Lui n°192 janvier 1980
Lui n°192 janvier 1980
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°192 de janvier 1980

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 114

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : le petit chaperon rose... et Lili... Anne.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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24 ENTRETIEN « Lorsque j'ai levé les yeux sur le chef de ces hommes, son bras est retombé et tout s'est arrêté... (Suite de la page 23.) il faut tenter, à chaque instant, de l'incarner avec plus de conscience et de transparence. Ce qui me préoccupe, à chaque seconde, c'est d'être aussi pleinement « ouvert » que possible, de mieux percevoir ce qui, à la surface, est mensonge et illusion. Si cette seconde-là est pleinement vécue, tout le reste en découle. Alors, une sorte d'évidence apparaît. Et la souffrance elle-même n'a plus de réalité. Je ne sais plus ce qu'est la maladie. Ce qui m'intéresse, c'est cette sorte de battement, de respiration qui existe quand je marche, je vis, quand je contemple la nature ou quand je prends l'ascenseur  : une sorte de densité immédiate, de sensation d'harmonie. La pierre de touche, c'est la seconde présente, la façon dont on la vit, dont on « est » dans cette seconde, en quête d'une nouvelle profondeur. Je ne me cache pas derrière des « systèmes explicatifs ». Pour ceux qui ont fait cette expérience, c'est très simple... Et ils s'aperçoivent que leur corps en sait plus long qu'euxmêmes... Un jour, par exemple, je me promenais dans des canyons désertiques proches d'Auroville, lorsque j'ai été attaqué par trois mécréants qui je l'ai su plus tard avaient été payés pour m'assassiner. Mais lorsqu'ils sont arrivés sur moi, très étrangement, je n'ai eu aucune réaction, ni de peur, ni même de réflexion. J'étais dans une sorte d'état neutre. Seulement, lorsque j'ai levé les yeux sur le chef de ces hommes, le bras de celui-ci est retombé et tout s'est arrêté. Et je suis reparti tranquillement. C'était comme si rien ne s'était passé. Et soudain, j'ai compris que pour le corps, notre corps, c'était effectivement comme si « rien » ne s'était passé. Lui Comment vous apparaît l'Inde aujourd'hui ? Comme un terrain propice aux expériences profondes ?... Satprem Il y a une Inde profonde, infiniment touchante, qui nous offre un air qu'on ne respire nulle part ailleurs. L'Inde moderne, certes, absorbe beaucoup d'idées occidentales dans le sillage de son développement technique et industriel. Et pourtant comment l'expliquer ? là-bas, on respire  : il y a une « âme » de l'Inde et, en même temps, c'est une réalité très physique. Les gens sont si souvent si simples, d'une profondeur si tranquille ! Chose frappante  : même lorsqu'ils sont « matériellement pauvres », ils sont rarement misérables, alors qu'en Occident même lorsqu'ils sont « matériellement riches », ils restent souvent assez misérables sur le plan de la vie. Lui L'enseignement de Sri Aurobindo et de Mère s'inscrivent-ils dans la tradition de ces antiques textes sacrés hindous qu'on appelle les Védas ? Satprem La grande ligne commune, en effet, est celle des Védas, textes axés sur la vérité de la Matière. Après, cette ligne s'est complètement perdue et on a enseigné que le monde était une illusion (ce qui, en un sens, est vrai) et qu'il fallait en sortir et aller vers les hauteurs « spirituelles ». Mais les prêtres, les rishis védiques, savaient, eux, que ce n'était pas le chemin de la montée ou de l'ascension qu'il fallait emprunter, mais le chemin de la descente  : que c'était au sein de la Matière-énergie qu'il fallait aller, lieu des vibrations Supramentales. Ce secret s'est totalement perdu. Il est devenu inintelligible pour ceux qui lisent aujourd'hui les Védas. Mais Sri Aurobindo m'a dit  : « C'est cela que j'ai vécu, que j'ai retrouvé ». Et pour tous les autres. Car, (encore une fois) à quoi servirait de rester un « surhomme » tout seul dans sa chambre ? Que nous importe à nous tous l'existence de quelques yogis « libérés » dans l'Himalaya ?... Lui Vous, Satprem, croyez-vous en la réincarnation ? Satprem Que peut-on comprendre à l'existence si l'on ne perçoit pas que ce « moment » qu'on appelle notre vie est le fruit de beaucoup d'autres efforts qui expliquent pourquoi aujourd'hui nous sommes plus développés dans tel En ces temps-là, on manquait de tout, sauf... d'humour. André Mixai ŒQU1AFA1TRJRE LES FRANCA1S SOUS OCCUPATKNI U praH que c'est Iw quiarnangi wus nosrvtabaças André &ami 500 dessins et anecdotes) -J
ENTRETIEN « Pourquoi aurions-nous pris un corps humain si c'est seulement pour trouver le moyen d'en sortir ? L'évolution n'a pas un sens mystique, il n'y a rien de plus matérialiste... » sens, pourquoi nous éprouvons telles difficultés qui semblent nous pousser fatalement vers une erreur ? Nous avons beaucoup de vies derrière nous, c'est évident... En un sens, la réincarnation apparaît comme une stratégie évolutive qui permet à l'espèce de franchir un seuil à partir duquel elle pourra se développer dans une dimension supérieure. Dans cette perspective, on peut dire qu'on n'a pas besoin de fabriquer le « surhomme »  : il faut le laisser faire... Lui Mais le bouddhisme, n'est-ce pas aussi une certaine expérience dans la Matière ? L'entrée dans le Nirvana ne peut-elle pas être considérée comme une « brèche » dans la Matière ? Satprem On peut dire qu'au temps du Bouddha cinq cents ans avant notre ère l'humanité n'était pas prête à la découverte qu'ont faite Sri Aurobindo et Mère  : que le vrai travail se fait dans la Matière. Le bouddhisme, c'est le mental qui se projette dans les régions supérieures du bocal où il était enfermé et qui parvient à une sorte de ténuité où tout s'évapore, disparaît. Le mental, ne percevant plus rien, expérimente une sorte d'évanouissement lumineux dans une impression d'infini (sinon d'indéfini) où il se sent libéré, très à l'aise. Mais de l'anesthésie sur la table d'opération, on pourrait dire aussi qu'on est « libéré »  : on ne perçoit plus le mal, la douleur. Et c'est vrai. Mais dans un autre sens, c'est une illusion, car le corps se réveille et l'homme retrouve sa souffrance, sa misère et sa maladie. La conscience ainsi « libérée », qu'est-ce qu'elle change au corps, à la matière, à l'évolution ? Rien du tout. Pourquoi diable aurions-nous pris un corps humain si c'est seulement pour trouver le moyen d'en sortir ? L'évolution n'a pas un sens mystique, il n'y a rien de plus matérialiste... Lui On critique parfois, en Occident, certains ashrams de l'Inde, et la réalité un peu mercantile de cette cité expérimentale que voulait être Auroville... Satprem Mère et Sri Aurobindo n'ont rien à voir avec la composition des ashrams ou Auroville. On ne peut empêcher toutes sortes de personnes (souvent de bonne volonté) de se regrouper quelque part. D'où, parfois, des gens trop pressés, trop intéressés ou trop zélés... Saint-Pierre de Rome, La Mecque ont connu des pèlerins et des marchands d'objets pieux de tous genres !... Quelques groupes intéressés ont essayé de s'emparer d'Auroville pour en faire un grand business. Mais ce n'est qu'une apparence. L'essentiel, c'est que des expériences valables s'y poursuivent... Lui Vous avez évoqué dans l'un de vos livres « la mort de la mort ». Que voulez-vous dire ? Satprem La mort, c'est la clé, le plus grand obstacle et en même temps la plus grande possibilité. Mère a traversé toutes ces couches de négation, ces petitesses, ces refus, ces doutes, ces freins, tous ces « non » qui sont empilés en nous et qui sont autant de « petites morts » qui feront, un jour, notre « grande mort » ! Mère disait  : « Les hommes portent avec eux les clés qui ouvrent portes et fenêtres, mais ils ne s'en servent pas. Ils ont peur de se perdre... Ils veulent rester ce qu'ils appellent « eux-mêmes ». Ils aiment leurs mensonges et leurs esclavages. Ils ont l'impression que sans leurs limites, et les souffrances qu'elles représentent, ils n'existeraient pas. C'est pour cela que le trajet est si long et qu'il est si difficile » Quand on a traversé ces ultimes couches mortelles, on débouche dans une conscience cellulaire où la mort n'est plus. La conscience, à ce niveau, est en dehors de la mort. Cela ne veut pas dire que nous resterons éternellement dans le même sac de peau, car cette conscience-là a un pouvoir transformateur qui pourra changer la matière ellemême... Mère disait  : « La mort n'est pas le contraire de la vie ». Il n'y a pas à proprement parler de « mort »  : il y a un certain phénomène de vie qui doit faire un détour pour pouvoir vivre toujours, se développer toujours... Ce qui est vrai ne meurt pas, à aucun degré, et même au niveau corporel. Lui Et pourtant, Mère est morte... Satprem C'est vrai, elle est partie, et les médecins l'ont déclarée morte.Mais elle m'avait dit  : « Je vois mieux les yeux fermés que les yeux ouverts. Ils me croiront morte parce que je ne pourrais plus bouger ou parler, mais toi qui sais, tu leur diras ». Qu'a-t-elle fait sinon préparer dans les cellules de son corps les milliers d'yeux de nos petites cellules qui, un jour, s'éveilleront sans doute partout sans que nous sachions comment ? Car elle a perçu directement le Supramental dans son corps. Elle a compris que le monde physique et le corps physique — tels que nous les percevons sont un formidable mensonge mis en équation par un mental trop limité qui a conditionné notre rapport avec le monde. Mère est morte en 1973, vingttrois ans après Sri Aurobindo. On l'a placée dans un cercueil de bois de rose auprès de lui. Tout ce que je sais, c'est que les cellules du corps de Mère sont vivantes parce qu'elle a fait l'expérience de cette conscience qui n'est pas tributaire de la mort... Lui Dans ce monde plein de périls, vous apportez un message d'espoir ? Satprem Tant que nous ne sentions pas les murs, c'était sans espoir ; tant que nos civilisations croyaient que nous allions faire des miracles, c'était sans espoir. A présent que le monde entier se cogne contre un mur, oui, c'est plein d'espoir  : cela signifie qu'on va le casser. Alors se développera, dans nos consciences et dans la Matière, la vibration supramentale. « Si prodigieusement rapide et comme immobile, chaude comme si elle était faite d'amour », disait Sri Aurobindo. C'est en train de fuser par tous les pores du grand corps de la terre. C'est ce que nous vivons en ce moment... Qu'est-ce qu'on peut dire à une chenille ? Il faut qu'elle devienne papillon... (Propos recueillis par Frédéric de Towarnicki.) 25



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