Lui n°190 novembre 1979
Lui n°190 novembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°190 de novembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 222

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : les neuf plus belles filles de Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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REGGAE COMME DU PAPIER A MUSIQUE Entendre leur propre disque joué comme ça dans la rue était à peu près le seul plaisir qui leur revenait... Mais ça leur conférait une de ces réputations, dans le quartier Toujours à un volume sonore défiant toute concurrence. Et c'était, bien sûr, la plupart du temps, du reggae. Il avait dans l'idée que s'il devait rapporter un souvenir de la Jamaïque et plus particulièrement de Kingston, sa capitale, c'était celui de cette place comme une carte postale vivante et témoin d'un exotisme un peu particulier. Il y avait tous ces types qui attendaient Jah sait quoi tout autour de la place, adossés contre un mur ou assis sur des sièges improvisés avec les cageots que laissait traîner le vendeur de cannes à sucre. Tout y était. Parfois, l'un d'eux, après mûre réflexion, se décidait à traverser la rue pour demander au disquaire de passer le disque de son choix. Il fallait bien une demi-heure avant qu'il ait regagné sa place, et une demi-heure encore avant que le disque requis se fasse entendre. On le savait au sourire qui éclairait soudain son visage, laissant apparaître une collection de dents en or qui étincelaient au soleil, et aussi parce qu'il se mettait invariablement à danser avec ces mouvements défiant toutes les lois de la pesanteur, levant la jambe gauche tandis que le bras droit s'avance en l'air (et inversement) sur un rythme différent de ceux du corps et de la tête. Le Skank. C'était inimitable, ni trop lent ni trop rapide, lié aux fluctuations de la base. Joël n'avait jamais réussi à savoir si le skank était le fruit de longues répétitions — il en doutait ou celui de l'instinct. Il n'avait en tous cas jamais vu un Blanc le danser correctement. Les Blancs étaient justement toujours trop lents ou trop rapides, confondant le rythme de la basse avec celui de la batterie. Ces garçons, de tous âges, étaient pour la plupart des chanteurs et les disques qui faisaient l'objet de leur requête étaient en général les leurs. Entendre leurs 45 tours joués comme ça dans la rue était à peu près le seul plaisir qui leur revenait. Mais quel plaisir ! Ça vous conférait dans le quartier une de ces réputations ! Ça n'avait pas de prix, c'est bien simple, c'était indestructible. 156 L'épate ultime. Ces chanteurs, Joël les connaissait bien maintenant, ils l'avaient même surnommé Jah-Joël ce qui donnait Jah-Jah avec leur prononciation et pour autant que l'on puisse en juger c'était plutôt une marque d'amitié. On ignorait de quoi ils vivaient exactement, sans doute de tout et de rien, autant dire de pas grand-chose. Mais ils attendaient tous l » jour où ils décrocheraient le gros lot  : un tube dans l'île qui leur permettrait peut-être de signer un vrai contrat et de devenir, pourquoi pas, une star internationale comme Bob (il n'est pas besoin de préciser Marley en Jamaïque). Tout était permis puisque rien de l'interdisait. Pour l'heure, ils se contentaient de réunir suffisamment d'argent afin d'enregistrer un 45 tours de temps à autre. Tous les petits emplois étaient bons pourvu qu'ils ne soient pas trop fréquents  : conduire un taxi, livrer des fruits, vulcaniser des pneus abandonnés sur la route, le mieux étant encore de faire le petit commerce (illicite et passible d'une peine de prison) de la ganja (l'herbe jamaïquaine). Il y a plusieurs solutions en Jamaïque pour enregistrer, très peu sont à l'avantage de l'artiste. On peut s'adresser aux producteurs jamaïquains, c'està-dire solliciter leur bon vouloir, parfois en vain, et finalement enregistrer à la chaîne un 45 tours pour une poignée de dollars. Les studios d'enregistrement sont, pour la quasi-totalité, les tenants du marché discographique en Jamaïque. Contrôlant tout dès l'enregistrement, ils ont leurs propres groupes, leurs labels, leurs réseaux de distribution, parfois même des boutiques de disques et enfin des programmateurs de radio à leur solde. Voilà une vingtaine d'années, ils ont abandonné le calypso afin d'exploiter les vertus commerciales bien plus alléchantes du ska et du rock-steady, les ancêtres du reggae. Depuis, ils sont à l'origine des escroqueries les plus scandaleuses, produisant à bon compte et pour leur seul bénéfice des disques qui ont connu un succès substantiel. Leur solidarité fait d'ailleurs un peu figure de mafia. S'auto-produire c'est, bien sûr, se buter au boycottage des gros pontes par l'intermédiaire des radios. Bob Marley, lui-même, en créant son propre label, Tuff Gong, au début des années soixante-dix, en a fait les frais alors qu'il était déjà une vedette dans l'île. C'est en tous cas l'assurance de toucher ses royalties quelles qu'elles soient. Du reste, on trouve en Jamaïque presque autant de petits labels indépendants que de disques enregistrés. Il existe plus d'une vingtaine de studios à Kingston, dont une bonne moitié équipée de consoles vingtquatre pistes, les plus célèbres étant  : Dynamic Sounds (où les Stones et Gainsbourg, parmi d'autres, ont enregistré), Channel One, Harry J., Joe Gibbs et le Black Ark de Lee Perry. La location d'un studio, pour une séance de quatre heures avec une console 8 pistes, revient environ à cinq cents francs, le pressage ensuite à mille cinq cents francs, mais bien sûr ces tarifs, comme pour tout en Jamaïque, ne sont pas définitifs. Tout est une question de débrouille et de boniments au bon moment. Ensuite, il faut payer les musiciens, souvent de la main à la main. Car c'est là une des caractéristiques essentielles du reggae  : il y a très peu de musiciens en Jamaïque pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de matériel. Celui-ci, importé des Etats-Unis est en effet très coûteux. En réunissant la somme requise, qu'il faut ensuite convertir en dollars américains au marché noir (transaction illicite et passible d'une peine de prison), les musiciens peuvent faire appel aux gens qui font le trafic d'instruments entre l'île et Miami. Mais, là encore, très peu en ont les moyens. C'est ainsi qu'à l'instar des Wailers, qui étaient à l'origine un trio vocal (Bob Marley, Peter Tosh et Bunny Wailer), la plupart des groupes sont accompagnés par des musiciens de studio. Et ce sont pratiquement tou- (Suite page 180.)
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