Lui n°190 novembre 1979
Lui n°190 novembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°190 de novembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 222

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : les neuf plus belles filles de Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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LES ILLUMINES DU RAYON VERT Le prix varie en fonction du calibre — la plus grosse émeraude pesait... plusieurs kilos — mais surtout de l'intensité de sa couleur et de sa transparence. faudra quatre heures pour faire les cent kilomètres qui séparent Chiquinquira de Muzo. Les rencontres, sur ce court trajet, donnent déjà un avant-goût de ce qui nous attend. Nous croisons trois camions. Les deux premiers trimbalent des caisses de bouteilles de bière vides, le troisième transporte deux cadavres. Deux nouvelles victimes de l'étrange lutte qui se déroule ici pour la possession des émeraudes. Et puis, noyé dans la brume que le soleil ne parvient pas à dissiper, voici le village. Rues défoncées, maisons de bois, maisons de ciment  : tout est vieux, déglingué par le temps. La place, qui paraît plus récente avec ses murettes de pierre rouge, est le point de rassemblement de petits groupes d'hommes qui discutent « affaires ». Dans certaines mains, on peut voir briller de petites pierres vertes. Ce sont des émeraudes. Et ces hommes sont des esmeralderos, des commerçants. Chaque semaine, ils viennent de Bogota pour acheter les pierres précieuses aux « guaqueros » qui travaillent dans les mines. Daniel E... a quarante-deux ans. Ce commerce, il le pratique depuis dix ans. Chaque lundi, il quitte Bogota où il vit avec sa femme et ses deux filles. Destination Muzo. Il laisse sa Volkswagen au garage, et c'est au volant de sa jeep, indispensable pour rouler dans ce relief tourmenté, qu'il passe chercher ses acolytes  : deux amis et un cousin. Chacun d'eux planque au fond de ses poches des liasses de billets de cinq cents pesos (environ soixante francs) et un revolver... Un esmeraldero ne travaille jamais seul mais toujours flanqué de trois ou quatre associés. Parce qu'un homme seul serait rapidement attaqué puis soulagé de son pognon et de ses cailloux. Il leur faut six heures de route pour atteindre les mines. Là, ils passent la journée (de sept à dix-sept heures) à regarder les guaqueros travailler, puis à discuter avec eux du prix des pierres proposées. Les voir, dans leurs fringues de citadins aisés et soignés, discuter avec les guaqueros aux allures de vagabonds, 136 est assez étonnant. Après des discussions interminables, Daniel et ses amis regagnent Muzo, le village où ils ont une chambre louée à l'année. Ils passent la soirée tranquillement en buvant des bières. Et le lendemain, ils retournent aux mines et reprennent leur petit commerce. Leur séjour à Muzo peut durer ainsi une à deux semaines ; la durée dépend du nombre de pierres acquises... Pour aller de Muzo aux mines, il faut faire trois-quarts d'heure de route. Un contrôle de police surveille l'accès à la petite vallée où le Rio Minero charrie boues et pierres. On croise là des hommes au visage et aux vêtements noircis par la terre et la boue du Rio. Celui-ci, en contrebas de la route, est une véritable fourmilière humaine. Des centaines de guaqueros sont enlisés dans la boue jusqu'aux genoux. Avec une pelle, ils rejettent sur la rive un mélange de pierres et de terre, puis à l'aide d'un couteau, ils inspectent scrupuleusement chaque pierre afin d'être sûr que l'émeraude dont ils rêvent tous n'y est pas incrustée. Ils sont environ dix mille, venus de tous les coins de Colombie pour chercher fortune. Ils vivent en groupe de sept ou huit, dans de rustiques cabanes de bois, sans confort, sans eau. Leurs biens ? Une pelle, un marteau, quelques effets personnels et, surtout, l'arme indispensable à leur sécurité. Dans chaque groupe, il y a une ou deux femmes. Elles cherchent aussi des émeraudes, mais elles sont en fait chargées de jouer de leur charme pour que policiers et soldats, qui parfois viennent réquisitionner armes et émeraudes, soient plus compréhensifs. Car les guaqueros ne sont que tolérés par la loi colombienne. Malgré leurs espérances, ils font rarement fortune. Il est rare de rencontrer une belle pierre, et puis, comme ils ne connaissent pas bien la valeur réelle des émeraudes, ils les larguent à petit prix aux esmeralderos qui, plus avisés, les revendent à Bogota avec un bon bénéfice. Une pierre achetée trois mille pesos (trois cent soixante francs) peut être revendue facilement quinze mille pesos à Bogota. Les esmeralderos fourguent les pierres à des tailleurs qui ont boutique près de l'avenue Jimenez. C'est sur cette avenue que se déroule, plus ou moins discrètement, la plupart des transactions. La pierre est alors taillée. Une nouvelle fois sa valeur double ou triple. Elle est ensuite vendue en magasin ou exportée vers les joailleries européennes et nordaméricaines... Une belle pierre peut atteindre cinq cent mille francs. Le prix varie en fonction de son calibre, qui va du bout d'allumette au bout du pouce, parfois plus la plus grosse émeraude rencontrée pesait... plusieurs kilos ! mais surtout de l'intensité de sa couleur et de sa transparence, signe de pureté. Reconnaître une émeraude est une chose particulièrement difficile qui réclame coup d'oeil et compétence. L'émeraude est protégée par une gangue de roche qui la dissimule. Eliminer cette gangue et tailler la pierre requiert infiniment d'adresse, parce que l'émeraude est fragile. Rodrigo, guaquero rencontré à Muzo, dit qu'il fait environ cent mille pesos par an, soit un peu plus que le salaire moyen colombien, et que sa vie « d'espoirs et de rêves sans cesse renouvelés », lui est aussi précieuse que « la pierre » qui lui apportera la richesse. De savoir que l'esmeraldero revend les émeraudes, qu'il a eu tant de mal à dénicher, en faisant un joli bénéfice, ne semble pas le révolter  : « Le monde est ainsi fait » déclare-t-il. La vie de Rodrigo est celle de tout guaquero qui, s'il ne tombe pas sur « la » pierre, trouve des petites émeraudes qui lui permettent de vivre de façon correcte. La vie des guaqueros est, de plus, relativement dangereuse. Un policier nous a raconté que les querelles entre guaqueros font deux à trois morts par jour. La police n'intervient d'ailleurs pas ; à peine admis par la loi, ces hommes ne sont ni soumis, ni protégés par elle. Le guaquero qui trouve une émeraude (Suite page 144.)



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