as pas assez de naturelles ou quoi ? » Le surlendemain, il vint me voir brasdessus bras-dessous avec deux lesbiennes parfaitement insupportables. Elles dégageaient un froid polaire, et ricanaient d'une curieuse façon ; Aba les traitait comme des meubles. Il répondit à ma question d'hier après m'avoir réclamé du thé. Pendant que je remplissais les tasses, lui, tel un prestigitateur, sortit de la poche de son manteau de cuir un paquet contenant des gâteaux, un pot de miel et le de la halva si dure qu'on l'aurait crue en fonte. Les demoiselles, écarquillant des yeux ourlés de pattes d'araignées, buvaient le thé sans mot dire. « Pour éclairer ta lanterne, Alex, me dit-il, pense l'homosexualité en la fondant sur des bases marxistoféministes et alors tu comprendras tout. Tu as des copains qui vont manifester sur la Place Rouge avec des pancartes, parce que ce pouvoir leur sort par les yeux, parce qu'ils sont saturés de toute cette merde idéologique. Vania Ivanov, lui, n'a pas une réaction moins saine face à la société la plus avancée du monde, il boit simplement sans discontinuer. Eh bien nous, que ce soit avec un talent inné ou acquis, pour reprendre tes paroles, nous vivons à contre-courant aussi, à notre propre manière, à contre-courant de leurs coutumes, de leur morale amorale, de leur bégueulerie totalitaire. Nous vivons à l'intérieur de cette société comme sur une île. Toi, tu vis sur la tienne. Nous, nous avons la nôtre. Peut-être qu'elle ressemble plus à un bordel. Peut-être qu'elle est plus douteuse, mais, en tous les cas, elle est plus saine que cette société malade. Tout est là. Quant à trancher entre eux qui se rallient à nous en signe de protestation et ceux qui le font à cause d'une passion qui échappe à leur contrôle, c'est une question secondaire. Voilà mon opinion. Et, si tu veux, tu peux te torcher avec... Il fait froid chez toi ! termina-t-il... Veux-tu que je te laisse ces deux connes en guise de bouillottes ? » « Sais-tu, me dit-il un siècle plus tard, alors que nous faisions la queue devant le bureau du directeur du département des visas, pourquoi on a inventé les sacs à main pour hommes ? Pour libérer les culs. Toute cette saloperie, comme les clés, les passeports, les portefeuilles, tout cela enlevait au derrière sa forme idéale qu'il a retrouvé maintenant depuis que les poches se sont vidées. Et ça, c'est les femmes qui nous l'ont appris. Rien à faire, on ne s'en débarassera jamais... » Il passa deux ans à attendre en vain un visa pour quitter l'Urss. Il faisait des scandales. On le menaçait de l'arrêter. En faisant clairement allusion au motif. Il se mit à boire. Lorsque le fameux incendie de l'hôtel Rossia éclata on dit que le feu avait été mis dans la salle des banquets pendant une fiesta des pontes locaux du parti ; les sorties de secours étaient verrouillées ; dans la panique, la ventilation fut branchée de telle sorte qu'elle ne faisait qu'attiser le feu davantage encore ; dans la rue, on confisquait les appareils photo et les caméras de ceux qui filmaient, le quartier entier fut encerclé par la police ; c'est tout juste si ce n'est pas en une nuit que l'on ravala la façade. Aba, se trouvait devant l'hôtel, il attendait son amant, un jeune Alsacien blond, nerveux comme un cheval de race. Le dernier étage était déjà pris par le feu, on entendait des cris, les vitres volaient en éclat, des voitures de pompiers d'un rouge vif arrivaient à toute vitesse, et s'arrêtaient dans le crissement des freins. Roudi, le dernier amour d'Aba, fut l'un des premiers à se jeter par une fênetre. Depuis j'ai perdu sa trace. Asiles... tranquillisants... autosuggestion... et puis insuline... Il s'est dissous parmi les peupliers poussiéreux qui se pressent contre l'enceinte de l'hôpital psychiatrique de Dolgoproudni, à vingt minutes de train de Moscou. Au cours de l'une de nos premières formations dans l'armée, quand on nous alignait à coups (Suite page 114.)
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