Lui n°190 novembre 1979
Lui n°190 novembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°190 de novembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 222

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : les neuf plus belles filles de Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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REGGAE COMME DU PAPIER A MUSIQUE Ils étaient même prêts à ne signer aucun contrat. Ils n'avaient rien à perdre  : s'ils ne donnaient pas leurs disques, ceux-ci n'avaient aucune chance de sortir de Jamaïque... (Suite de la page 180.) est fréquent de les voir, dans les boutiques de disques, interpeller le client dans le but de lui vanter les mérites de leurs 45 tours. Et à ce stade des opérations, il est bien difficile de s'en sortir sans céder à l'achat de cette oeuvre sans précédent si l'on en croit les arguments intarissables de son auteur. C'est une forme de promotion comme une autre, c'est en tous cas la seule dont ils disposent ! La troisième solution pour enregistrer, celle dont tous les groupes et chanteurs jamaïquains formulent l'espoir, est de signer un jour avec une compagnie étrangère. Il existe deux firmes anglaises qui ont effectué un travail salutaire pour le reggae et dont les catalogues regroupent à peu de chose près la totalité de la production internationale du genre  : Island, et Virgin avec son label Front Line exclusivement destiné au reggae. La première, Island, sous la férule de son créateur Chris Blackwell (issu d'une famille blanche de la bourgeoisie jamaïquaine) a opté pour ce que l'on pourrait appeler le reggae traditionnel, le reggae de prestige, en signant les groupes les plus populaires  : Bob Marley et les Wailers, Toots and the Maytals, Third World, Burning Spear, Inner Circle, Heptones, Max Romeo, Junior Murvin, Bunny Wailer, Jimmy Cliff (aujourd'hui chez Wea), Steel Pulse et Linton Kwesi Johnson (pour le reggae anglais) ; tandis que Front Line a choisi de travailler sur un reggae plus « roots » (racines), plus fruste, qui reste plutôt imperméable aux influences occidentales et dont l'une des spécialités est le talk-over  : Tapper Zukie, U-Roy, I-Roy, Big Youth, Culture, Gladiators, Gregory Isaacs, Twinkle Brothers, Sly Dunbar et Cimarrons (pour le reggae anglais). Pour le reste, et pour ne citer que les principaux, Peter Tosh à signé avec les Rolling Stones sur leur propre label et Dennis Brown avec Wea. Il se trouve que les compagnies privées répondent mieux que les multinationales aux besoins du reggae  : étant plus malléables, elles peuvent plus facilement 182 comprendre les roots des musiciens, suivre leur évolution et se plier à leurs motivations. Signer avec une compagnie étrangère, c'est recevoir un cachet plus important qu'ailleurs, une avance sur royalties qui permet l'achat du matériel. Seuls les musiciens ayant signé avec une compagnie internationale possèdent leur propre matériel. On comprend ainsi pourquoi le premier disque d'un groupe manque parfois de synthèse et de précision quant à l'exécution des compositions. Il faut le temps de se familiariser avec un matériel inconnu et sophistiqué. Signer avec Island ou Virgin c'est encore parapher un contrat qui protège l'artiste et lui permet de vérifier les rentrées de royalties. C'est enfin l'accès au marché international du disque, celui de la Jamaïque étant restreint de par la population deux millions et demi d'habitants et l'importante concurrence régie par une production d'une densité incroyable (jusqu'à soixantequinze 45 tours par semaine dans les moments les plus forts). Car il faut compter également avec l'importation américaine du disco qui connaît là-bas un succès sensiblement égal à celui du reggae. Les chiffres de vente d'un bon 45 tours atteignent en général les dix mille exemplaires. Dans le meilleur des cas, si la chanson est un énorme tube, elle peut toucher les trente mille unités ; un 33 tours dépassera rarement les six mille. Très élevé par rapport au niveau de vie, le prix des disques (six francs pour un 45 tours, vingt francs pour un maxi-45 tours et vingt-cinq francs pour un 33 tours) n'intimide pourtant pas trop l'acheteur, d'autant que la qualité du pressage est d'une médiocrité accablante, souvent à la limite de l'audible. Trouver un producteur blanc, quel qu'il fût, était une sorte d'obsession qui revenait indéfiniment comme un leitmotiv dans la conversation des chanteurs de la petite place. Il ne se passait pas un jour sans que l'un d'entre eux ne propose à Joël de produire ses disques à l'étranger. Et c'était invariablement le même discours. Joël aimait bien les entendre parler du succès qui allait sceller leur association. Tout était dans leur tête. La popularité, les dollars qui tombaient. Ils étaient déjà dans la voiture que les bénéfices leur permettraient d'acheter. Joël était blanc et il était en Jamaïque, ce qui signifiait d'une part qu'il pouvait gagner le marché international, d'autre part qu'il avait de l'argent puisqu'il s'était payé le voyage jusqu'ici tandis qu'eux n'auraient sans doute jamais les moyens de quitter l'île (de plus, une loi interdisait aux Jamaïquains de sortir plus de cinquante dollars de l'île). Ils étaient prêts à signer n'importe quel contrat. Ils étaient prêts même à n'en pas signer du tout. De toutes façons ils n'avaient rien à perdre  : s'ils ne donnaient pas leurs disques, ceux-ci n'avaient aucune chance de sortir de Jamaïque... C'était une question de confiance. A tout prendre, il préférait risquer le coup. En dépit des allures de magouilleurs qu'ils s'évertuaient à laisser paraître, ils n'arrivaient pas à donner le change, à maquiller une naiveté attachante. Et c'était peut-être mieux ainsi. Car ces chanteurs représentaient d'une certaine façon les fondements du reggae. Eux aussi en perpétuaient la spontanéité et puis l'idiome, l'esprit, les racines. Ils s'imposaient comme le gage de son authenticité. Grâce à eux, entre autres, le reggae ne pourrait jamais devenir un produit manufacturé. D'ailleurs, tout ce méli-mélo d'escroqueries, de productions anarchiques, pour » révoltant qu'il fût, garantissait la survie d'un folklore qui apparaissait comme une enclave dans l'industrie phonographique. Le Moyen Age transposé dans l'ère de la hi-fi motorisée. Il n'y a pas de règles, dans les milieux musicaux pas plus qu'ailleurs, en Jamaïque. Seulement des coups par coups et pour autant que cela dure, à en juger l'excellence des disques enregistrés à ce jour, on ne pouvait que s'en féliciter. En outre, (Suite page 190.)
Café Crème  : un petit cigare en botte de 20 et de 50. Café Crème par Henri Wintermans.Holland



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