Lui n°190 novembre 1979
Lui n°190 novembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°190 de novembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 222

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : les neuf plus belles filles de Lui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L'ECOLE DES MARRIS Les ministres ont beau lui répéter le contraire, il sait très bien qu'il n'est qu'un bachelier amélioré et que son bulletin de salaire ne vaut pas celui d'un agent de police... septembre avait un air de deuil tranquille, fleurant bon le cartable de cuir neuf, triste cire de circonstance. Plus de grasses matinées, mais la perspective des torves petits matins d'hiver, du chemin sous la pluie, d'une classe à l'odeur prenante de cheveux mouillés. Heureusement, on en est loin et on peut s'attendrir, en noir et blanc, sur les rangées de porte-manteaux, qui, réflexion faite, répétaient les crochets à vélos qui attendaient les papas à l'usine, sur ces horribles bancs de bois dont le charme rétro nous échappait encore et qui avaient si peu de complaisance pour les fesses maigres. 8 h 30 11 h30, 13 h 30 16 h30, en métabolisme adulte, ça pesait bien une journée de douze heures... Lecture, dictée, problèmes, autant de jeux bêtes et méchants qui s'enchaînaient selon un rite implacable dans une pièce trouée de quelques gravures empruntées à la Sncf  : un petit bout de Méditerranée avec un pin parasol en coin pour faire joli, un rathaus alsacien, un torrent des Alpes entre quatre punaises rouillées ; de l'encre gros-quitache plein les doigts, buvard rose et règle en bois... Summer Hill, connais pas. Bien sûr, il y avait la récré pour évacuer un peu l'adrénaline, tant pis pour les chétifs qui recevaient des beignes, tant pis pour les brutes épaisses qui récoltaient des retenues, tant pis pour les autres qui héritaient souvent des deux... Heureusement, il y avait aussi les copains  : celui qui venait à l'école en voiture et qui avait le plus chouette cartable, le grand redoublant qui tapait tout le monde, celui qui trichait aux billes et qui a dû finir dans l'électroménager, sans oublier le lèche-cul-têteà-claques et cet autre qui promettait toujours de présenter sa soeur et qu'on laissait copier... Et surtout, il y avait le maître dans sa blouse grise, hybride à géométrie variable d'adjudant et de curé, monarque tout-puissant, capable de torpiller un jeudi à coups de pages de conjugai- 122 son, énigmatique par l'intérêt excessif qu'il portait à la stricte observance de la grammaire et aux tables de multiplication. Il n'y avait que la visite de l'inspecteur en costume frigide pour le ramener, un matin, a de plus justes proportions. Le maître, aujourd'hui, il doit pencher du côté de la retraite, ou alors, il s'est fait recycler l'an dernier à l'Ecole normale du département par un de ses anciens cancres qui lui a expliqué que sa pédagogie avait deux Républiques de retard, qu'il ne connaissait rien aux enfants et qu'il était d'une ignorance crasse en linguistique. Ça l'a sans doute un peu agacé, mais depuis qu'il est dans le métier, il en a vu des ministres passer à l'Agriculture ou à la Santé, il en a vu des réformes réformées et des plans nécrosés sur la table à dessins. On ne la lui fait plus ; il a regardé sans émoi les mathématiques modernes se fémininsinguliériser, l'Histoire, la géographie, la « leçon de chose » se nébuliser en « activités d'éveil », les disciplines « fondamentales » (calcul, lecture, écriture) se faire ravaler en « instrumentales » et la rue de l'école abandonner son nom de fleur pour celui d'un musicien. Il sait bien en fait qu'il n'y a que les enfants qui changent. Quand même, il lui faut reconnaître que le métier a vieilli avec lui. De maître d'école, il est insidieusement devenu instituteur ; il y a laissé sa blouse grise d'uniforme, à moins simplement que la craie d'aujourd'hui soit moins volatile que celle d'autrefois ? Ce n'est pas impossible, mais on n'a pas encore entrepris d'études sérieuses sur l'évolution de la qualité de la craie scolaire sous la ye République. Par contre, elles ne manquent pas sur les instituteurs et n'ont rien pour réjouir le vieux maître. Brouillon de culture à ses débuts, il entend dire aujourd'hui que son corps traîne les séquelles d'une formation bâclée, petit notable de village en son jeune temps, il a plongé dans l'anonymat des villes, quant à son train de vie, il lui faut regarder du côté du fourgon à bagages. La démocratisation de l'enseignement secondaire, l'allongement de la scolarité ont gâté le métier. L'école publique, devenue primaire, puis élémentaire, le statut de l'instituteur, dans le système éducatif, a suivi la même déflation. La République triomphante, qui en avait fait un héros national quand elle construisait encore des écoles-cathédrales, l'a ravalé au rang de marmiton du corps enseignant, chargé du premier tri. Les ministres de passage ont beau lui répéter le contraire, l'assurer de l'éminence de sa tâche, de sa responsabilité magnifique, il sait très bien qu'il n'est qu'un bachelier amélioré et que son bulletin de salaire ne vaut pas celui d'un agent de police... En contrepoint des discours, on entend les instituteurs râler. Ils râlent même de plus en plus, ce que Salarié-moyen, dégustant ses quatre semaines de congés payés comme une tranche de foie gras au vinaigre de framboise, a du mal à comprendre. Après tout, le temps, c'est aussi de l'argent, chez les civilisés. De fin juin jusqu'à la mi-septembre, sans compter Noël et Pâques, « l'instit » a même le temps de bronzer idiot si ça lui chante. Enfin, c'est ce qu'on croit, c'est ce que Salarié-moyen rumine dès qu'il se retrouve réduit à contempler ses diapos du Camping des Pins. Il oublie un peu vite qu'il avait justement laissé les gosses à la grandmère, histoire d'avoir au moins huit jours de vrai repos, et encore, ce sont les siens, les mômes des autres... Peutêtre, n'empêche que les instituteurs détiennent le record national de longévité ; ça doit bien vouloir dire quelque chose ? Ils détiennent aussi celui des maladies nerveuses ; ça parle aussi... Mais peut-être, après tout, que la dépression conserve ? Bref, « l'instit » en a marre qu'on le regarde comme un privilégié  : si tant est qu'il l'ait jamais été, c'est bien fini. Privilégié, il ne l'a jamais été, même du temps où l'école laïque usait ses culottes courtes. Socialement parlant, l'instituteur a toujours (Suite page 132.)



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