Lui n°190 novembre 1979
Lui n°190 novembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°190 de novembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 222

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : les neuf plus belles filles de Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LA PETITE BETE QUI DEMONTE Ils émergeaient, striés de sang, étourdis mais encore courageux, leur ventre blanchâtre agité de violentes secousses, les entrailles dévorées par les autres moribonds... soutienne avec un ton de plaisanterie sinistre que le mort est le plus fort. Ceux qui le connaissent le saluent d'un coup de chapeau ironique, l'appellent par son nom et font semblant de ne pas voir la mystification  : ils entrent dans le jeu macabre. Il se rend compte avec soulagement qu'eux aussi subissent une métamorphose semblable. D'un jour à l'autre, exactement comme Pierre, ils se sont retrouvés avec des cheveux gris quand ils ne sont pas devenus chauves. Poussant à l'extrême le mauvais goût de la pantomime, certains traînent des guêtres de peluche en s'appuyant sur la canne à pommeau doré arrachée aux mains du cadavre de leur père. Et, le plus triste, les jeunes filles en fleur pour lesquelles son coeur en émoi s'était usé si tôt, qu'étaient-elles devenues ? De grosses matrones, aux dentiers fulgurants, des varices aux jambes, exhibant leurs filles avec vanité... C'est des filles qu'il se souvenait ! Pour elles, son vieux coeur affolé battait encore. A tâtons, Pierre se dirige vers la cuisine. L'eau croupit dans l'aquarium. Depuis la mort du dernier poisson rouge, il n'a pas eu le courage d'en acheter d'autres pour ne pas avoir à supporter un jour leur mort. Mal en point, les poissons avaient ouvert et refermé désespérément la bouche au ras de l'eau qu'ils avaient recouverte des bulles de leur agonie. Le sommeil pesait sur leurs yeux sans paupières, ils oscillaient, peu à peu entraînés vers le fond jusqu'à remonter dans un dernier soubresaut en battant des nageoires. Même pour les poissons, la mort n'est pas facile. Bien que l'eau de l'aquarium ait été changée, leur torture avait duré deux ou trois jours  : ils émergaient, striés de sang, étourdis mais encore courageux, leur ventre blanchâtre agité de violentes secousses, les entrailles dévorées par les autres moribonds. Pierre trempe son doigt dans l'eau invisible  : si les poissons criaient, qui oserait les pêcher ? Il reste là, il oublie son doigt dans l'eau glacée. Au loin, une horloge sonne à nouveau les quatre 148 coups. D'un pas las, il entre dans la cuisine  : il n'est pas pressé, il ne se rendormira pas cette nuit. Le matin va tarder. Il s'assoit, la tête entre les mains, en attendant les moineaux qui réveillent le soleil. Dans le creux de sa main, il tenait un tout petit enfant. De la taille d'un ver, songea-t-il. Agonisant, son petit corps nu et glacé. Pour le réchauffer, Pierre soufflait sur sa main. Il réanimait l'enfant et le portait à la bouche pour le mordre énorme sangsue noire gorgée de jus ; un cri le faisait passer du rêve à l'horreur des quatre heures. Il entre dans la salle de bains, essuie avec une serviette la sueur visqueuse de son visage. Quels sont les yeux qui l'épient derrière le rideau de la douche ? Le rideau frémit essoufflement de l'objet fatigué ou simple courant d'air entrant par la fenêtre ? Pour ne pas tirer la chose au clair, il s'en va à reculons. Ah, s'il pouvait allumer la lampe de chevet et secouer sa femme  : « Réveille-toi, Julie. Donne-moi la main, j'ai peur ! ». Impensable. Sans comprendre, elle demanderait, irritée  : Peur de quoi, pauvre homme ? Il s'assoit donc sur la chaise de la cuisine, boit une gorgée d'eau, fume une cigarette puis une autre. Ou bien, la tête entre les mains, il écoute l'horloge de l'hôpital, le bruit des rats dans le grenier et celui du chat qui griffe le mur. Une charrette mystérieuse passe lentement sur les pierres, le cheval bute  : y a-t-il encore des charrettes sur cette terre ? Que peutelle transporter à une heure si tardive ou si matinale ? Les éboueurs sont-ils déjà passés avec leur long balai dans un nuage de poussière ? Aux battements d'ailes du premier coq, Pierre somnolent laisse tomber la tête sur la table — sauvé pour cette nuit et prête l'oreille au sifflement tremblant d'un noctambule qu'il imagine les mains enfoncées dans les poches. Il est toujours quatre heures. Cette heure sinistre de la nuit, la plus longue, la terreur des insomniaques  : elle ne passe jamais. Pierre allume la lumière de la cuisine, il prend un verre dans l'armoire et, en un dernier geste d'espoir, regarde par la fenêtre. Ses yeux injectés de sang parcourent en vain la nuit noire  : sa crise de toux surmontée, le voisin dort, la lumière de sa chambre éteinte. Il va au robinet avec son verre à la main. Il retient son pied  : un cafard sur le carrelage ! Malgré la lumière aveuglante sur les murs blancs et le pied de Pierre sur sa tête, le cafard n'essaie pas de fuir  : estil mort ou blessé ? Pierre se penche, il étudie avec dégoût l'insecte couché sur le dos. Il ne se redresse pas pour fuir, agite les pattes, roule sur sa carapace, les mandibules huileuses, grouillantes d'appendices et dans le thorax transparent, son coeur creux. N'ayant pas de prise sur le sol, le cafard n'arrive pas à se retourner. La première réaction  : l'écraser sous sa pantoufle. Ce n'est pas très ingénieux, compte tenu de l'expérience. Il ne peut oublier le son de l'éclatement du seul cafard qu'il a écrasé. Bruit poignant qui l'a laissé bouche bée, un léger remords au coeur. Même s'il n'y a pas eu de sang, l'éclatement sec de la carapace a été son cri de douleur. Le pêcher avec une feuille de papier pour le jeter par la fenêtre, il le ferait bien s'il ne craignait que le cafard ne se mette à courir et ne s'introduise dans la manche de son pyjama. Ou l'emprisonner sous un verre et le laisser mourir d'inanition combien de temps un cafard peut-il tenir le coup ? Fronçant le nez, Pierre se baisse un peu plus, examine la bestiole au repos, ses fines antennes étirées. Effrayé par l'éclat des lunettes, le cafard fait bouger la patte droite, il prend de l'élan et soudain, en remuant toutes ses pattes, fait l'impossible pour se redresser d'un bond. Il ne réussit qu'à déplacer le thorax et son effort s'épuise en une convulsion prolongée de la patte droite. Il est à nouveau immobile, épuisé par l'effort, les mandibules rétractées, les six pattes figées celles du haut, minuscules et étroites, mais les autres sont gros- (Suite page 208.)
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