Lui n°192 janvier 1980
Lui n°192 janvier 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°192 de janvier 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : le petit chaperon rose... et Lili... Anne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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COUP DE PIED DANS LES PARTIS Le Président n'est pas sensible aux louanges. D'origine rurale, il se méfie des flatteurs. Chaque fois qu'on met trop de cirage sur la brosse à reluire, il rembrunit... (Suite de la page 80.) République, ces ambassadeurs surdécorés, ces généraux, ces académiciens, ces ministres, ces deux cents personnages plus ou moins illustres qui s'appellent la France, qui vous tapent sur l'épaule en vous appelant « mon cher », le font chier, archi-chier. Il voudrait leur cracher dans la gueule ; si possible, même, les éliminer ; par chambres à gaz ou tout autre moyen définitif. On a le droit de rêver, non ? Il murmure  : Après-midi à libre disposition... Cette formule d'agence de voyages cache moult chausse-trapes. Elle signifie qu'il recevra une bonne demidouzaine de vieux branleurs en ses bureaux du Siège. De ces gens quémandeurs auxquels il faut distribuer le contingent de décorations, de charges ou de prébendes dont on dispose. Et les stocks s'épuisent plus vite que la rapacité des solliciteurs. N'importe, il trouvera bien une petite brèche pour aller se faire reluire chez Marie- Germaine de Castro, quoi, merde ! Car décidément, la mère Alcazar ne lui dit rien. Même la bandocherie matineuse ne l'incite pas à la sauter, malgré qu'elle prenne des poses et des mines sur sa chaise à os de mouton. Elle tourne radadasse, la pauvrette. Sa chair devient flasque et sent le vieux missel, malgré l'abus des déodorants corporels et les vapeurs de Mme Rochas. Toute pensée en amenant une autre, il songe  : « Tiens, il faudra que j'aille à la messe, dimanche, il y a longtemps que ça ne m'est pas arrivé. Je dirai à mon chargé de presse d'alerter quelques photographes. L'église part en couille, malgré tout il ne faut pas négliger les derniers fidèles. Mais qu'est-ce que je raconte, moi ! Dimanche j'ai mon discours de Saint-Germain ! Marie-Germaine de Castro est une nouvelle venue dans la galanterie parisienne ; extrêmement morne et conne, étant suédoise d'origine, mais malgré sa peau blême et son regard passé à l'eau de javel, elle apporte des techni- 94 ques de pointe très poussées. Un séjour en Extrême-Orient lui a été profitable. Elle fait de l'acte une oeuvre d'art. Avec elle, oui, on prend son pied ; avec Alcazar, on ne prend que son petit orteil. L'image fait sourire le Président, grand amateur de métaphores, principalement quand il les fait. La Ginette extasie déjà du frifri. - Vous riez, monsieur le Président ! annonce-t-elle, la gorge gonglée de lubricité. - Moi, je ris ? s'étonne le Président. - Oui, vous riez. Il adopte un air grincheux. - Ça m'étonnerait. Bon, vous me récitez votre discours ? Elle démouille, Gigi. La moulasse aspirante ! Le fumier, il ne baisera pas ce matin. Et lui, quand il chope une période de non-brossage, il faut un électrochoc pour le redéclencher. Il lui est arrivé de rester huit mois sans la toucher. Eux deux, c'était devenu papa-maman, du point de vue rapports. Elle avait mis une croix sur la biroute au Président. Et puis, un matin, elle revoit la scène  : Ginette s'est pris le pied dans la peau d'ours à la con jetée sur le plancher. Si au moins on l'avait décapité, ce plantigrade de merde, mais je t'en fous  : il a une tronche grosse comme celle à Séguy, le nounours (cadeau des Soviets, merci bien ! Chiche que les crocs sont enduits de curare, tu paries ?). Donc, elle a buté sur la tête d'ours et s'est ramassé un bifton de parterre grand style. Que sa jupe Chanel en a craqué. Elle était tordue de douleur sur la moquette, la pauvre chérie. Et voilà-t-il pas que le Président s'est mis à aboyer comme quand le facteur sonne pour les recommandés ! Tout, dès lors, (comme on dit en politique  : « dès lors que... en tant que tel... le pluralisme... le consensus ») a recommencé entre eux. De mauvais gré, mais de force, Ginette Alcazar ouvre le dossier, y cueille les feuillets couverts de sa grande écriture facile. — Combien de pages ? s'inquiète le Président. - Seize, mais une fois dactylographiées en double interligne avec les caractères Delegate, il n'en restera plus que huit. - Achtung ! Il ne faut pas que je les emmerde ! - Impossible, lèche Ginette, vous, dites si bien. C'est de la musique. Récité par vous, l'annuaire des téléphones deviendrait beau comme du Shakespeare ! Le Président n'est pas sensible aux louanges. D'origine rurale, il se méfie des flatteurs. Chaque fois qu'on met trop de cirage sur la brosse à reluire, il rembrunit. La mère Ginette prend une pose pour lire le discours. Le Président la juge ridicule. Lui, jamais féministe. Il sait bien pourquoi l'homme conservera toujours la suprématie. C'est physiologique, point à la ligne. La bonne femme aura beau escrimer, dire et faire, remuer ciel et terre, il lui manquera éternellement une paire de couilles. Bon, il voit Ginette Alcazar, là, devant soi, si gauche, si grotesque malgré son intelligence et son savoir politique. Elle irait déclamer ses turluteries devant l'auditoire, ça poufferait. Lui, il saura détailler le texte, lui donner des implications, le trémoler, en faire une sorte de petit suspense. S'arrêtant au milieu d'une phrase, baissant la voix sur certains mots, glissant du sarcasme de-ci, de la colère de-là. Bref, l'animant. Elle glapit, de sa voix un peu aiguë de connasse  : - A l'heure où la montée des périls se fait plus pressante... « Ça veut dire quoi  : une montée pressante ? » se demande le Président qui a fait de solides études. Qu'importe, il fera passer. Ginette poursuit  : - A l'heure où l'Occident chancelle, et où la vieille Europe exténuée... Le Président concrétise. Il imagine l'Europe  : une vieille femme, drapée dans des voiles noirs en lambeaux. Image saisissante. (Suite page 96.)



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