Lui n°188 septembre 1979
Lui n°188 septembre 1979
  • Prix facial : 7 F

  • Parution : n°188 de septembre 1979

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Presse-Office S.A.

  • Format : (212 x 269) mm

  • Nombre de pages : 138

  • Taille du fichier PDF : 200 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Drucker, Ray Bradbury, docteur Olivenstein, Chester Himes Sine et... Nathalie, Berenice, Esther.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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TRAC NOIR Quand le Blanc sonna à la porte, Fay sauta du lit comme un sapeur-pompier chevronné, bondit à la fenêtre, repéra la voiture, fit signe à Joe de se cacher dans la penderie... Mr. Shelton frappa à la porte. La chambre à coucher donnait sur la rue et l'appartement était au deuxième étage d'une de ces vieilles maisons de la 89e rue, dont les portes d'entrée s'ouvrent sur un hall. La propriétaire, Miss Lou, une ancienne pute, une vieille salope qui en voulait au monde entier, avait vu entrer Joe dès le départ de Harold et avait laissé monter Mr. Shelton dans l'espoir qu'il trouverait Joe et casserait sa baraque à Fay. Celleci était trop indépendante pour lui plaire  : elle se faisait entretenir par un riche Blanc de Shaker Heights, vivait avec un garçon bien et travailleur à la peau claire qui lui remettait régulièrement sa paie, et les trompait tous les deux avec un type hirsute et sans le rond qui prétendait être écrivain, poète quelque chose dans ce goût-là. Elle avait donc dit à Mr. Shelton que Fay était seule et qu'il pouvait monter. Puis elle s'était glissée derrière lui pour aller écouter à la porte du corridor. Elle attendait le début des hostilités. Mais quand le Blanc frappa à la porte, Fay sauta hors du lit comme un sapeur-pompier chevronné, bondit à la fenêtre, repéra la voiture de Shelton, fit signe à Joe avec des gestes frénétiques de se cacher dans la penderie, ouvrit un livre (c'était Anthony Adverse) et le posa ouvert sur le lit. Elle lança un dernier regard circulaire pour voir s'il ne restait rien de compromettant, puis dit d'une voix langoureuse  : - Qui est là ? Joe avait attrapé ses chaussures et s'était tassé tant bien que mal dans le placard bourré de vêtements ; il venait tout juste de s'enfermer lorsque la réponse étouffée lui parvint  : « C'est moi, ma chère. » Il entendit Fay ouvrir la porte et susurrer  : - Oh, chéri ! Je suis si contente que tu sois venu. J'étais couchée et j'essayais de lire, mais je n'arrivais pas à fixer mon attention tant je pensais à toi. Tiens, assieds-toi sur le lit et laisse-moi t'embrasser. Je t'aime ! Joe, dans le placard à vêtements, pensait en riant  : 52 — Quelle salope ! Ils se bécotèrent, puis il discerna la voix de l'homme, satisfaite et légèrement condescendante  : - C'est agréable de t'embrasser quand tu ne mets pas de rouge à lèvres qui colle. « Espèce de vieux con », se disait Joe. - Mrs. Shelton et moi-même partons en auto dans l'Est. Nous ferons escale à Philadelphie, à New York, et sans doute dans une ville touristique du Michigan. Tu ne pourras pas m'écrire cette fois, je suis venu t'apporter de l'argent pour que tu ne sois pas à court. Les seuls mots qui retinrent l'attention de Joe furent Mrs Shelton, et il réalisa soudain que, tout au long des cinq semaines passées avec Fay, sa maîtresse avait toujours appelé le Blanc Mr. Shelton, avec une sorte de déférence, comme si elle voulait faire passer ce salaud pour son bienfaiteur, et non pour le cave qu'il était en fait. Et, maintenant, il entendait l'homme appeler sa femme « Mrs Shelton » sur le même ton respectueux ; Joe se mit en rogne. « Merde, Fay était-elle la maîtresse de ce type ou son esclave ? » « J'aurais vraiment besoin de deux cents dollars », chéri, l'entendit-il dire, puis vint la réponse alarmée de Shelton  : - Tant que ça ? Je t'ai donné cent dollars la semaine dernière, pour t'acheter des robes, tu sais ? - Tu seras loin, chéri, et je ne saurai que faire de mes journées. (Elle prenait son ton maniéré.) Je prendrai tout mon temps, je ferai des courses et m'achèterai un tas de petites choses ; et puis je veux emmener Edna et Lil au spectacle... elles ont été si gentilles avec moi. - Ma chère, il faut que tu essaies de comprendre, reprit-il d'une voix légèrement agacée. J'ai essayé de te le dire, mais tu n'as pas l'air de comprendre ce qui se passe  : les impôts de ce sacré Roosevelt m'ont complètement pompé  : en trois ans, mon revenu a diminué des trois-quarts. Et ce qui me rend fou, poursuivit-il, furieux, c'est qu'il ne fait que claquer notre argent quand il le refile à ces putains de mendiants qui n'en fichent pas une rame ! Bon Dieu ! si ça ne tenait qu'à moi, je les ferais bosser, et il faudrait qu'ils le méritent, leur salaire ! - Chéri, ne te mets pas dans cet état à cause du vieux Roosevelt ! réponditelle pour tenter de le calmer. Peut-être qu'il mourra ou qu'il tombera malade ou quelque chose dans ce genre. Pense à moi, ton petit sucre brun, chéri. Tu m'as encore, Roosevelt ne peut pas m'arracher à toi. » Joe entendit le Blanc rire soudain, puis sa voix mi-amusée, mi-exaspérée  : - Si tous les autres gens de couleur avaient autant de bon sens que toi, ma chère, on pourrait se débarrasser de lui, cette fois. Bon Dieu ! nous financerons la campagne de Landon, et, quand il sera élu, il faudra bien que ces fainéants se mettent au boulot ! A présent, Joe n'était plus en colère. Il s'amusait franchement. « Ces vieux cons ont du mal à mourir », pensa-t-il soudain en se rappelant le temps où la compagnie laitière Belle Vernon jetait des centaines de litres de lait dans les égouts de Cedar Street. Pourtant, il n'y avait jamais eu autant de pauvres sur les listes du bureau d'aide sociale de Cleveland, et là-bas, dans les bas quartiers, les bébés tombaient d'inanition comme des mouches. « Mais peutêtre les vieux salauds de ce genre aimaient-ils voir les gens mourir de faim ? » Pendant qu'il laissait errer ses pensées, il n'avait pas suivi la conversation et, quand il se remit à l'écoute, le Blanc protestait  : - Arrête ! Je te dis d'arrêter, je ne peux pas faire l'amour aujourd'hui... - Moi, je veux ! - Pourquoi ne peux-tu être sérieuse pour une fois, ma chère ? Cela me fait autant de plaisir qu'à toi, mais, mon Dieu, avec le pays qui part à la dérive, et... Maintenant, arrête ! Tu veux me faire dire que je ne suis plus aussi jeune qu'avant ? - Tu es assez jeune pour moi, chéri ! - Non, je ne le (Suite page 56.)



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